Cinq candidats de la région représentant les cinq grands partis fédéraux ont croisé le fer, lundi, lors d’un débat présenté conjointement par Radio-Canada Estrie et La Tribune. Il s’agit de Andréanne Larouche, candidate du Bloc québécois dans Shefford, Pierre-Luc Dusseault, candidat du Nouveau Parti démocratique dans Sherbrooke, Luc Berthold, candidat du Parti conservateur du Canada dans Mégantic-L’Érable, Marie-Claude Bibeau, candidate du Parti libéral du Canada dans Compton-Stanstead, et Jean Rousseau, candidat du Parti vert du Canada dans Compton-Stanstead.

Débat régional: l’aéroport plutôt que le train

Si le dossier de l’aéroport de Sherbrooke a occupé une place importante lors de la portion transport du grand débat régional, les citoyens qui y ont réagi auraient aimé des engagements plus fermes concernant la mise en place d’un train de passagers entre Sherbrooke et Montréal.

Le grand débat électoral régional présenté conjointement par Radio-Canada Estrie et La Tribune avait lieu, lundi, dans les studios de Radio-Canada Estrie à Sherbrooke.

À LIRE AUSSI: Débat régional : Transports Canada critiqué

ANALYSE: Un débat surprenant

Animé par la chef d’antenne Chantal Rivest, le débat opposait Luc Berthold du Parti conservateur du Canada dans Mégantic-L’Érable, Marie-Claude Bibeau du Parti libéral du Canada dans Compton-Stanstead, Pierre-Luc Dusseault du Nouveau Parti démocratique dans Sherbrooke, Andréanne Larouche du Bloc québécois dans Shefford et Jean Rousseau du Parti vert du Canada dans Compton-Stanstead, entre autres sur les grands enjeux environnementaux, d’agriculture et de transports.

« Une des façons d’améliorer la sécurité ferroviaire est d’appuyer le projet de train Montréal-Sherbrooke. Ça va vouloir dire qu’il faudra mettre à niveau les rails pour accueillir des passagers », a soulevé Pierre-Luc Dusseault alors qu’il était question de sécurité ferroviaire.

Marie-Claude Bibeau a placé en priorité le développement de l’aéroport de Sherbrooke.

« Ça fait des années qu’on veut cet aéroport, que la communauté des affaires, nos institutions et nos universités se mobilisent. C’est un outil de développement économique pour augmenter les contrats et voir de nouvelles entreprises s’installer chez nous ou s’agrandir », a mentionné la ministre du gouvernement sortant.

Elle a rappelé qu’une entente avait été signée en 2013 entre la Ville de Sherbrooke et une compagnie aérienne avec la condition d’obtenir les services aéroportuaires, mais que les conservateurs, qui étaient alors au pouvoir, « avaient claqué la porte au nez ». C’était l’une des seules attaques de la candidate libérale qui a dû défendre le bilan du gouvernement Trudeau.

Son attaque concernant l’aéroport a reçu des répliques simultanées des représentants des autres partis.

« Vous n’avez rien fait, madame Bibeau (...) Pourquoi ne pas mettre en place une désignation pure et simple comme 87 autres aéroports? Vous l’aviez demandé aux conservateurs, mais vous ne l’avez pas livré dans votre mandat », a lancé Pierre-Luc Dusseault.

« Ça fait des dossiers qui trainent », a ajouté Andréanne Larouche.

« Ils ont été au pouvoir pendant quatre ans avec une ministre régionale qui en avait fait un enjeu prioritaire. Quatre ans plus tard, vous mettez encore la faute sur les conservateurs », a répliqué pour sa part Luc Berthold.

Pour Jean Rousseau, il est temps de « passer à autres choses ».

« Le transport aérien est l’un des plus polluants sur la planète. Je pense qu’il est temps de développer des choses modernes comme le train Montréal-Sherbrooke en une heure quinze. Un projet mobilisateur, adapté pour tous les gens, à tous les budgets. Le transport aérien à partir de Sherbrooke est complètement farfelu », croit Jean Rousseau.

AbonnezvousBarometre

Les priorités

Les candidats des cinq partis ont été invités à cibler un engagement prioritaire pour changer « concrètement la vie des gens ».

