DPJ: certains signes d'abus ne trompent pas

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Une plus grande attention devrait être accordée à la formation en abus physique donnée aux intervenants de la direction en protection de la jeunesse (DPJ).

Formatrice depuis 20 ans en diagnostic des abus physiques, Liliane Mercier croit que de la formation en continu dans ce domaine pointu pour intervenir plus efficacement et surtout plus rapidement est primordiale, afin d’éviter des drames où la vie des enfants peut être lourdement hypothéquée ou même brutalement interrompue.

Elle relève un élément commun à tous les décès d’enfants, connus de la DPJ : ils sont tous morts de gestes d’abus physiques. Se basant sur les données récentes de la DPJ, elle relève que les cas en abus physiques représentent 31 pour cent des signalements retenus pour évaluation dans l’ensemble des DPJ du Québec.

Selon elle, l’obligation d’avoir reçu des formations avant d’être autorisé à procéder à des évaluations et suivis en abus physique et avant d’occuper une fonction de décideur en abus physique devrait être imposée.

« Ces mesures sont basées sur la conviction profonde que l'augmentation des ressources, la modification de la loi et le changement des structures ne pourront compenser pour un élément de base fondamental : les connaissances et la capacité d’analyse pour choisir les mesures réellement protectrices pour les enfants. Des personnes spécialisées en abus physiques doivent être disponibles pour servir rapidement de référence », estime Mme Mercier.

Le maintien du même intervenant du début à la fin du processus, l’élaboration de protocoles d’évaluation et d’un programme d’intervention spécifiques à l’abus physique, la mise en place d’une collaboration terrain entre les partenaires en plus des ententes de partenariat entre les directions d’établissements et une révision s’inspirant du TAQ en santé mentale en révisant les exigences pour les personnes occupant les fonctions de juges à la Chambre de la Jeunesse sont d’autres mesures proposées par Liliane Mercier.

Travail «très exigeant»

« Le travail en protection de la jeunesse est très exigeant. Les gens doivent avoir les connaissances, le savoir et surtout le savoir-faire pour intervenir efficacement dès qu’ils reconnaissent les signes d’abus physiques », estime Mme Mercier.

Elle a développé une expertise dans les situations d’abus physiques et de négligence et réalisé plus de 200 évaluations au cours de ses 27 années de pratique.

Experte à l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec (OTSTCFQ) lors de plaintes au Conseil de discipline pour des interventions à la DPJ, elle soulève que lien entre les décès d’enfants victimes d’abus physiques est le manque de connaissances et la difficulté d’adapter le concept de gestion de risque aux spécificités de l’abus physique

« La raison donnée par les représentants de la DPJ pour ne pas l’avoir fait est presque toujours la même : nous n’avions pas d’éléments pour justifier la mise en place d’une mesure de protection. Pourtant l’état actuel des connaissances en abus physique aurait dû conduire à une autre évaluation du risque d’abus pour ces enfants », estime Liliane Mercier.

Elle croit que les drames récents qui ont secoué plusieurs régions du Québec nécessitent de prioriser le développement de l’expertise en abus physique.

« Les conséquences sont très graves. Si un enfant n’est pas protégé dès le départ, le risque de récidive est très grand. Dans le cas d’un bébé secoué, par exemple, c’est une violence irrationnelle qui ne se prévient pas. Il faut que les intervenants soient capables d’identifier les signes et d’intervenir pour protéger les enfants », soutient Liliane Mercier.