Changements climatiques: le bulletin des partis

Alors que des milliers de jeunes et de moins jeunes descendent dans la rue vendredi pour la marche pour le climat, Le Soleil demande à des experts d’évaluer les actions promises par les six principaux partis en lice aux élections fédérales pour combattre les changements climatiques.

Alexandre Gajevic Sayegh, professeur au Département de science politique de l’Université Laval

Bloc Québécois: B (Louable, mais confus)

Le Bloc propose une série de mesures très adéquates pour la lutte aux changements climatiques. Par contre, la péréquation verte, leur première mesure environnementale, est un plan irréfléchi. Leur idée de remodeler la tarification du carbone créera une discontinuité dommageable en matière de politiques climatiques fédérales. Fournir des incitatifs aux provinces pour réduire leurs émissions avec un système de compensation est louable. L’idée de mêler la péréquation à tout le système de tarification du carbone créera toutefois confusion et tension sur les plans économique et politique. Le manque d’analyse sur ce point assombrit un plan par ailleurs assez robuste.

  • Nouveau Parti démocratique: A- (Juste et inclusif) 

Le NPD promet une réduction importante des émissions de GES jusqu’en 2030 (37 % par rapport à 2005). C’est le premier parti à avoir pensé à des mesures profondes pour une transition juste. Le parti propose d’investir 15 milliards $ et de créer 300 000 emplois dans les industries qui assureront la transition énergétique. Il propose de maintenir la tarification du carbone, mais de ne plus redistribuer les revenus générés par celle-ci aux citoyens les mieux nantis. Cette mesure devra toutefois être accompagnée d’études sur son acceptabilité politique. Son plan de transition énergétique vise à inclure tous les Canadien/nes, incluant ceux œuvrant dans des secteurs pétroliers et gaziers. Par contre, le NPD n’est pas assez sensible à la concurrence internationale à laquelle font face certaines industries canadiennes.

  • Parti conservateur: D- (pas d'engagement)

Les principaux éléments ici sont les absences. a) Le parti d’Andrew Scheer ne s’est pas engagé à respecter les cibles de Paris (il pense avoir les meilleures chances de les atteindre, mais ne s’engage pas clairement), et encore moins celles du GIEC. b) Le PCC va abolir la tarification du carbone au fédéral. c) Les conservateurs refusent de s’engager à mettre fin aux subventions pétrolières. Les modélisations actuelles montrent que le plan conservateur va entraîner une augmentation des émissions de GES au pays entre 2020 et 2030, et non pas une diminution, ce qui en 2019 est inexcusable. Le manque de continuité dans les politiques climatiques du pays, ainsi que les mauvais signaux envoyés aux industries constituent des reculs considérables. Les quelques mesures intéressantes sont contrecarrées par un manque de vision globale qui ferait à nouveau du Canada un cancre environnemental sur la scène mondiale.

  • Parti libéral: A- (un appel aux experts) 

Les libéraux se sont mis au diapason avec le GIEC : l’atteinte de zéro émission nette en 2050, ce qui impliquerait un virage vert majeur dès cette année et une réduction de 45 % en 2030 (par rapport aux niveaux de 2005). Le nouveau plan libéral contient les éléments nécessaires pour rendre possible cette accélération de manière plus linéaire et holistique. Le PLC propose de plus deux éléments souvent négligés : la création d’un comité d’experts permanent pour élaborer la transition vers une économie verte — le seul parti à proposer cette mesure importante, car, soyons honnêtes, le défi est trop complexe pour des politiciens laissés à eux-mêmes —, ainsi que les mesures pour une transition juste, incluant un soutien accru aux travailleurs des grands secteurs émetteurs. Le parti doit mieux chiffrer ses propositions et s’efforcer toutefois de ne plus acheter de pipelines. 

  • Parti populaire: F- (irresponsable et dangereux) 

Le climatoscepticisme est affiché noir sur blanc. Cette position appauvrit le débat démocratique et affaiblit généralement la démocratie. Une société productive est construite sur la base de faits et d’idéaux raisonnables. Le type de position que met de l’avant le PPC, bien que permis par la liberté d’expression, ne devrait pas bénéficier d’une plateforme médiatique au même titre que celles des autres partis. Le parti promet un retrait de l’Accord de Paris, une abolition de la taxe carbone et un abandon des cibles de réduction de GES. Ce plan est irresponsable et dangereux.

  • Parti vert: A- (au-delà des cibles) 

Le Parti vert propose une réduction de 60% des émissions en 2030 par rapport au niveau de 2005, ce qui est largement supérieur à ce qu’indique le GIEC. Cette cible n’est réaliste que si l’on appuie sur l’accélérateur sans freiner à partir du 22 octobre. Mais les élus de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario veulent ralentir les efforts du fédéral, donc le PVC doit démontrer comment il changera les mentalités des élus canadiens pour considérer son plan réaliste. On doit saluer les efforts pour la création de la discussion d’un changement beaucoup plus rapide que ce que proposent les autres partis, notamment à travers une augmentation chiffrée de la taxe carbone en 2030 à 130 $ la tonne. Seul parti à insister sur un transport ferroviaire accru, son autre problème tient à un déploiement difficile à suivre des dépenses gouvernementales (seulement 720 millions $ pour VIA Rail?).

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David Talbot, professeur à l’École nationale d’administration publique et directeur du Centre de recherche sur la gouvernance

  • Bloc québécois: B (manque de précision)

À la base, bonne idée d’inciter les provinces à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’aide d’un système de péréquation verte. Mais la gestion d’un tel système sera loin d’être simple et on craint de se retrouver dans une situation similaire à celle du Fonds vert du Québec. Le Bloc manque de précision dans son plan de transition. De façon concrète, comment compte-t-il diminuer les GES?

