L’adolescent qui a contraint une intervenante du Centre jeunesse de l’Estrie à poser des gestes sexuels en la menaçant avec un auto-injecteur EpiPen a été condamné à une peine de dix-huit mois de mise sous garde, dont douze mois en garde fermée.
L’adolescent qui a contraint une intervenante du Centre jeunesse de l’Estrie à poser des gestes sexuels en la menaçant avec un auto-injecteur EpiPen a été condamné à une peine de dix-huit mois de mise sous garde, dont douze mois en garde fermée.

Dix-huit mois de garde pour l’agresseur à l’ÉpiPen

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
L’adolescent qui a contraint une intervenante du Centre jeunesse de l’Estrie à poser des gestes sexuels en la menaçant avec un auto-injecteur EpiPen a été condamné à une peine de dix-huit mois de mise sous garde, dont douze mois en garde fermée.

Cette année de mise sous garde fermée sera suivie de six mois sous surveillance dans la collectivité, puis d’une probation de six mois.

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« Tu vas avoir 18 ans au terme de la peine que j’impose. Ce n’est pas bêtement une punition, mais l’objectif est de t’aider à changer ta trajectoire. C’est une opportunité pour changer le cours de ta vie. Ta dernière opportunité de te prendre en main avant ta majorité », a signalé la juge Monique Lavallée de la chambre de la jeunesse de la Cour du Québec en imposant la peine au palais de justice de Sherbrooke.

L’adolescent maintenant âgé de 16 ans se trouve en garde fermée depuis l’agression survenue à la mi-octobre 2019.

C’est à partir d’un centre jeunesse, hors de la région de l’Estrie, que l’adolescent a reçu sa peine par visioconférence.

À la fin janvier, il avait plaidé coupable d’avoir forcé l’intervenante à lui faire une fellation en la menaçant avec l’objet muni d’une aiguille. C’est en le mordant qu’elle a réussi à se défaire de son emprise.

L’intervenante se trouvait seule dans l’unité au moment de ces gestes troublants.

L’adolescent, qui se trouvait dans une unité ouverte, est sorti de sa chambre en se plaignant d’un mal de tête. Il s’est rendu à l’endroit où se trouvaient les médicaments avec l’intervenante avant de l’empoigner par le dos en plaçant l’aiguille de l’EpiPen dans son cou.

L’agresseur a alors ordonné à la victime de faire tout ce qu’il voulait.

Le suspect l’a alors séquestrée dans un local adjacent. Il l’a forcée à se mettre à genoux avant de placer son pénis dans sa bouche. C’est à ce moment que l’intervenante a mordu l’agresseur pour se défaire de son emprise.

La victime a pu alors crier pour obtenir de l’aide. Le suspect a pris la fuite avant d’être rattrapé le lendemain.

« L’agression a eu pour effet de changer à jamais le cours de la vie de la victime. Je veux te conscientiser par rapport à l’impact de tes gestes pour éviter que de tels gestes se reproduisent dans le futur. Les infractions commises sont graves et ces gestes ne peuvent pas être tolérés par la société. Mais je veux que tu retiennes que ce que tu as fait ne définit pas qui tu es et qui tu vas devenir. Tu peux faire le choix de te définir autrement. Tu as du pouvoir sur ta vie et sur la suite des choses. Tu dois travailler sur certaines choses. Tu as des forces et les intervenants peuvent t’aider à cheminer. Mais, ultimement, ils ne feront pas le travail à ta place. Ça te revient », a indiqué la juge Lavallée qui a imposé des conditions de probation au jeune accusé.

La peine a été imposée à la suite d’une suggestion commune de l’avocate de la défense Me Mélissa Robert de l’aide juridique et Me Josée-Ann Gaudreault du ministère public.

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L’agression de l’adolescent sur l’intervenante du Centre jeunesse de l’Estrie a eu de graves conséquences sur la victime.

L’agression a bouleversé la vie de l’intervenante du Centre jeunesse

L’agression de l’adolescent sur l’intervenante du Centre jeunesse de l’Estrie a eu de graves conséquences sur la victime.

Elle a déposé une déclaration écrite au tribunal qui a été lue à l’accusé.

« J’ai été contrainte d’arrêter de travailler. Je n’étais plus du tout fonctionnelle. J’ai dû composer avec un arrêt de mes activités afin de me refaire une santé mentale. Je me répétais : pourquoi moi? J’éprouvais de la colère et de la tristesse. J’étais agitée la nuit et les images de l’agression qui surgissaient étaient la cause de mon incapacité à dormir », a expliqué la victime dans la lettre lue par la procureure aux poursuites criminelles Me Josée-Ann Gaudreault.

La jeune femme mentionne qu’elle ne peut plus profiter de moments où elle reste seule.

« Je comprends que de rester seule rimait avec frayeur », soulève la victime.

Elle a dû consulter un psychologue pour un choc post-traumatique et prendre des médicaments.

« L’agression refait surface régulièrement dans ma tête. C’est comme si c’était hier. Ces images me créent de l’anxiété. J’ai une pression constante dans la poitrine », témoigne la victime qui appréhende qu’une telle situation survienne à nouveau.

Elle déplore les multiples démarches administratives qu’elle a dû traverser pour simplement recevoir les sommes d’argent auxquelles elle avait droit durant son arrêt de travail.

« Cette agression me remet en question relativement à ma profession. Je suis triste de constater que je ne suis plus la même personne qu’avant depuis l’agression », signale la jeune femme.

En imposant la peine à l’adolescent, la juge Monique Lavallée a noté les difficultés du parcours de vie de l’accusé, mais a souligné qu’elles ne peuvent justifier les gestes posés.

L’avocate de la défense Me Mélissa Robert de l’aide juridique a assuré le tribunal que l’adolescent était prêt à travailler à ses diverses problématiques.

« Il a fait la demande d’un suivi psychologique et c’est essentiel pour lui », soulève Me Robert.

Elle a précisé qu’il était trop difficile pour l’adolescent de s’adresser au tribunal et s’en est fait le porte-voix.

« Il se sent honteux. Il a beaucoup de regret. C’était trop difficile pour lui. Ce n’est pas par manque d’intérêt ou d’empathie qu’il ne témoigne pas. Il souhaitait mentionner qu’il s’excusait sachant très bien que ça ne guérit pas tout », a signalé Me Robert.