« Augmenter le supplément au revenu garanti est une bataille qu’a menée de Bloc québécois. Nous allons continuer à vouloir faire augmenter le revenu des aînés », indique Andréanne Larouche du Bloc québécois.

Pierre-Luc Dusseault du NPD souhaite plafonner le prix des forfaits de téléphonie cellulaire et Internet.

« Les Canadiens se sentent floués par les grandes corporations. Ils veulent avoir des prix raisonnables face à la compétition dans les autres pays », mentionne M. Dusseault.

Marie-Claude Bibeau du PLC a souligné la mesure de l’allocation canadienne aux enfants mise en place par son gouvernement.

« L’orientation est d’en faire plus pour les aînés. Maintenant c’est l’augmentation de la pension du Canada de dix pour cent à partir du moment où ils atteignent 75 ans », a indiqué Mme Bibeau.

Pour le conservateur Luc Berthold, l’objectif est de « laisser plus d’argent dans vos poches pour que vous puissiez prendre de meilleures décisions » en baissant les impôts de la première classe d’imposition et en rétablissant les crédits d’impôt pour les sports des enfants.

Jean Rousseau signale que le Parti vert croit en des mesures pour aider les « gens en général ».

« On veut un revenu minimum garanti pour aider les personnes âgées, les familles monoparentales et les étudiants dans le besoin. »

+

Agriculture : Bibeau et Berthold croisent le fer

Le ton est monté entre Marie-Claude Bibeau et Luc Berthold sur le sujet de la compensation aux producteurs laitiers. Mme Bibeau a même accusé son vis-à-vis de faire de la désinformation.

Luc Berthold a mentionné que les compensations aux producteurs tels que promis par les libéraux allaient être maintenues advenant l’élection d’un gouvernement conservateur, mais a remis en question la durée de ces compensations sous un gouvernement libéral.

« On annonce de l’argent seulement pour une année pour les producteurs de lait alors que les gens ont besoin de prévoir, affirme-t-il. Quelqu’un qui veut prendre la relève d’une ferme veut savoir ce qui va se passer. »

« C’est complètement faux ce que vous dites, a lancé Mme Bibeau. On a évalué les impacts sur un horizon de 19-20 ans. On va verser l’argent sur une période moyenne de 8 ans. On a annoncé 1,75 milliard de dollars et 345 millions de dollars pour la première année. C’est la Commission canadienne du lait qui a les fonds en ce moment et qui fait le suivi. »

Luc Berthold a ensuite laissé entendre que les États-Unis pouvaient dorénavant venir dire aux producteurs comment classifier leur lait et que le Canada n’avait plus le loisir d’exporter du lait en poudre où il le désire. 

« Vous faites de la désinformation comme vous faites à la Chambre des communes », a répliqué Mme Bibeau.

Andréanne Larouche a mentionné que les agriculteurs craignent que ces compensations se transforment en promesses électorales et de ne pas obtenir toutes les sommes qui leur sont dues. 

« C’est 10 % du marché des agriculteurs qui est disparu en quelques années sous les conservateurs et les libéraux, a pour sa part mentionné Pierre-Luc Dusseault. C’est grave et ça met en péril l’économie de notre région. »

L’animatrice Chantal Rivest a dû intervenir pour calmer la pagaille alors que tous les candidats parlaient en même temps.

MERCOSUR

François Bourassa, producteur laitier et acéricole de Valcourt et président de la Fédération de l’UPA-Estrie, s’est dit satisfait du débat qui a eu lieu, même s’il aurait aimé avoir des engagements plus clairs de la part des candidats. Il aurait aimé notamment que les participants au débat s’engagent sur le prochain accord entre le Canada et le MERCOSUR, un bloc économique regroupant l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

« Le Brésil peut nous enterrer de viande, de soya et de maïs, car ils ont un climat très favorable. J’aurais aimé un engagement ferme que personne ne va toucher à la gestion de l’offre. »

M. Bourrassa estime que Mme Larouche a marqué un point en mentionnant que plusieurs accords se sont signés sans égratigner la gestion de l’offre que lorsque le Bloc québécois était présent en force à Ottawa.