  • Nouveau Parti démocratique: B+ (pas assez concret) 

J’aime bien les idées, mais je suis mitigé sur les moyens. Le NPD trace un bon lien entre l’environnement et l’économie, mais comment va-t-il s’y prendre? Dans quels secteurs d’emploi? L’engagement est supérieur à la majorité des autres partis, mais on n’en sait pas beaucoup sur la mise en œuvre et les moyens concrets.

  • Parti conservateur: B- (pas de la plan structurant)

Les conservateurs se fixent une cible de 30% de réduction des émissions de GES, mais on ne sait pas comment ils veulent l’atteindre. Surtout qu’ils sont contre toute taxation ou politique climatique à long terme, comme la taxe sur le carbone. Ils se basent donc surtout sur la bonne volonté des entreprises sans avoir de plan structurant pour les inciter.

  • Parti libéral: A- (un plan à préciser) 

La plateforme aborde de front les grandes problématiques, mais manque de précision dans son plan de transition. Comment vont-ils atteindre leurs objectifs? On ne le sait pas trop. Notamment pour avoir un Canada carboneutre d’ici 2050. Il y a un bémol dans la mise en application des mesures.

  • Parti populaire: E (en retard de 30 ans)

On croirait une plateforme électorale sortie directement du passé, de 1990! Claire méconnaissance de la compétitivité des entreprises canadiennes et ces mesures affecteraient leur positionnement à l’intérieur même du pays. On dirait qu’on fait du surplace depuis les 30 dernières années.

  • Parti vert: A (une source d'inspiration) 

Plan de transition extrêmement intéressant et ambitieux, particulièrement dans les domaines du bâtiment et du transport. Comme les verts ne seront pas au pouvoir, ils manquent toutefois de réalisme dans leur approche. N’empêche que les autres partis devraient s’en inspirer.

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Fanny Tremblay-Racicot, professeure à l’École nationale d’administration publique*

  • Bloc québécois B- (absence du transport) 

Le Bloc Québécois réclame la souveraineté environnementale sur le territoire du Québec, soit le «pouvoir d’accepter ou non les projets sous juridiction fédérale qui concernent l’aménagement du territoire et la protection de l’environnement». Cependant, rien n’indique qu’il s’opposerait à de tels projets. Les autres mesures proposées par le Bloc sont la «péréquation verte», une mesure écofiscale semblable à la bourse du carbone, la prise en compte des impacts sur les changements climatiques de toutes les actions gouvernementales, l’opposition au projet Énergie Est, la fin des subventions aux énergies fossiles et des mesures favorisant l’achat de véhicules électriques. Peu de mesures contraignantes ou dissuasives en matière de transports.

  • Nouveau Parti démocratique: A- (Quelles contraintes)

La plateforme néo-démocrate en matière de changements climatiques est constituée de six grands axes d’intervention. Le NPD s’engage à cesser les subventions aux énergies fossiles, à financer la rénovation du parc immobilier afin de le rendre plus écoénergétique, à financer l’achat de véhicules électriques, à mettre en place un réseau de stations de chargement pour ceux-ci, et fait notoire, mais pas nécessairement efficace, en «adoptant» des transports publics 100% électriques et gratuits. Le NPD s’engage également à investir dans le transport ferroviaire (une compétence fédérale) et à améliorer le transport collectif en milieu rural et nordique. L’absence de mesure dissuasive lui vaut un A-.

  • Parti conservateur: E (Absence de volonté)

La plateforme conservatrice en matière de changements climatiques repose sur l’exportation des technologies et de l’expertise canadienne afin de réduire les émissions dans d’autres parties du monde, ainsi que sur l’exploitation des produits énergétiques canadiens. Le Parti conservateur n’émet pas la volonté de réduire les émissions domestiques de GES.

  • Parti libéral: C (Que faire en transport?)

Un gouvernement libéral réélu engagerait le Canada à atteindre une cible zéro émission nette d’ici 2050. Tel que libellé dans la plateforme libérale : «Pour les entreprises et l’industrie, zéro émission nette signifie qu’il est encore possible d’émettre de la pollution par le carbone, mais qu’il faut la compenser par d’autres mesures, tel que planter des arbres.» Le PLC propose également la mise sur pied de programmes de subventions visant la réduction des émissions provenant des immeubles résidentiels. Absence notoire de mesures (incitatives ou dissuasives) visant la réduction des émissions de GES provenant des transports.

  • Parti populaire: — (Pas de note)

Le Parti populaire prône le climatoscepticisme et s’engage à mettre fin aux efforts de réduction des émissions de GES. 

  • Parti vert: A+ (De vraies contraintes) 

La lutte aux changements climatiques occupe une place importante dans la plateforme du parti, qui s’engage aussi à l’atteinte de l’objectif d’émissions «zéro» d’ici 2050. Les mesures proposées pour atteindre cet objectif se distinguent de celles des autres partis par leur caractère contraignant. En matière de transports, le parti mise, entre autres, sur le transport ferroviaire, les transports actifs et collectifs, l’élaboration d’un programme de transport de marchandises écoénergétique et sur l’interdiction de la vente de véhicules de promenade à moteur à combustion interne d’ici 2030. Étant donné que les autres mesures permettant de bonifier la plateforme impliqueraient une ingérence dans les compétences provinciales, cette plateforme mérite un A+.