Le parti de Justin Trudeau, probablement aidé par l’impopularité de Doug Ford, domine très largement l’Ontario avec plus de 45 % des intentions de vote dans cette province.

La revanche des provinces centrales

ANALYSE / À l’époque de Stephen Harper au début des années 2010, on parlait ouvertement de la fin d’une certaine conception du Canada où les provinces centrales et fondatrices (Ontario-Québec) dominaient la dynamique politique fédérale. Le prix du baril de pétrole atteignait alors des sommets et la croissance économique canadienne était dopée littéralement par l’Ouest canadien.

Au même moment, le secteur manufacturier du Québec et de l’Ontario était durement affecté par la valeur du dollar canadien de plus en plus liée aux ressources en hydrocarbures. On disait même du Canada qu’il était touché par le fameux mal hollandais en raison de la disparité entre le niveau de croissance à l’ouest et celui de l’est où la valeur de notre monnaie empêchait à nos exportations d’être concurrentielles.

Depuis la chute abrupte du prix des ressources naturelles, on assiste au retour en puissance des provinces centrales au Canada et tout porte à croire que cette élection confirmera cette tendance observée depuis 2015. Au-delà du redressement de la croissance économique et du plein emploi au Québec et en Ontario, l’élection fédérale pourrait confirmer que le choix du gouvernement n’appartient plus à l’ouest du pays et que les politiques nationales sont maintenant influencées par Toronto et Montréal. D’ailleurs, la clé électorale autant pour Justin Trudeau qu’Andrew Scheer repose sur les appuis au Québec et en Ontario et le début de cette campagne semble confirmer cette tendance.

Clivage est-ouest

Le clivage est-ouest n’est pas seulement économique, il est aussi de nature politique. Les intentions de vote démontrent clairement cette fracture importante. Le parti de Justin Trudeau, probablement aidé par l’impopularité de Doug Ford, domine très largement l’Ontario avec plus de 45 % des intentions de vote dans cette province.

Au Québec, même si cette domination est plus nuancée, le PLC a une avance considérable en raison notamment de la présence du Bloc québécois de sorte que, même si le niveau d’appui des libéraux est moins élevé qu’en Ontario (35 %), l’avance est là aussi de presque 15 points. Comme près de 60 % des députés fédéraux proviennent du Québec et de l’Ontario, et que notre système électoral favorise les distorsions, Justin Trudeau peut encore espérer former un gouvernement majoritaire, même s’il ne semble pas avoir suffisamment d’appuis pour atteindre cet objectif, et ce, malgré le vote inconditionnel des Maritimes.

L’ouest du pays, quant à lui, demeure fortement révolté contre le gouvernement Trudeau et on a là-bas l’impression de jouer dans un mauvais « remake » des années 1970, où un autre Trudeau s’était complètement aliéné cette partie du pays. Rappelons-nous que c’est Pierre-E. Trudeau qui avait pactisé en 1972 avec le NPD pour créer Pétro-Canada, projet qui sera ensuite achevé dans les années 1980 avec le très controversé programme énergétique national. Bref, tout au plus, le PLC peut-il espérer gagner quelques sièges dans une véritable mer bleue.

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Des intentions de vote figées?

Cette courte campagne est à peine débutée que l’on a l’impression que les intentions de vote sont figées. Certes, il reste encore plusieurs jours de campagne et comme on a pu le constater avec les déguisements discutables du premier ministre, il est possible de voir l’opinion changer de cap. Néanmoins, on a l’impression que pour le moment le pays est divisé en deux blocs monolithiques et qu’il est peu probable de voir la tendance s’inverser.

Étrangement, le PLC demeure peut-être plus vulnérable au Québec et Trudeau devra être prudent, car une montée du NPD ou du Bloc pourrait venir anéantir ses chances d’une réélection. Le Québec, qui avait été hors-jeu à l’occasion des élections de 2011 où le gouvernement conservateur avait obtenu une majorité sans son appui, prend sa revanche. Est-ce le retour d’un gouvernement fédéral dirigé par le centre du pays, ou plutôt le dernier soubresaut d’une époque bientôt révolue…?