Vérification faite: l’«échec» de l’intégration des immigrants au Québec

L’AFFIRMATION: «M. Couillard est la personne la plus mal placée pour parler d’immigration parce que c’est un échec, l’intégration des immigrants sous le gouvernement libéral, a-t-il affirmé. Je vous rappelle les chiffres : sur 50 000 nouveaux arrivants, on en perd 13 000. […] Une des raisons importantes pour lesquelles ont en perd [autant], c’est qu’on n’est pas capables de leur offrir des emplois aussi payants qu’en Ontario», a martelé le chef caquiste François Legault, mardi.

LES FAITS

L’an dernier, le ministère de l’Immigration du Québec (MIDI) a publié un rapport (bit.ly/2ETGF0B) qui concluait que sur tous les immigrants arrivés ici entre 2006 et 2015, 74 % étaient toujours présents au Québec en 2017. Cela en laisse 26 % qui auraient quitté, ce qui est pile poil en ligne avec les 13 000 départs sur 50 000 dont parle M. Legault. Peu importe d’où celui-ci a tiré ses chiffres, ils ne sont pas farfelus.

Cependant, il faut savoir que le MIDI a considéré comme «présent au Québec» tout immigrant qui détenait en 2017 une carte d’assurance-maladie non-expirée. C’est un indicateur qui peut en valoir d’autres, mais qui a aussi des défauts importants. Par exemple, un immigrant peut avoir négligé de renouveler sa carte-soleil mais toujours vivre au Québec. Le MIDI admet en outre avoir perdu la trace de 10 % des nouveaux-arrivants, et cette méthode ne permet pas de se comparer avec les autres provinces.

Or en 2016, Statistique Canada a publié des chiffres sur la «mobilité interprovinciale des immigrants» (bit.ly/2ohC1io), qui est basé sur les informations fournies dans les déclarations d’impôts. On y voit que parmi ceux qui sont arrivés au Québec de 2008 à 2013, 87,4 % vivaient toujours ici en 2013. De ce point de vue, l’Ontario (93 %), l’Alberta (93 %) et la Colombie-Britannique (90 %) faisaient mieux, mais pas par des marges énormes — et les six autres provinces avaient de moins bons taux de rétention que le Québec, surtout dans l’Atlantique.

En tenant compte des immigrants qui sont arrivés dans d’autres provinces canadiennes mais qui ont par la suite déménagé au Québec, le pourcentage grimpe à 91 %, mais il demeure que la Belle Province perd plus d’immigrants qu’elle n’en attire. À ce jeu, l’Ontario (102 %), l’Alberta (117 %) et la Colombie-Britannique (103 %) sont gagnantes et la Saskatchewan (97 %) devance le Québec.

Et les revenus des immigrants, eux? Il est indéniable qu’ils sont plus élevés en Ontario qu’ici. D’après des données de l’Institut de la statistique du Québec, les nouveaux arrivants touchaient en moyenne 845 $ par semaine au Québec en 2017, contre 971 $ en Ontario. Il y a peut-être là (en plus d’autres facteurs, comme le fait qu’il y a beaucoup d’immigrants en Ontario, ce qui peut en attirer d’autres) une partie de l’explication.

Il faut toutefois noter à ce sujet que s’ils gagnent un peu moins ici, les immigrants sont proportionnellement plus nombreux à travailler au Québec qu’en Ontario. Leur taux d’emploi est ici de 61,7 % (pour 2017) contre 57,5 % dans la province voisine.

En outre, si les immigrants arrivés ici il y a moins de cinq ans gagnent nettement moins que les autres (741 $/sem), chez ceux qui se sont arrivés il y a plus de 10 ans, la rémunération moyenne (885 $/sem) est pratiquement la même que celle des Québécois qui sont nés ici (893 $/sem). Le fait que ceux qui ont eu le temps de s’établir gagnent presque autant que les «natifs» n’est certainement pas un signe de l’échec de l’intégration.

LE VERDICT

En partie vrai. On peut questionner l’exactitude de la statistique citée par M. Legault, mais il demeure que le Québec perd plus d’immigrants aux mains des autres provinces qu’il n’en attire. Il est possible que les salaires, effectivement plus élevés en Ontario, y soient pour quelque chose. Mais il n’est pas évident que tout cela indique un «échec» de l’intégration, puisque la moitié des autres provinces retiennent moins bien leurs immigrants que le Québec et que ceux qui restent ici au moins 10 ans finissent par avoir des revenus à peu près égaux aux Québécois qui sont nés ici.