Le volume d’appels est demeuré stable de manière générale chez JEVI, mais la proportion d’appels provenant de la clientèle aînée a augmenté dans les dernières semaines.
Le volume d’appels est demeuré stable de manière générale chez JEVI, mais la proportion d’appels provenant de la clientèle aînée a augmenté dans les dernières semaines.

Détresse psychologique : plus d’aînés appellent à l’aide

L’assouplissement des mesures de confinement dans les résidences pour aînés tombe à point pour la santé mentale de nombreux résidents, croit Tania Boilar, directrice générale du centre de prévention du suicide JEVI. Même s’il est trop tôt pour émettre des statistiques officielles, les intervenants de l’organisme sont unanimes : le volume d’appels est demeuré stable de manière générale, mais la proportion d’appels provenant de la clientèle aînée a augmenté dans les dernières semaines.

« Le discours est vraiment en lien avec l’isolement et le confinement lié à la COVID-19, explique Mme Boilar. Les mesures commencent à venir affecter grandement leur santé mentale. Les sources d’espoir et de joie des personnes âgées sont souvent les petits enfants et la famille. On leur avait coupé ça tout d’un coup. Après quelques semaines, ça commence vraiment à se faire sentir. Si ça a à se poursuivre, on s’attend à recevoir davantage d’appels de personnes âgées dans les prochaines semaines. »

Mercredi matin, La Presse rapportait que les appels de détresse venant de personnes de 65 ans et plus avaient augmenté de 25 % dans le dernier mois chez Suicide Action Montréal.

Rappelons que mardi, lors de son point de presse quotidien, François Legault a annoncé que les aînés demeurant dans des résidences pour personnes autonomes ou semi-autonomes pourraient désormais sortir sans supervision et voir leurs proches, mais toujours en conservant les 2 mètres de distance demandés par la Santé publique. Il a également demandé à ce que les proches aidants soient autorisés en CHSLD dès le 11 mai, à moins d’une preuve justifiant le contraire.

Mme Boilar espère d’ailleurs que certains mots prononcés lors de ce point de presse continueront de résonner longtemps après la crise. Le premier ministre a notamment lancé qu’« il ne faut pas protéger la santé physique au détriment de la santé mentale ».

« C’est l’une des fois où s’attarde de manière aussi pointue et soutenue à la santé mentale. Je crois que c’est un tout. Il faut autant s’attarder à la santé physique que mentale. Oui, avant la crise, on parlait de santé mentale, mais jamais autant que de la santé physique. Pour moi, elles sont à valeur équivalente. Le physique a beau être bon, si la santé mentale n’est pas là, on revient au même. L’inverse est vrai aussi. De le voir nommé comme ça par le premier ministre...j’espère que ce sera un des effets positifs de cette pandémie et que la santé mentale ne retombera pas dans l’oubli. »

La vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbaut, a d’ailleurs annoncé mercredi l’implantation d’un « nouveau plan d’action COVID-19 » pour la santé mentale d’une valeur de 31 M$. communautaires de santé physique et mentale;

« Ne pas laisser retomber le voile »

Vicky St-François, directrice des Petits Frères de Sherbrooke, constate que la situation est « vraiment très difficile » pour les Grands Amis de son organisme, soit les 208 personnes de 75 ans ou plus vivant seules qu’il parraine.

Pouvant difficilement intégrer de nouveaux bénévoles en temps de pandémie ou générer de nouveaux revenus, l’organisme espère recruter à la sortie de la crise, puisqu’il a déjà reçu plusieurs nouvelles références de personnes âgées ayant besoin de briser l’isolement.

« À Sherbrooke, on est plutôt chanceux au niveau physique, estime-t-elle. On a eu une seule Grande Amie qui a été déclarée positive à la COVID-19. Heureusement, elle se porte bien et est guérie. C’est vraiment au niveau moral et psychologique [que c’est difficile]. Le fait de ne pas avoir de contact humain, ça devient extrêmement souffrant. Ce sont des gens qui vieillissent seuls et qui, pendant un moment dans leur vie, n’ont souvent pas eu ces contacts humains significatifs là. Nous, on entre dans leur vie et ils trouvent des gens sur qui compter, des gens qui les aiment, et ils se retrouvent séparés une fois de plus. »

Pour Mme St-François, l’assouplissement des mesures de confinement en résidences pour aînés est une excellente nouvelle pour beaucoup d’aînés autonomes, mais « pour celles qui sont les plus souffrantes, les plus touchées, il n’y aura pas vraiment de changement. »

« Ces mesures ne toucheront pas ceux qui sont en CHSLD et qui sont confinés parce que d’autres résidents sont atteints ou ceux qui n’ont personne pour venir les voir. En ce moment, avec la crise, ça nous permet de lever un voile sur la solitude des aînés, mais il faut faire attention de ne pas le laisser retomber. Ça va être facile, quand tout va revenir à la normale, de l’oublier et de reprendre notre chemin. On va avoir besoin de continuer de porter leur voix. »

La plupart des activités des Petits Frères ont été suspendues, mais les bénévoles tâchent de surmonter les obstacles communicationnels afin de demeurer en contact avec les aînés vulnérables à qui ils tiennent habituellement compagnie.

