Située à cheval entre la haute ville et la basse ville de Québec, Taschereau englobe tout le secteur touristique du Vieux-Québec, la colline parlementaire, de même que les quartiers Saint-Jean-Baptiste, Saint-Roch, Saint-Sauveur, Montcalm et Saint-Sacrement.

Taschereau: remplacer l’irréductible gauloise

La campagne électorale n’est pas commencée, mais c’est tout comme. Autour des BBQ, des candidats s’activent dans certaines circonscriptions particulièrement chaudes. Les journaux du Groupe Capitales Médias vous proposent chaque dimanche d’ici la fin août, six luttes qui feront jaser dans tout le Québec. On commence aujourd’hui avec Taschereau, au coeur de la ville de Québec.

L’irréductible gauloise Agnès Maltais y a régné pendant 20 ans, résistant à toutes les vagues. Maintenant qu’elle quitte la politique, le PQ se prépare à défendre son fief, QS espère une première percée hors Montréal, la CAQ s’aligne vers un balayage complet de la région et le Parti libéral pense pouvoir se faufiler et causer la surprise. La table est mise pour une véritable course à quatre dans Taschereau.

Le départ de Mme Maltais, qui bénéficiait d’un énorme capital de sympathie à Québec, provoque une opportunité que tous les partis veulent saisir. Les quatre formations politiques représentées à l’Assemblée nationale ont choisi des candidats sur lesquels ils misent gros dans cette circonscription qui fait figure de symbole.

La perte de Taschereau serait difficile à porter pour le Parti québécois, qui est à la traîne dans les sondages. Québec solidaire croit qu’il peut profiter des difficultés du PQ pour rallier les souverainistes à son enseigne. Si la Coalition avenir Québec l’emporte dans ce secteur de la région de Québec traditionnellement à gauche, c’est qu’elle aura réussi à provoquer un raz-de-marée. Une division du vote pourrait quant à elle sourire au Parti libéral, qui a failli déloger Mme Maltais en 2014. 

Située à cheval entre la haute ville et la basse ville de Québec, Taschereau englobe tout le secteur touristique du Vieux-Québec, la colline parlementaire, de même que les quartiers Saint-Jean-Baptiste, Saint-Roch, Saint-Sauveur, Montcalm et Saint-Sacrement. 

Selon les dernières données fournies par Élections Québec, 57 % des résidents de Taschereau circulent à pied, à vélo ou en autobus pour se rendre au boulot. Ils n’ont pas, pour la plupart, les mêmes enjeux de transport que les résidents des autres circonscriptions de Québec, qui circulent davantage en automobile. 

Le secteur compte 10 % d’immigrants et 70 % de locataires. La moyenne d’âge est un peu plus élevée que dans le reste de la province, mais Taschereau se distingue surtout par sa population très scolarisée : 80 % des gens de 25 à 64 ans ont en poche un diplôme d’études postsecondaires. 

Selon les prévisions du site Web Qc125.com, qui compile les résultats des derniers sondages, la CAQ serait en légère avance sur le PQ dans Taschereau. 

Florent Tanlet lors d’une partie de soccer organisée par le Centre multiethnique de Québec.

FLORENT TANLET (PLQ)

«Plus ça a l’air dur et compliqué, plus j’aurai des défis, plus c’est intéressant.» Enthousiaste de nature, Florent Tanlet ne s’attend pas à une partie facile dans Taschereau. 

Il souligne toutefois qu’il est le seul candidat à habiter la circonscription. Ses adversaires vivent toutes à Québec, mais légèrement en périphérie du centre-ville. Le libéral de 33 ans croit que son travail sur le terrain des dernières années l’avantage. Ayant perdu la dernière élection par quelques centaines de voix seulement, il prépare sa revanche. 

Attaché de presse de carrière, M. Tanlet s’occupait jusqu’à tout récemment des communications de la ministre du Travail Dominique Vien. «J’ai choisi Taschereau pour son profil. Ici, il y a des gens de la diversité culturelle et de la diversité sexuelle», indique le jeune homosexuel originaire de la France et arrivé au Québec en 2003. 

Peintre à ses heures, M. Tanlet passe beaucoup de temps auprès des organismes communautaires, dans les milieux culturels, les marchés publics et même dans des soirées de bingo avec des aînés. Il raconte s’être engagé en politique pour aider les jeunes en difficulté. 

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L'allégeance de Diane Lavallée au Parti québécois est restée intacte, tout comme ses convictions.

