Sur les réseaux sociaux, le Shaker fait l’objet de nombreuses allégations au cours des dernières semaines. Selon les rumeurs, le GHB y circulerait abondamment.

«Drogue du viol» au Shaker de Sherbrooke: un comité pour surveiller la consommation

PRÉCISION

Le 15 juillet 2019, un article a été publié portant le titre «  Drogue du viol au Shaker de Sherbrooke : un comité pour surveiller la consommation », sur la plateforme web de La Tribune, et qui était titré « Le Shaker sous surveillance », dans la version papier du journal. Nous désirons préciser, tel qu’indiqué aux paragraphes 2 et 4 de l’article, qu’aucune enquête policière ne conclue présentement à la consommation de GHB au bar le Shaker et que la situation actuelle n’est pas alarmante aux yeux du Service de police de Sherbrooke et que le Shaker Sherbrooke n'est pas sous surveillance policière à ce jour pour de tels cas allégués d'intoxication. Nous souhaitons qu’il n’y ait aucune confusion à cet égard pour nos lecteurs.

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Une quinzaine de personnes se sont présentées dans les salles d’urgence des hôpitaux sherbrookois au cours des dernières semaines en présentant des « symptômes s’apparentant à une intoxication au GHB », communément appelé « la drogue du viol » après avoir passé la soirée au restaurant-bar le Shaker. 

Mise au courant de ces faits, la direction du Service de police de Sherbrooke (SPS) a aussitôt mis en place un comité de travail incluant la Direction de la santé publique de l’Estrie, un coroner et d’autres directions du CIUSSS de l’Estrie-CHUS dans le but de faire la lumière sur cette situation, a appris La Tribune.

Les analyses pour confirmer l’intoxication au GBH prennent de trois à quatre semaines à revenir après le prélèvement. « Jusqu’à présent, les analyses que nous avons reçues ne nous indiquent pas qu’il y a un phénomène alarmant », précise Samuel Ducharme, porte-parole du Service de police de Sherbrooke (SPS).

Sur les réseaux sociaux, ce bar sherbrookois fait l’objet de nombreuses allégations au cours des dernières semaines aussi. Selon les rumeurs, le GHB y circulerait abondamment.

« Nous avons entendu les rumeurs sur les cas d’intoxication au GHB qui se seraient produits au Shaker. La direction du SPS est impliquée et un comité a été mis en place, mais rien à ce stade ne nous permet de tirer des conclusions comme quoi il y aurait une problématique particulière dans ce bar. Nous sommes proactifs dans ce dossier », ajoute Samuel Ducharme.

La consommation de GHB à des fins récréatives pourrait être en hausse à Sherbrooke selon les rumeurs de la rue. Consommé de façon volontaire et dans une quantité adéquate sans la moindre goutte d’alcool, le GHB permettrait d’augmenter ses sens sans pourtant perdre la mémoire.

Au SPS, on ne peut pas confirmer. « En 2018, nous avons fait huit saisies de GHB pour l’année complète. En date du 8 juillet, nous avons neuf saisies pour 2019. Mais ce sont des trop petits chiffres sur trop peu de temps pour en tirer des conclusions comme quoi il y aurait une augmentation de la consommation du GHB à Sherbrooke », mentionne Samuel Ducharme.

De son côté, la direction du Shaker assure qu’elle ne lésine pas sur les moyens qu’elle prend pour assurer la sécurité à l’intérieur et aussi à l’extérieur de son établissement.

Après la fermeture récente de quatre bars à Sherbrooke, « le Shaker a presque le monopole à Sherbrooke », dit son propriétaire Maxime-Alex Leblanc-Simard.

La popularité a donc ses effets indésirables.

« Le but de toutes les mesures de sécurité qu’on met en place, c’est de faire en sorte d’éliminer le problème le plus rapidement possible », dit-il.

Y a-t-il de la consommation de drogues au Shaker ? « De la drogue, il y en a toujours eu dans tous les bars en général et il y en aura toujours, mais le Shaker fait tout pour s'assurer qu'il n'y ait pas de consommation de drogues dans son établissement », soutient le propriétaire.

Le restaurant, qui se transforme en bar vers la fin de la soirée, compte 35 caméras à l’intérieur. Il s’agit d’un « système de caméras très avancé ». « Il n’y a pas d’angles morts. Il y a des gens à temps plein à Québec qui surveillent nos caméras et celles des autres restaurants Shaker du Québec », précise M. Leblanc-Simard.

De plus, d’autres caméras seront ajoutées cette semaine, cette fois dans le stationnement du Carrefour de l’Estrie. Cette décision fait suite, notamment, à une bagarre qui serait survenue il y a quelques semaines entre des individus qui sortaient du bar aux petites heures de la nuit.

« Nous avons aussi une voiture de patrouille de sécurité qui se promène toute la soirée dans le stationnement pour assurer la sécurité des gens qui quittent notre établissement », ajoute Maxime-Alex Leblanc-Simard.


« Tous mes agents ont été formés par le Bureau de la sécurité privée. »
Maxime-Alex Leblanc-Simard

Il y a aussi en tout temps huit agents de sécurité à l’intérieur de l’établissement, dont un à la sortie des verres, précise-t-il.

« Tous mes agents ont été formés par le Bureau de la sécurité privée. Le Service de police de Sherbrooke est aussi venu donner une formation de deux heures à l’ensemble de mon personnel », précise-t-il.

Et à cela s’ajoutent plusieurs autres mesures pour augmenter la sécurité.

Ces nombreuses mesures de sécurité ont de quoi surprendre étant donné que ce n’est pas la norme dans les bars.

« Le but de toutes nos mesures, c’est de montrer l’exemple aux autres bars également pour éviter que des incidents arrivent ailleurs aussi. On veut combattre ce qui se passe dans notre bar, mais aussi dans tous les bars pour que les gens qui viennent dans les bars aient du plaisir et soient en sécurité », mentionne le propriétaire du Shaker de Sherbrooke.

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Drogue dangereuse

 Le GHB est une drogue qui peut facilement causer des surdoses, et ces surdoses amènent des « black-out » qui peuvent même conduire à la mort. En effet, cette drogue peu chère et de faible qualité amène rapidement un état d’ivresse, de désinhibition, de relaxation musculaire, puis un état d’euphorie. Mais les choses peuvent rapidement tourner mal. L’état d’euphorie peut se transformer en somnolence, en anesthésie générale, en coma et le tout peut dégénérer jusqu’à la mort.

La consommation volontaire de GHB est peu courante, mais elle existe bel et bien, soutient Jorge Flores Aranda, professeur aux programmes d’études et de recherche en toxicomanie à l’Université de Sherbrooke.

« Son usage volontaire est surtout documenté dans le cadre du phénomène chemsex (pour chemical sex, le sexe sous produits chimiques), qu’on retrouve surtout chez les hommes gais. C’est possible que ça se fasse dans d’autres milieux aussi, mais c’est vraiment dans le milieu gai que ç’a été documenté », explique le professeur.

L’alcool consommé en grande quantité peut aussi amener des « black-out alcooliques », soutient le professeur et chercheur. Les doses qui doivent être consommées pour en arriver à un tel résultat sont « très variables ». « Il n’y a pas qu’une seule réponse, parce que ça dépend de la quantité, de la qualité, des médicaments que l’on peut consommer, de sa fatigue, de son état de santé, des interactions avec d’autres produits. C’est une réponse multifactorielle », ajoute-t-il.

Pour éviter la consommation involontaire de GHB dans les bars et restaurants, une seule et unique consigne de sécurité demeure : « Il faut surveiller son verre sans arrêt », précise M. Flores Aranda.