«Populaire» sera le slogan de Québec solidaire lors de la prochaine campagne électorale.

Les slogans qui tiennent en un mot ont la cote

Trois partis sur quatre ont choisi de se présenter aux électeurs québécois en misant sur un seul mot. Une stratégie prisée à l’ère des médias sociaux, car celui-ci peut facilement se transformer en mot-clic.

«Les partis auront à faire campagne en ligne, là où on veut faire court», analyse Thierry Giasson, professeur de communication politique à l’Université Laval. Les partis ont aussi pu être tentés d’imposer «un mot d’ordre, qui va véhiculer un thème central».

La Coalition avenir Québec, le Parti québécois et Québec solidaire ont choisi des slogans qui tiennent en un seul mot, auquel des idées ou des valeurs pourront être accolés. Le Parti libéral mise quant à lui sur une phrase plus longue, un slogan plus classique.

Jean-Jacques Stréliski, professeur de marketing à HEC Montréal, est surpris et déçu de constater cette tendance générale aux slogans courts lors de cette campagne. «Un mot peut tout dire, mais il ne dit pas grand-chose en réalité. Il y a des mots plus punchés que d’autres, mais cette fois, ça ne me paraît pas d’une grande originalité», commente-t-il.

Dans les mots choisis par les partis, M. Stréliski ne retrouve pas d’effet mobilisateur, qui donne le goût aux Québécois de se rassembler ou d’aller voter. «Un slogan, c’est un cri de ralliement, mais chez tous les partis, il y a quelque chose qui tombe à plat. C’est ce que je ressens. C’est triste à dire, mais je ressens un grand vide.» M. Stréliski croit que le Québec est loin de slogans comme le «Yes, We Can!» de Barack Obama en 2008.

Mais il veut tout de même donner la chance et coureur et voir comment les partis vont exploiter ces mots. «Il faudra voir de façon plus précise ce qu’ils veulent dire.»

PLQ: Pour faciliter la vie des Québécois

«Ça peut être dangereux pour les libéraux, car ça sous-entend que les Québécois ont peut-être la vie difficile en ce moment. Les adversaires ont une prise et le PLQ va devoir trouver des réponses à ça», évalue M. Giasson. «Le Parti libéral vient faire une proposition douce. On sent très bien que le parti veut acheter la paix avec les Québécois et nous proposer des jours meilleurs. C’est une belle promesse, un vœu pieux», croit M. Stréliski.

PQ: Sérieusement

«Tous les adversaires vont mettre un point d’interrogation après ce mot-là. En anglais, on utilise seriously pour semer le doute» critique M. Giasson. L’expert comprend l’objectif de montrer que voter pour le PQ est une décision réfléchie. «Mais j’entends déjà les adversaires au débat des chefs dire : M. Lisée, sérieusement?» M. Giasson laisse toutefois au PQ le bénéfice du doute. «On semble vouloir privilégier une campagne audacieuse, où on joue avec la dérision. Si c’est bien fait, ça peut marcher.»

CAQ: Maintenant

«La CAQ frappe très juste, parce que ça tombe pile avec son objectif de campagne, qui est de convaincre les électeurs que le parti a atteint le niveau de préparation nécessaire pour prendre le pouvoir», commente M. Giasson. Selon lui, il s’agit d’une «belle trouvaille». «C’est clair qu’on veut dire aux gens de ne plus hésiter et de poser le geste maintenant.» Le mot laisse toutefois M. Stréliski perplexe, étant donné qu’il n’est pas porteur d’une idée ou d’une valeur en lui-même.

QS: Populaire
«Il y a un risque de dérapage, parce que certains adversaires taxent déjà Québec solidaire d’être des populistes de gauche», analyse M. Giasson. Par contre, le mot peut rappeler aux gens qui veulent voter pour QS qu’ils ne sont pas seuls, qu’il s’agit d’une option attractive. «Ça dit que le parti n’est pas marginal et qu’il vient du milieu populaire, du milieu communautaire. Et ça, ça colle parfaitement à Manon Massé», ajoute M. Giasson.