DPJ : les employés ont la cause des enfants tatouée sur le coeur

Le directeur de la protection de la jeunesse Alain Trudel a rendu hommage à ses employés qui travaillent au quotidien dans les différentes sphères de la protection de la jeunesse et qui ont « la cause des enfants tatouée sur le cœur ». Un travail difficile, un travail où tous les jours les employés sont confrontés à la pauvreté et à la misère, où les gestes de violence sont fréquents, le tout dans le but d’offrir de l’aide... à des gens qui n’en veulent souvent pas au départ. Dans un contexte de pénurie de personnel et de personnel absent en grand nombre, il était encore plus important à ses yeux de souligner l’apport de ces « travailleurs dévoués ».

« Nos employés sont là pour améliorer le sort des personnes les plus vulnérables. Nourrir l’espoir. Aider. Donner la parole et du pouvoir à ceux et celles que la vie blesse et malmène. Contribuer à créer un monde meilleur. Défendre les droits. Faire tomber les préjugés. Faire briller le beau qui existe en chaque humain. Prendre soin des enfants. Soutenir et guider leurs parents », a-t-il souligné d’entrée de jeu.

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Sabrina Houde, éducatrice spécialisée au centre d’hébergement de Val-du-Lac depuis 15 ans, est venue témoigner des beaux moments qu’elle vit au quotidien avec ces adolescents en difficulté... « Les jeunes qui arrivent à Val-du-Lac ne veulent pas être là. Souvent, pour eux, c’est comme atteindre le fond du baril, c’est une épreuve de plus dans une vie qui en a souvent été remplie. Ils sont en colère. On travaille à apaiser ces jeunes-là, puis on les amène à travailler sur eux. Mon plus grand défi, c’est de leur faire comprendre à quel point ils en valent la peine », soutient Mme Houde.

Alain Trudel est conscient que ses employés sont fatigués et encore trop peu nombreux même si le nombre de dossiers en attente d’évaluation a diminué au cours des derniers mois. « C’est vrai qu’il y a des dossiers en attente, mais moi je fais la part des choses avec nos professionnels. Les dossiers sont leur responsabilité seulement quand ils leur sont assignés. La liste d’attente et la priorisation des dossiers, c’est la responsabilité du directeur, de moi en l’occurrence », ajoute Alain Trudel.

Personnel à bout de souffle

Le syndicat qui représente une grande majorité des travailleurs du centre jeunesse de l’Estrie, l’APTS-Estrie, a réagi au bilan de la DPJ qui a été présenté mercredi. « Pour nous, ce bilan offre une vision très partielle de la situation. Les chiffres que nous avons obtenus montrent que, sur le terrain, la réalité est plus rude. Les intervenants sont à bout de souffle et doivent composer avec des taux de roulement élevés, un manque de ressources, des dossiers qui s’accumulent et des retards », indique Emmanuel Breton, représentant national APTS en Estrie.

« Pour l’année 2017-2018, le taux de roulement a été de 6,66 % et 27 membres ont quitté. En centre jeunesse, la pression sur le personnel est énorme. Nombre d’éducateurs ne font que passer. Les centres jeunesse peinent à retenir leur personnel. Cet exode a des effets bien concrets sur les jeunes et leurs familles. Il faut impérativement trouver des solutions pour améliorer les conditions de travail de nos membres », ajoute M. Breton.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ne cherche pas à minimiser les difficultés vécues par ses travailleurs sur le terrain.

« Nous souhaitons aujourd’hui lever notre chapeau à tous les intervenants du milieu qui font non seulement un travail remarquable, mais essentiel pour notre société. Comme employeur, nous avons toujours reconnu que la situation de la main-d’œuvre est complexe et difficile. Aujourd’hui, nous souhaitons toutefois aller au-delà des chiffres et insister sur la reconnaissance des gens de cœur qui, quotidiennement, prennent soin de protéger nos enfants et les aident à grandir dans les meilleures conditions possible », a soutenu Josée Paquette, directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques.

Le directeur de la DPJ en Estrie Alain Trudel, la psychoéducatrice Chloé Paquette et Sabrina Houde, éducatrice spécialisée.