L'Hôtel-Dieu

Deux agressions graves en deux semaines en psychiatrie

Un psychiatre a été gravement blessé lundi dernier après avoir été roué de coups au visage par un patient à l’urgence psychiatrique de l’Hôtel-Dieu du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Le 22 mai, une infirmière de l’unité médico-légale a été victime d’un traumatisme crânien après avoir été frappée par un patient. Ainsi, en moins de deux semaines, deux employés de la psychiatrie ont subi des blessures graves causées par des patients en crise. « Même s’ils sont rapprochés dans le temps, des accidents aussi graves sont rares et demeurent exceptionnels », insiste-t-on du côté de la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Pour nous, chaque geste de violence en est un de trop. Nous mettons en place plusieurs mesures pour essayer de réduire la violence et améliorer la sécurité de notre personnel », insiste d’entrée de jeu Annie Masson, coordonnatrice des services intrahospitaliers en santé mentale et dépendance au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

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Du côté des statistiques, on indique que du 1er janvier au 6 juin 2019, 15 membres du personnel ont été en arrêt de travail pour cause de voies de fait ou d’actes de violence. Ces données représentent cependant l’ensemble du CIUSSS, pas seulement le département de psychiatrie.

« On remarque que le nombre de cas est à la baisse ces dernières années grâce à de nouvelles pratiques qu’on a intégrées », tient à souligner Mme Masson.

« On sent que nos employés sont plus à l’aise pour intervenir et on voit en conséquence une diminution du nombre de blessures chez les employés et chez nos patients », précise Mme Masson.

Dans un passé pas si lointain, la violence était beaucoup plus banalisée dans certains milieux de travail, notamment en psychiatrie. « Je travaille en psychiatrie depuis 25 ans et des claques, j’en ai mangé. Il y a eu tout un tournant depuis une dizaine d’années pour en arriver à une politique de tolérance zéro », soutient Christian Bernard, assistant-infirmier-chef à l’unité médico-légale et aux soins intensifs psychiatriques ainsi que formateur pour la formation Oméga.

Parmi ces mesures, on retrouve justement la formation Oméga et Oméga Plus, qui a pour but de bien préparer les employés à éviter les crises en prévention et en pacification. Elle les prépare aussi à intervenir physiquement quand ça devient nécessaire. Depuis un peu plus d’un an, de nombreux membres du personnel ont eu la formation.

Annie Masson, coordonnatrice des services intrahospitaliers en santé mentale et dépendance au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, et Christian Bernard, assistant-infirmier-chef à l’unité médico-légale et aux soins intensifs psychiatriques.

« Cette formation est appréciée et vraiment efficace », soutient Christian Bernard.

Aussi, depuis l’automne, les membres des équipes de « Code blanc » ont monté un « guide des bonnes pratiques d’intervention ». Cette équipe a pour mission de répondre aux appels dès qu’une situation avec un patient devient instable dans le but de désamorcer la situation en premier lieu, et d’intervenir physiquement si nécessaire. Et l’équipe se pratique maintenant quotidiennement.

« À 10 h le matin, les membres de l’équipe Code blanc se réunissent et se pratiquent ensemble à faire différentes interventions. À 22 h, les membres de l’équipe de soir font la même chose », soutient Christian Bernard.

Ce guide et ces exercices quotidiens « ont eu un impact majeur sur la communication des équipes, sur le sentiment d’appartenance et sur le sentiment de confiance », se réjouit Mme Masson.

Quand survient un accident, surtout s’il est grave, la direction prend les mesures nécessaires pour venir en aide à son personnel et aussi aux patients qui ont été témoins de l’événement parce que de tels gestes de violence peuvent être traumatisants.

« Lors de l’accident de lundi, ça n’a pas pris 15 minutes que deux membres du personnel en congé sont arrivés sur le département pour prêter main-forte à l’équipe et soutenir les usagers, pour leur permettre de verbaliser. Le service d’Urgence-détresse est venu pour les employés », précise Mme Masson.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS rappelle aussi que les employés doivent dénoncer les gestes de violence dont ils sont victimes. Car si les gestes font mal, il n’y a pas qu’eux qui peuvent blesser ou traumatiser.

« Ça m’est arrivé deux fois d’être vraiment ébranlé par des menaces que j’avais reçues des patients. J’avais peur de sortir de l’hôpital et qu’ils puissent voir ma voiture tellement j’avais été dérangé par ce qu’ils m’avaient dit. J’ai eu beaucoup de claques dans ma carrière, mais c’est l’intimidation qui a laissé le plus de traces chez moi », ajoute l’infirmier Christian Bernard.