Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée

Le PQ veut des assiettes avec 50 % d'aliments du Québec

SAINT-CHARLES-SUR-RICHELIEU — Un gouvernement du Parti québécois (PQ) obligerait les cafétérias des hôpitaux, des établissements d'enseignement publics et des centres de la petite enfance à servir des assiettes composées de 50 % de produits du Québec.

La mesure visant à contrer le déclin de la proportion des aliments québécois dans les plats servis dans les institutions publiques du Québec est contenue dans le plan agricole dévoilé jeudi par le chef péquiste Jean-François Lisée.

«On s'est rendu compte que la part d'aliments québécois dans les assiettes (...) se réduit d'année en année. Pourquoi? Parce que des distributeurs américains gagnent les soumissions. Pourquoi? Parce que dans leur assiette, il y a des aliments américains qui coûtent moins cher? Pourquoi? Parce que les normes de qualité sont plus faibles», a-t-il exposé.

Et ce qui est présenté dans le plan distribué aux journalistes comme un «objectif» est réellement «une obligation», que les institutions «vont atteindre obligatoirement assez rapidement», a indiqué M. Lisée en point de presse à Saint-Charles-sur-Richelieu, en Montérégie.

«Nous on dit simplement: faites ce que vous voulez, mais 50 % des aliments dans votre assiette (...) doivent être québécois. Alors les distributeurs américains devront s'approvisionner dans les fermes québécoises pour pouvoir avoir accès au marché québécois», a-t-il avancé.

Le chef n'a pas été en mesure de préciser de combien avait chuté la proportion d'aliments québécois dans les assiettes des institutions publiques. Plus largement, au Québec, elle serait passée d'environ 60 à 70 % il y a «à peu près 30, 40 ans» à «32, 33 %» actuellement, a néanmoins précisé André Villeneuve, qui était porte-parole de son parti en matière d'agriculture.

Le coût de la mesure n'est pas chiffré dans le plan péquiste. Mais le leader du PQ a signalé qu'il ne fallait pas négliger que cela aurait des retombées positives sur l'emploi dans le secteur de l'agriculture, et il a mentionné que le gouvernement pourrait offrir une aide financière pour faire de son projet un succès.

«Une des raisons pour lesquelles les Américains nous vendent des trucs moins chers, c'est que la qualité est moins bonne. Et nous, on fait le choix de la qualité. Alors est-ce que ça va être quelques sous de plus? C'est possible. On va voir. Mais est-ce qu'il va y avoir plus d'emplois, de produits, de profits, d'impôts prélevés sur notre production agricole? Oui», a-t-il plaidé.

«Et je vous dis que dans le budget de 100 milliards de dollars du gouvernement québécois, il n'y aura aucune difficulté à absorber cette excellente décision», a prédit M. Lisée.

Spéculation terrienne

Un autre aspect du plan agricole péquiste concerne l'accaparement des terres. Selon Jean-François Lisée, il faut absolument faire en sorte que la «spéculation effrénée ne continue pas dans une spirale ascendante qui éjecte la relève de la possession de la terre», ce que le PQ ferait en déposant un projet de loi pour contrer le phénomène.

Il s'est fait couper l'herbe sous le pied par le chef libéral Philippe Couillard, qui venait de s'engager à lutter contre l'accaparement des terres au conseil général de l'Union des producteurs agricoles (UPA), à Longueuil.

Le chef Lisée a mal digéré cette annonce, qu'il estime calquée sur une mesure législative péquiste déposée en 2016 qui n'a pourtant jamais été discutée sous la gouverne des libéraux. «Si M. Couillard voulait agir là-dessus, il avait juste à appeler (...) notre projet de loi et le voter — le modifier s'il le voulait, on était ouvert à la conversation», a-t-il dénoncé.

Quelques heures plus tard, c'était au tour de la caravane du PQ d'arriver à Longueuil pour la rencontre de l'UPA.

C'est la seconde fois en l'espace de moins d'une semaine que le leader péquiste se rend au quartier général du regroupement syndical. Rappelons qu'il a été l'instigateur du front commun des chefs de parti en faveur du système de gestion de l'offre, qui fait l'objet d'âpres négociations à la table de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Après cet arrêt à Longueuil, la caravane du PQ se dirigera vers la circonscription montréalaise de Rosemont, où Jean-François Lisée tente de se faire réélire pour une troisième fois.