Le CHSLD Argyll a été l’un des plus touchés par les éclosions nosocomiales au cours des dernières semaines, à tel point que les dirigeants ont dû interrompre les visites durant un certain temps.

Éclosions d’infections nosocomiales sous contrôle au CIUSSS

Les différents hôpitaux et CHSLD du CIUSSS de l’Estrie-CHUS s’en tirent plutôt bien en termes d’éclosions d’infections nosocomiales — c’est-à-dire les infections qui sont attrapées par un patient dans le cadre de son séjour en milieu de soins. L’automne et l’hiver ont pourtant présenté plusieurs pics importants en termes d’éclosions simultanées, notamment en raison de l’influenza dont la prévalence est très forte cette année au Québec.

« Cette année n’est pas différente des autres en ce sens où on retrouve de telles éclosions chaque année. Toutefois, nous en avons eu plus que d’habitude cette saison », explique Dre Isabelle Alarie, microbiologiste-infectiologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Les éclosions ont eu lieu tant dans les milieux de soins aigus (les hôpitaux) que dans les centres de soins et d’hébergement de longue durée (CHSLD).

Influenza, gastroentérite, virus respiratoires divers, C. difficile (Clostridium difficile), SARM (Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline), ERV (Entérocoques résistants à la vancomycine) et les entérobactéries productrices de carbapénémase sont parmi les virus et bactéries auxquels font face les équipes de prévention des infections du CIUSSS de l’Estrie-CHUS depuis l’automne.

Depuis peu, la situation s’améliore et le nombre d’éclosions a diminué. En date du 28 février, il y avait 11 éclosions dans 9 installations. Près des trois quarts des éclosions étaient liées à l’influenza. « Toutes les éclosions sont actuellement stables et le nombre de cas est en diminution, à l’exception de l’éclosion au CHSLD de Magog qui s’est déclaré mercredi », ajoute Dre Alarie.

Le CHSLD Argyll touché davantage

Le CHSLD Argyll a été l’un des plus touchés par les éclosions. « Nous avons même dû interdire les visites pendant un certain temps. Il arrive parfois que nous devions aller jusque-là pour empêcher les visiteurs d’amener davantage de bactéries dans le milieu », souligne Dre Alarie.

Une autre mesure hors de l’ordinaire a dû être prise au CHSLD Argyll pour contrôler certaines des éclosions. « Nous avons donné des médicaments antiviraux à des patients, dans certaines unités, pour éviter qu’ils développent la maladie quand nous n’arrivions pas à arrêter l’éclosion dans une unité. C’est assez exceptionnel comme mesure », précise Isabelle Alarie.

Qu’est-ce que l’automne 2017 et l’hiver 2018 ont de si différents pour qu’autant de patients se retrouvent ainsi cloués au lit par tous ces virus et bactéries? En fait, tous les problèmes découlent de la grande prévalence de l’influenza cette année.

Et si l’influenza est si présente, c’est notamment en raison de l’inefficacité du vaccin contre la grippe. « Comme le vaccin est inefficace, il y a plus de gens qui attrapent l’influenza. Ça fait plus de gens dans les hôpitaux, donc plus de chances de l’attraper ou d’attraper d’autres bactéries… » résume Dre Alarie.

Mais ce n’est pas la seule raison. Normalement, l’influenza de type A fait des siennes de novembre à février, avant de se calmer. Puis vient une seconde vague en mars, d’influenza B cette fois. Cette année, les deux types d’influenzas ont frappé (et frappent encore) simultanément dès le début de la saison. Il est encore impossible de prévoir quand la situation commencera à se calmer ou si une troisième vague d’influenza pourra survenir au cours des prochaines semaines.

« On doit faire face à une épidémiologie changeante et s’y adapter », soutient la microbio- logie-infectiologue.

Une nouvelle bactérie s’invite à l’hôpital

Les infections qui s’attrapent principalement à l’hôpital dans le cadre d’une hospitalisation, comme c’est le cas du SARM, du C. difficile, des ERV et des entérobactéries productrices de carbapénémase, elles font partie de la lutte quotidienne de l’équipe de prévention des infections au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et ne sont pas présentes de façon plus marquée cette année.

« Nous étions encore épargnés par les ERV il y a quatre ou cinq ans, alors qu’il y avait des cas depuis bien plus longtemps à Montréal », lance la microbiologiste-infectiologue Isabelle Alarie.

Mais ce n’est pas tout. Une nouvelle bactérie vient de gonfler les rangs de ces maladies nosocomiales que les patients risquent d’attraper lors d’un séjour à l’hôpital. En effet, c’est la première année où l’on retrouve en Estrie des entérobactéries productrices de carbapénémase.

« On a fini par être rattrapés dans notre région, mais nous ne sommes pas différents du reste de la province à ce niveau. Nous avons eu des cas de transmission, mais limités de façon rapide et efficace, notamment parce que l’on teste systématiquement les patients qui nous sont transférés d’hôpitaux à risque ou qui ont été hospitalisés à l’extérieur du Québec », ajoute Dre Alarie.

Peu de morts liées aux infections

Jusqu’à présent, seuls quelques patients âgés seraient décédés à la suite des complications liées à l’une ou l’autre de ces infections nosocomiales. « Il faut noter que c’est comme ça chaque année : lorsque l’on a 85 ans, les conséquences de la grippe peuvent causer la mort des patients », précise la responsable médicale de l’équipe de prévention des infections au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Si les hôpitaux débordent depuis plusieurs semaines, les patients testés positifs à l’une de ces bactéries sont quand même isolés adéquatement au besoin.

La clé pour prévenir les infections nosocomiales et les éclosions demeure toujours la même : la prévention. Si certaines mesures peuvent être adaptées en fonction du virus ou de la bactérie à laquelle font face les patients, la pratique de base demeurera toujours la même, soit le lavage des mains et la désinfection notamment.