En réaction aux dépliants anti-immigration qui ont été distribués à Sherbrooke ces derniers jours, le citoyen Carl Beauvais a relancé sa campagne « Aimez-vous crisse ». « Juste ça, ça peut régler bien des problèmes », croit-il.

Distribution de tracts anti-immigration : « il faut sanctionner »

La récente distribution de dépliants anti-immigration à Sherbrooke montre que le travail d’intervention des organismes auprès des personnes immigrantes est toujours nécessaire. Ces tracts, qui invitent à joindre la résistance contre l’immigration de masse, sont une preuve bien évidente que plusieurs formes de racisme courent toujours, selon la spécialiste Michèle Vatz Laaroussi.

Rappelons que depuis vendredi, de tels tracts ont été déposés notamment dans les pare-brise d’autos stationnées au Walmart du plateau Saint-Joseph. D’autres citoyens en ont reçu en mains propres alors qu’ils marchaient sur le boulevard Queen-Victoria ou au centre-ville de Sherbrooke.

Le Service de police Sherbrooke a précisé dimanche n’avoir reçu aucune plainte à ce sujet.

« Il n’y a rien qui empêche de distribuer des dépliants. Il faudrait évaluer le message pour la diffamation, si c’est criminel ou civil, il faut établir tout ça. Nous, on n’est pas intervenus là-dessus dans les trois derniers jours », indique le lieutenant Alain Préfontaine.

Ces dépliants font la promotion de sites de « réinformation » comme Fox News et celui de la Fédération des Québécois de souche. Les citoyens sont aussi invités à joindre la « résistance » en adhérant à des groupes identitaires comme « Storm Alliance ».

Le message contenu dans le document laisse croire que l’immigration « de masse » entraîne un appauvrissement et qu’elle peut aussi amener la création de ghettos.

Toutefois, aucune signature de personne ou d’un groupe ne figure sur les documents.

« C’est sûr qu’on peut considérer ça comme un discours qui peut être raciste, comme un appel à la haine, exprime Michèle Vatz Laaroussi, membre de Rencontre interculturelle des familles de l’Estrie (RIFE). C’est vrai que s’il n’y a pas de nom signé, on ne sait pas contre qui porter plainte. Pour notre organisme, c’est important de dénoncer et de ramener la réalité. On veut aussi qu’il y ait des sanctions. Ces discours ont des conséquences sur les personnes individuelles, sur les rapports sociaux et sur la société en général, c’est important de montrer que ce n’est pas acceptable. Le dire ne suffit pas, il faut sanctionner. »

Mme Laaroussi aimerait surtout qu’on cesse d’associer le racisme à un sujet tabou.

« Ça vient confirmer la nécessité d’en parler et qu’on arrête de penser que parce qu’on parle de racisme, on dit que le peuple québécois au complet est raciste. Ce n’est pas ça du tout. Au Québec, il y a du racisme comme ailleurs. »

Le collectif Ensemble avec les personnes migrantes contre le racisme, dont fait partie le RIFE, était justement présent tout le week-end au parc Jacques-Cartier, où se déroulait le Carnaval de Sherbrooke. Les intervenants souhaitaient informer chaque personne convenablement sur leur mission et sur la réalités des personnes victimes de racisme.

« Aimez-vous crisse »

Samedi, les petits bouts de tissus avec le message « Aimez-vous crisse » ont par ailleurs fait leur retour au centre-ville de Sherbrooke, en réponse à cette récente distribution de dépliants anti-immigration. Le message est court et se veut clair; on peut maintenant le lire à plusieurs endroits au centre-ville.

« Ça fait un bon deux ans que j’en mets très régulièrement au centre-ville, que je traîne ce mot-là. En voyant les tracts sur l’immigration qui étaient distribués, ça m’a donné le goût d’aller en remettre », explique le citoyen Carl Beauvais.

Il s’est senti interpellé lorsque la conseillère Annie Godbout, présidente du Comité des relations interculturelles et de la diversité à la Ville de Sherbrooke, a rappelé ces petits messages dans un article paru vendredi qui informait sur l’existence des tracts.

« Je trouve que c’est vraiment de chercher des bibittes chez les autres. En plus, c’est souvent des faussetés partagées dans ces tracts-là. Ce n’est pas de prendre position, c’est juste pour dire d’arrêter de distribuer de la haine. Ça peut s’appliquer à ce débat-là, comme à d’autres. C’est pour partager l’amour et la compréhension des autres. Juste ça, ça peut régler bien des problèmes », poursuit M. Beauvais.

Il est surtout contre le fait de partager un tel message de façon anonyme, ce qui rend impossible toute discussion avec la ou les personnes responsables.

« Pour moi, c’est justement important que mon nom soit nommé, c’est important de pouvoir parler et de dire ce qu’on pense. Je suis extrêmement pour la liberté d’expression, mais il faut pouvoir échanger sur différentes opinions », termine-t-il.