De passage à Beauharnois, François Legault en a profité pour prendre un dîner sur le pouce et goûter à la poutine locale.

La CAQ abaisserait les seuils d'immigration dès 2019

Si elle accède au pouvoir, la Coalition avenir Québec (CAQ) abaissera dès 2019 les seuils annuels d’immigration, les faisant passer de 50 000 à 40 000 personnes. La diminution de 10 000 immigrants se ferait à travers toutes les catégories d’immigrants, soit l’immigration économique, la réunification familiale et les réfugiés.

«Vingt pour cent dans chaque catégorie», a lâché le chef caquiste François Legault à la toute fin d’une mêlée de presse, mercredi, à Longueuil. Jamais il n’avait été aussi précis quant à sa vision pour l’immigration.

Pourquoi préciser sa pensée maintenant, dans les locaux de l’Union des producteurs agricoles? «Bin, vous ne l’aviez pas demandé», a-t-il répondu, laissant les journalistes pantois.

Selon François Legault, les seuils d’immigration au Québec ne devraient pas être réduits graduellement, mais plutôt en bloc, dès 2019.

Il contredisait ainsi sa candidate dans Huntingdon, Claire IsaBelle, qui plus tôt dans la journée avait déclaré que la diminution se ferait «probablement graduellement».

La sortie de Mme IsaBelle a forcé la CAQ à préciser son échéancier et à expliquer les mesures qu’elle entend prendre avec Ottawa, si elle est élue le 1er octobre.

Car la compétence en matière d’immigration est partagée avec le gouvernement canadien. La seule catégorie d’immigrants sur laquelle le gouvernement du Québec exerce un contrôle est celle des immigrants économiques (30 000 des 50 000 personnes que l’on accueille chaque année).

«Ça suppose d’avoir un résultat de négociation pour les deux autres catégories avec le fédéral», afin qu’elles puissent être gérées par le Québec, a déclaré M. Legault.

«Actuellement, ça ne marche pas. [...] Il y a de la réunification familiale qui grossit très vite, sans aucune condition, ils arrivent ici, pas besoin de travailler, pas besoin de parler français. [...] Est-ce qu’on n’est pas mieux d’en prendre moins et d’en prendre soin?» a-t-il plaidé, en réitérant sa promesse d’imposer un test de français et un test de valeurs aux nouveaux arrivants.

Ce dernier comporterait des questions sur l’égalité homme-femme et le demandeur qui échoue ne pourrait devenir citoyen au Québec.

S’il remporte l’élection, François Legault juge qu’il aura la légitimité démocratique pour renégocier avec Ottawa. Il ne croit pas se heurter à des portes closes. «M. [Justin] Trudeau va être obligé d’en tenir compte», a-t-il déclaré, sinon «oui», il y aura un prix politique à payer.

Pénurie de main-d’œuvre

«Erreur massive, a aussitôt réagi son adversaire libéral Philippe Couillard. Je ne l’invente pas. Tout le monde nous le dit. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée, moins qualifiée, partout l’immigration fait partie des solutions. De prétendre vouloir diminuer les seuils d’immigration, c’est anti-économique.

«Pour cette seule raison, la CAQ ne devrait pas être autorisée par la population à former le gouvernement», a-t-il pesté.


« Il y a de la réunification familiale qui grossit très vite, sans aucune condition, ils [les immigrants] arrivent ici, pas besoin de travailler, pas besoin de parler français  »
François Legault, chef de la Coalition avenir Québec

Le sujet s’est imposé au jour 14 de la campagne électorale, alors que M. Legault et sa candidate IsaBelle visitaient les Serres Lefort, à Sainte-Clotilde-de-Châteauguay.

Les journalistes ont questionné Mme IsaBelle sur l’impact potentiel d’une réduction des seuils d’immigration sur les agriculteurs, qui font face à une pénurie de main-d’œuvre.

La CAQ est d’avis qu’une telle mesure ne serait pas néfaste à l’économie, car le Québec perdrait déjà 26 % de ses immigrants, qui partent s’installer ailleurs au Canada.

Par ailleurs, les producteurs embauchent des travailleurs étrangers temporaires, qui ne font pas partie des catégories appelées à être réduites, a précisé le parti.