DIANE LAVALLÉE (PQ)

Son carburant, c’est la «défense des droits» des gens. Diane Lavallée a tâté la politique en 1994, en se présentant pour le Parti québécois dans Jean-Talon, la circonscription voisine de Taschereau. Défaite par 24 votes seulement, Mme Lavallée s’est ensuite tournée vers une carrière syndicale, puis de haute fonctionnaire. Elle a été Curatrice publique du Québec et présidente du Conseil du statut de la femme, entre autres. 

Aujourd’hui âgée de 61 ans, son allégeance au PQ et ses convictions sont restées intactes. «Je n’ai pas magasiné un parti en fonction des sondages», lance-t-elle. Organisée, Mme Lavallée parle sans hésiter et en citant plusieurs statistiques des enjeux qui la touchent. La santé occupe le haut de ses priorités. 

Selon elle, la réforme du ministre de la Santé Gaétan Barrette a fait beaucoup de dégâts. «Quand on est rendu à rendre malades les gens qui doivent soigner parce que notre réforme a entraîné cet effet pervers, on a de sérieux problèmes.»

L’ancienne présidente de la Fédération des infirmières du Québec (FIQ) pourrait être appelée à participer à la campagne nationale du PQ, mais passera le plus clair de son temps sur le terrain, dans Taschereau. Son parti s’engage entre autres à mieux financer les organismes communautaires, qui sont nombreux dans la circonscription. 

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Svetlana Solomykina fait du bénévolat au jardin communautaire du Conservatoire de musique de Québec.

SVETLANA SOLOMYKINA (CAQ)

Svetlana Solomykina a toujours une paire de chaussures un peu plus chic dans son sac, étant donné qu’elle passe le plus clair de ses journées en espadrilles à sillonner à pied la circonscription. «J’aime le contact humain.» 

Nouvelle en politique, la gestionnaire et scientifique de 49 ans a commencé à serrer des mains et à distribuer ses petites cartes d’affaires pendant l’été, question que les citoyens s’habituent au moins à prononcer son prénom. Déjà, elle dit avoir «converti plusieurs péquistes». 

Si la vague caquiste est assez forte, elle pourrait porter Mme Solomykina à l’Assemblée nationale. «C’est très plaisant de surfer quand on est en vacances sur cette vague-là. Dans mon cas, je ne suis pas en vacances. Je suis dans un champ d’action très intense, mouvementé», répond la candidate, qui a flirté avec le PLQ avant de choisir la CAQ, l’automne dernier. 

Celle qui est originaire de Russie mais qui vit au Québec depuis 25 ans raconte qu’elle a vécu sa mise en candidature comme «un mariage» avec le parti de François Legault, un véritable «engagement». Elle dit vivre en ce moment sa «grossesse» politique, et espère donner naissance à un beau projet de société le 1er octobre. Mme Solomykina assure que son projet politique est réfléchi et qu’elle veut tremper dans le milieu pour au moins la prochaine décennie. 

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Pas de langue de bois avec l’artiste engagée Catherine Dorion, qui portera cette fois les couleurs de Québec solidaire après avoir été candidate pour Option nationale.

CATHERINE DORION (QS)

«Québec a la réputation d’être une ville de rednecks; une ville de fonctionnaires assis sur leur cul. Là, on a un jeune parti qui est en montée. La gauche de toute la ville de Québec pourrait, tout à coup, se sentir représentée.»

Pas de langue de bois avec l’artiste engagée Catherine Dorion. Même s’il s’agit de sa troisième campagne électorale, elle n’a pas basculé dans le camp des politiciens professionnels comme ceux qu’elle critique. Auparavant pour Option nationale, elle portera cette fois les couleurs de Québec solidaire, ayant remporté l’investiture contre la candidate qui avait bien fait en 2014, Marie-Ève Duchesne. 

Déjà très suivie sur les réseaux sociaux, Catherine Dorion compte exploiter cet atout durant la campagne et publier des vidéos de ses idées. 

Pour la candidate, le départ d’Agnès Maltais offre une opportunité que doit absolument saisir Québec solidaire. Catherine Dorion sait que la direction du parti compte sur elle, et sur Sol Zanetti dans la circonscription voisine de Jean-Lesage, pour obtenir ses premières victoires à Québec. 

«Je pense qu’on a de grosses chances. Je pense que cette fois, le vote stratégique des indépendantistes va aller à Québec solidaire», évalue celle qui dit ne pas avoir «peur» de la candidate péquiste Diane Lavallée. «C’est une personne super, mais nous, on reste plus du côté des visionnaires et elle reste plus du côté des gestionnaires.»

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Résultats dans Taschereau en 2014

  • Agnès Maltais (PQ) : 32%
  • Florent Tanlet (PLQ) : 30%
  • Steve Brabant (CAQ) : 16%
  • Marie-Ève Duchesne (QS) : 15%
  • Catherine Dorion (ON) : 4%