Philippe Couillard a annoncé qu’avec un gouvernement libéral, les ministères et organismes seraient transférés dans les régions «où se trouve une grande part de leurs activités».

Couillard veut «décentraliser» les fonctionnaires

Le Parti libéral du Québec est mal placé pour faire miroiter aux régions situées hors des deux grands centres urbains le transfert d’employés de l’État, lui qui a coupé dans les services gouvernementaux qui y sont offerts, affirment les syndicats du secteur public québécois.

De passage en Gaspésie, mardi, le chef libéral, Philippe Couillard, a annoncé qu’un second gouvernement qu’il dirigerait «décentraliserait les processus décisionnels de certains ministères et organismes en transférant les équipes concernées dans les régions où se trouve une grande part de leurs activités».

En clair, la région de l’Abitibi-Témiscamingue accueillerait les employés du secteur des mines du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, ainsi que la haute direction qui y est associée; la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean accueillerait les employés du secteur des forêts, ainsi que la haute direction concernée du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs; la Gaspésie recevrait ceux du secteur des pêches du gouvernement du Québec et les Îles-de-la-Madeleine, ceux liés à la mariculture.

M. Couillard n’a pu dire combien de personnes seraient touchées par ces transferts. À ses yeux, pour l’heure, c’est le principe qu’il faut retenir, soit de «donner encore plus de pouvoir aux régions». Les modalités viendront plus tard.

La décentralisation se ferait graduellement, «en collaboration avec les acteurs syndicaux», assurent les libéraux.

Revirement

Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) estiment que l’annonce de M. Couillard est un vrai revirement. Ils soulignent que depuis 2014, son gouvernement a fermé les bureaux régionaux du Conseil du statut de la femme, du ministère de l’Éducation et de celui de l’Immigration. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion a cependant décidé il y a plusieurs mois de redéployer des antennes régionales.

«Quant aux bureaux toujours ouverts, ils peinent à offrir les services, soutient le président général du SFPQ, Christian Daigle. La Régie du logement ferme ses portes plusieurs fois par mois dans certaines villes par manque de personnel. Revenu Québec et la SAAQ diminuent graduellement les services disponibles au comptoir.»

«Plutôt que de proposer le transfert d’une partie d’un ministère vers une région, M. Couillard et les autres politiciens devraient plutôt promettre une bonification des services offerts par l’ensemble des ministères dans les régions du Québec.»

Des règles

Même s’il épingle les décisions passées du gouvernement Couillard à l’égard des régions éloignées des deux grands centres urbains du Québec, le président du SPGQ, Richard Perron, n’entrevoit pas de difficulté particulière à trouver des fonctionnaires qui seront heureux de s’y installer — ou à en recruter, compte tenu des nécessaires embauches à venir pour remplacer les salariés partant à la retraite.

Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec rappellent que tout éventuel transfert de personnel devra s’effectuer dans le respect des règles prévues aux conventions collectives. Une personne détenant déjà un poste ne peut être forcée d’aller travailler de façon permanente à plus de 50 kilomètres de chez elle.

L’Alliance des cadres de l’État préfère réserver ses commentaires pour plus tard. Elle juge inapproprié de commenter un engagement politique en pleine campagne électorale.