Le conseil d’administration de Destination Sherbrooke doutait, en 2018, qu’Annie Godbout était la bonne personne pour représenter le tourisme au conseil municipal.
Le conseil d’administration de Destination Sherbrooke doutait, en 2018, qu’Annie Godbout était la bonne personne pour représenter le tourisme au conseil municipal.

Destination Sherbrooke : des doutes sur la présidence d’Annie Godbout en 2018

SHERBROOKE — Le conseil d’administration de Destination Sherbrooke (DS) a soulevé des préoccupations sur la présidence d’Annie Godbout en 2018, dans les jours suivant l’adoption du budget d’immobilisation de la Ville de Sherbrooke. L’organisme consacré au tourisme ne recevait aucune somme pour ses projets en immobilisation. La grogne du C.A. s’est exprimée dans une séance extraordinaire, convoquée le 1er novembre 2018, où les élues membres n’ont pas siégé... et dont le procès-verbal n’a jamais été adopté. 

Les administrateurs de Destination Sherbrooke ont convenu après la réunion de la considérer comme un comité de travail, si bien qu’aucun compte rendu n’avait à être déposé au conseil municipal.  Dans le projet de procès-verbal dont La Tribune a obtenu copie, le C.A. exprime sa frustration de travailler sur des projets sans qu’un budget leur soit associé.

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« Tous constatent qu’actuellement la permanence de DS travaille sur des projets qui ne seront probablement jamais réalisés, faute de budgets, et du manque de vision en ce qui concerne le fonctionnement des paramunicipales au conseil municipal. Cette situation entraîne des conflits, la perte de motivation des employés ainsi qu’un sentiment de non-respect envers les membres du C.A. qui sont bénévoles. Cela dit, les membres du C.A., étant conscients qu’ils doivent bien gérer les fonds publics qui leur sont confiés, constatent un gaspillage de ces fonds. Ils imputent cela au manque de communications et d’informations, nécessaires et essentielles, des élues aux autres administrateurs de DS », y lit-on. 

On y écrit que les administrateurs ont visionné les commentaires des élus lors de l’adoption du budget d’immobilisation 2019 de la Ville. « La question est alors posée à savoir si les gens du conseil d’administration [...] croient que la présidente actuelle est la bonne personne pour bien les représenter au conseil municipal, et dans l’industrie touristique sherbrookoise. Et la réponse est : « Non « », lit-on encore.

Il avait toutefois été convenu de rediscuter des irritants identifiés dans une réunion où les élues pourraient être présentes. 

« Ils ont refusé de changer la date »

Pourquoi les conseillères municipales n’ont-elles pas siégé à cette séance extraordinaire? « Les élues n’étaient pas disponibles au moment où la rencontre devait avoir lieu. Il y a eu quelques dates sur la table, mais je ne saurais dire pourquoi nous n’avons pas attendu. Une réunion extraordinaire doit se faire dans un délai court. Puisque j’étais vice-présidente, ça n’a pas été simple, mais j’ai décidé d’entendre les gens autour de la table plutôt que de laisser perdurer l’insatisfaction. Je me suis dit qu’on viderait la question », explique Sylvie L. Bergeron, actuelle présidente de Destination Sherbrooke. 

Bien qu’elle note que la situation soit loin dans sa mémoire, Patricia MacAuley, aussi administratrice, confirme cette version. La conseillère Danielle Berthold rapporte plutôt que les élues ne semblaient pas les bienvenues. « Nous n’étions pas disponibles et ils ont refusé de changer de date. »

Annie Gobdout dit qu’elle aurait souhaité être présente, mais qu’elle n’était pas disponible. « Ils ne voulaient pas bouger la date. On avait essayé d’être présentes. »

Sylvie L. Bergeron affirme s’être fait reprocher par des élus sa décision de tenir la rencontre. « J’avais de la pression et c’était 9 contre 4. Nous avions quorum. Si nous avions attendu, nous n’aurions peut-être jamais tenu la réunion. »

Des irritants dans la communication

Pourquoi un C.A. extraordinaire pour parler du rôle des élues? « Il y avait un consensus que peut-être quelqu’un d’autre défendrait davantage Destination Sherbrooke ou du moins, offrirait un message plus clair, plus transparent », rapporte Mme MacAuley. 

Alexandre Hurtubise était administrateur en 2018. Il résume le malaise en une phrase simple. « Il y a des éléments qui auraient pu être mieux communiqués et qui auraient contrôlé cette flambée. » Il ne nie pas qu’il pourrait s’agir d’une certaine résistance au changement par la même occasion. Il a quitté Destination Sherbrooke à la fin de son mandat, sans claquer la porte, dit-il, et il juge qu’il a eu la possibilité de contribuer, de proposer sa vision alors qu’il était administrateur.

Sylvie L. Bergeron estime qu’il était important par la suite d’offrir à Annie Godbout l’occasion de s’exprimer. « On savait qu’il y avait un nouveau processus de gouvernance. Certains auraient voulu des positions plus fermes de sa part, mais elle se sentait déjà assise entre deux chaises. »

Jamais le C.A. n’a demandé formellement à Mme Godbout de céder son siège. Patricia MacAuley rapporte avoir senti une amélioration dans certains dossiers après cette intervention. « Il y a eu du bon que tout le monde mette son opinion sur la table. »

Pourquoi le procès-verbal n’a-t-il pas été signé et déposé? « Il n’est pas revenu au C.A. Dans tout le processus, il est passé sous le couvert. On pensait que c’était réglé. On s’est aussi entendu pour dire que c’était un comité de travail parce que nous n’avions pas terminé la réflexion », explique Sylvie L. Bergeron. 

Il semble effectivement que tous avaient convenu d’en rediscuter au C.A. suivant. Alexandre Hurtubise affirme qu’il n’aurait pas adhéré à un procès-verbal incisif.

Mme Bergeron ajoute que Destination Sherbrooke avait souvent l’impression de « travailler dans le beurre » et que tous les membres du C.A. agissaient de bonne foi. « Oui, on sentait nos mandats nous glisser entre les mains. Il est vrai que depuis deux ans, nous avions moins de plaisir. Il y avait moins de collégialité. »

Pour Alexandre Hurtubise, c’est la période de flottement avant d’établir de nouveaux mandats qui est trop longue. « C’est beaucoup de temps dans le flou pour des gens qui s’impliquent bénévolement. »

Les administrateurs de Destination Sherbrooke profitent-ils du départ de Mme Gobdout pour se venger de désaccords passés? « Moi ce n’est pas ça que je souhaite. Je ne suis pas heureuse d’être là-dedans. Mais on se sent obligé de répondre aux questions. Son point de vue était légitime. Nous avions peut-être deux perceptions différentes. »

Danielle Berthold indique pour sa part que tout n’est pas noir ou blanc et qu’elle commentera la situation lundi. Elle convient que les administrateurs étaient à couteaux tirés depuis le début du dernier mandat. « L’argent vient des citoyens et il faut s’assurer que ce soit rentable. J’ai l’impression qu’il y a plus de frustration qu’autre chose à cause de la coupe d’un million de dollars à Destination Sherbrooke. Si des gens étaient mal à l’aise au C.A., pourquoi ils ne l’ont pas dit? On ne peut pas toujours être d’accord, mais si tu n’as pas été en mesure de t’exprimer quand c’était le temps, pourquoi tu ne l’assumes pas maintenant? Il manque des bouts dans cette histoire. »

Annie Godbout a refusé de commenter davantage, indiquant qu’elle remettrait les pendules à l’heure lundi en souhaitant que ce soit la dernière fois qu’elle ait à commenter ce dossier.