« On organise des chaînes d’appels à tous nos grands amis qui ont un téléphone, selon leurs besoins. C’est magnifique à quel point les résidences et CHSLD tiennent compte de l’importance de nos bénévoles dans la vie de nos Grands Amis. Il y en a qui nous permettent de garder le contact avec nos grands amis qui n’ont pas de téléphone. Pour ceux pour qui ce n’est pas possible, on a des arrangements avec les postes infirmiers pour obtenir des nouvelles toutes les semaines », note Mme St-François, qui précise qu’avec l’assouplissement des mesures, l’organisme tentera autant que possible d’orchestrer des rencontres en personne, en respectant les règles de distanciation et en s’arrimant avec les résidences concernées.

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Des résidents du Manoir Stanstead ont enfin pu sortir du terrain de la propriété, depuis l’annonce de François Legault mardi.

Au tour des résidents de pouvoir sortir au Manoir Stanstead

« Il y en a qui avaient vraiment, vraiment besoin de sortir. » Suzie Adam, directrice générale du Manoir Stanstead, est soulagée d’avoir finalement pu laisser quelques résidents quitter la propriété depuis l’assouplissement des mesures de confinement dans les résidences pour aînés, mardi. Elle avoue qu’elle songeait elle-même à autoriser quelques sorties avant l’annonce du gouvernement Legault.

« Le moral commençait à être difficile, raconte Mme Adam. Ça se transposait même dans les douleurs physiques. J’ai par exemple une résidente qui a des douleurs aux épaules. Juste le fait de savoir la nouvelle, ce matin, ça faisait moins mal. Il y a de l’espoir, il y a quelque chose qui s’en vient. » 

Un autre résident, qui n’a ni outils technologiques ni portail bancaire en ligne, n’avait aucune idée du montant qui se trouvait dans son compte en banque depuis deux mois, raconte-t-elle. Un petit tour à la banque a donc enfin pu le rassurer. 

Toutes les sorties doivent être autorisées par la direction, et chacune des allées et venues est inscrite au registre, précise la directrice de l’établissement qui terminait un mois de confinement complet avec une quinzaine d’employés, lundi. Une initiative collective qui a permis d’empêcher toute éclosion de COVID-19 dans la résidence de 53 résidents. 

« Avec notre confinement d’un mois, ils sont très très conscients. J’ai commencé à en laisser sortir, mais ils sont avisés qu’ils ne vont pas magasiner. On garde le contrôle. Ce n’est pas tout le monde qui peut sortir. Mais bien sûr, tout le monde a le droit d’aller dehors, sur le terrain. » 

De meilleurs jours s’annoncent également au Manoir Stanstead avec le retour des visites des proches aidants dès lundi. Une autre décision annoncée mardi par François Legault. Cependant, Mme Adam ignore toujours d’importantes informations. 

« On sait que les proches aidants devront se faire dépister, mais on ne sait pas où, commente-t-elle. On ne sait pas combien de temps ça va prendre pour être testés, ni pour combien de temps leur test sera valide. On prévoit l’imprévisible ! C’est ce qu’on fait depuis deux mois ! » dit-elle, précisant que le centre de dépistage le plus près se trouve à Magog, soit à une trentaine de kilomètres. 

Chose certaine, elle entend bien encadrer les visites pour assurer la sécurité de tous. « On laissera venir les proches aidants qui étaient là avant la crise. Ce sera un par un, sur rendez-vous. On a un petit salon vitré dans l’entrée où on tiendra probablement les visites. On voit bien ce qui se passe. Il y a un de mes étudiants que j’ai engagés pour l’été qui va assurer la sécurité. » 

Certains proches aidants pourraient-ils être autorisés à avoir un contact physique avec un résident ? Par exemple pour l’aider avec sa toilette ? 

« L’être humain, c’est individuel, répond-elle. Chaque cas va être analysé, pour voir c’est quoi le besoin. Avec une preuve de leur test négatif... on va y aller au cas par cas. » Jasmine Rondeau

Suzie Adam, directrice générale du Manoir Stanstead.