Destination Sherbrooke se questionne

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
Destination Sherbrooke, qui a vu son budget coupé d’un million de dollars par la Ville de Sherbrooke cette semaine, déplore le mauvais moment pour prendre cette décision. « On est prêts à faire notre effort de guerre, assure la présidente de l’organisation, Sylvie L. Bergeron. Mais là, on trouve que c’est beaucoup et que ce n’est pas le bon moment. »

« Ils ont les droits de couper où ils le veulent, enchaîne Mme Bergeron. Ils sont dans une démarche de nouvelle gouvernance axée sur [le tourisme] économique. On trouve cela dommage et périlleux pour l’industrie touristique, qui agit aussi sur la région. Couper un million de dollars, c’est beaucoup demander et ça arrive à un mauvais moment. On ne l’avait pas planifié comme ça. Ils nous demandent en plus de faire un plan de contingence. Comment on va à Destination Sherbrooke aider les organismes, les partenaires de l’industrie touristique qui travaillent avec nous? »

Rappelons que la Ville veut également miser sur le tourisme sportif, « un autre secteur très affecté », selon la présidente de Destination Sherbrooke. 

Éventuellement, la Ville demandera à ce que l’organisme érige un plan de relance et qu’elle se penche sur la gouvernance. « On trouve que c’est beaucoup. D’autant plus que l’industrie touristique et la culture, ce sont les deux secteurs qui vivront le plus grand impact et qui auront le plus de difficulté à s’en remettre à court et moyen terme », mentionne Sylvie L. Bergeron, ne sachant pas combien d’employés perdront leur travail. 

« Les employés sont inquiets, avoue-t-elle. On a déjà fait des coupes il y a un an ou deux. On a réorganisé l’équipe. »

D’ailleurs, Destination Sherbrooke aimerait rencontrer le comité politique chargé de réviser la gouvernance de Destination Sherbrooke. « On veut savoir quels sont nos mandats. Est-ce que ça peut être plus précis? On veut connaître notre carré de sable. Nous ne voulons pas faire un plan de contingence et après, nous faire dire qu’on n’a pas bien fait nos devoirs », dit Mme Bergeron, qui a fait connaître cette intention vendredi. 

Dans cette rencontre, Mme Bergeron espère une discussion afin que la Ville revoie sa décision. « On ne cherche pas le 100 %, mais que ce soit plus réaliste. On fait nos devoirs », confirme-t-elle.

Questions

À la suite de la décision du conseil municipal lors d'une séance extraordinaire jeudi après-midi, beaucoup de questions demeurent en suspens. 

« Comment va-t-on relancer l’économie quand nos partenaires sont tous à terre? Ce qu’on donne comme mandat à Destination Sherbrooke, c’est le tourisme d’affaires. Ces gens-là, est-ce qu’ils voudront tenir des colloques et des congrès dans la prochaine année? Je pense qu’ils voudront plutôt choisir de se réorganiser », estime Mme Bergeron.

« C’est difficile de dire ce qu’est notre mandat, considère-t-elle. Qu’est-ce qu’on fait avec le tourisme de divertissement? Qui s’en occupe? Il y a un flou. »

Les partenaires de Destination Sherbrooke demanderont de l’aide. « Comment va-t-on les soutenir? Le tourisme sera très local. On ne voyagera plus. Les gens des grandes villes vont peut-être aller en région. Il va falloir les accueillir et avoir des produits à leur offrir », prévoit-elle, ajoutant que de « travailler à la relance quand on va perdre nos experts, car ils vont aller ailleurs parce qu’ils n’auront plus d’emploi, on va être moins performants ».

« Est-ce qu’on est autonomes ou on est à la merci de la Ville? Ce n’est pas clair, demande également Mme Bergeron. Oui, il va y avoir un bureau avec les gens de l’économie — et on est prêts à travailler avec eux. Mais ce n’est pas un moment idéal pour être créatif et faire du développement. »

Quel message est envoyé aux commerçants qui verront leur chiffre d’affaires diminuer avec l’offre touristique amoindrie? « On reste mobilisés et on veut travailler avec eux, répond-elle. Maintenant, il faut se retourner sur un dix cennes. On est un peu sous le choc, j’avoue. Je ne suis pas sûre que tout le monde a évalué cette décision. [...] Pour faire venir la visite à Sherbrooke, il faut mettre des sous. Qu’on n’ait pas de produit d’appel très défini, car on ne l’a pas trouvé, c’est une chose, la réflexion doit se faire. Mais de ne pas être en mesure d’offrir quoi que ce soit, comme la restauration, qui est quand même importante ici, il faut le faire connaître. On mettait assez d’argent dans le marketing, il faut en faire du marketing », dit-elle, dénonçant également le manque de vision de la Ville pour l’industrie touristique.