Juliette Quirion, Antoine Blais et Julien-Pierre Houle préparent leurs valises pour Abu Dhabi, où ils présenteront leurs projets scientifiques primés à l’Expo-sciences pancanadienne de mai dernier.

Destination Abu Dhabi pour trois jeunes scientifiques

Trois jeunes scientifiques de Sherbrooke s’envoleront pour Abu Dhabi samedi afin de prendre part à l’Expo-sciences internationale du MILSET (Mouvement international pour le loisir scientifique et technique). Ayant raflé six prix au total lors de l’exposition pancanadienne, Julien-Pierre Houle, Antoine Blais et Juliette Quirion comptent parmi les treize Québécois qui auront le privilège de présenter leur projet au monde.

Cet événement, qui n’implique cette fois pas de compétition, permet à 1500 jeunes de plus d’une cinquantaine de pays de se rassembler autour de leurs découvertes scientifiques et de participer à différentes « excursions », durant une semaine.

« J’ai hâte de partager le fruit de mes recherches, je suis également excité de voir celui des autres, se réjouit Julien-Pierre. C’est souvent dans des contextes comme ça qu’on peut s’inspirer du travail des autres, ça te pousse à te dépasser et à aller plus loin. »

Lors de leur participation à la finale pancanadienne, en mai au Nouveau-Brunswick, les jeunes ignoraient que cette chance pouvait se présenter à eux.

« C’est un événement qui se produit tous les deux ans, et d’habitude, quand tu participes à la finale canadienne, tu ne peux pas aller à l’expo internationale. Cette année, ils ont permis les deux. Ça a été une belle surprise », note Julien-Pierre, qui étudiait à l’école du Triolet avant d’entamer cet automne un diplôme en sciences informatiques et mathématiques au Cégep de Sherbrooke.

Son expérience primée d’une médaille d’argent de la catégorie senior à la finale canadienne portait sur les transitions de phase de la magnétisation en fonction de la température. « C’est-à-dire le moment où un système va perdre sa magnétisation lorsque la température devient trop élevée, note-t-il. J’ai fait une simulation sur mon ordinateur qui visait à trouver, dans les systèmes unidimensionnels, comment je pouvais obtenir une transition de phase à une température plus élevée. Ce qui est intéressant de travailler sur un tel sujet, c’est qu’il y a plusieurs applications reliées à ça. Si on réussit, on pourrait peut-être avoir des ordinateurs quantiques, des trains en lévitation, et ça pourrait même aider à construire des IRM dans le domaine médical. » Tous les lundis matin, il allait à la rencontre d’un étudiant au doctorat en physique à l’Université de Sherbrooke pour satisfaire sa curiosité, avant de se consacrer à plus de dix heures de programmation chaque semaine.

Antoine Blais, qui est maintenant en troisième secondaire au Triolet, estime avoir mis plus de 300 heures dans son projet, qui lui a rapporté le Prix des 4 h du Canada sur la sécurité alimentaire, le Prix des défis ressources et une médaille d’or dans la catégorie junior. Afin de mener à bien sa quête de sources alternatives d’oméga 3 dans les acides gras des insectes, il a notamment bénéficié du support du Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie — CHUS, qui lui a donné accès à des substances et à des équipements qu’il n’aurait pu se procurer seul.

« J’ai réalisé que mon père ne consommait pas assez d’oméga 3, parce qu’ils proviennent surtout de poissons et de fruits de mer, et mon père est intolérant aux fruits de mer, explique Antoine. On dit souvent que les insectes, c’est l’alimentation du futur. J’ai donc tenté de trouver s’ils contenaient des oméga 3, et s’ils en avaient beaucoup. J’ai réalisé qu’il y en avait de bonnes quantités, mais que l’alimentation qu’ils avaient reçue ne favorisait pas la présence d’oméga 3. Je leur ai donc donné des aliments qui, naturellement, en contenaient, et c’est de cette façon que j’ai réussi à doubler et à quadrupler mes quantités d’oméga 3 chez mes insectes. »

Ergothérapie

Juliette Quirion, en cinquième secondaire au collège Mont Notre-Dame, avait visé dès le départ le domaine de l’ergothérapie et de la réadaptation, dans lequel elle souhaite travailler plus tard. Du moment où Marianne Cabana, du Centre de réadaptation Estrie, lui a présenté Abigaëlle, 4 ans, et qu’elle a commencé à lui concevoir une orthèse d’écriture, elle a enfin pu se sentir « créative dans la science ». « Je n’avais même pas l’impression de faire de la science. Ce que j’aime, à l’école, c’est d’apprendre quelque chose et d’être capable de le démontrer ensuite, de le rendre concret. Là, j’ai pu régler un vrai problème : on voit vraiment que la petite fille est capable d’écrire maintenant », comment-elle.

L’orthèse qu’elle a conçue pour la fillette, atteinte d’arthrogrypose hypoplasie et d’atrophie musculaire, aide celle-ci à tenir son crayon convenablement malgré ses malformations. Cette réalisation a reçu le Prix jeunesse innovante ainsi qu’une médaille d’or dans la catégorie intermédiaire en mai.

Attiser la curiosité

Si les projets des jeunes chercheurs les ont propulsés jusque-là, c’est par passion, conviennent-ils unanimement.

« Si tu es passionné par quelque chose, je ne vois pas pourquoi ça ne fonctionnerait pas », lance Juliette.

« Évidemment, c’est du travail, admet Antoine, qui n’arrive pas à expliquer son amour de la science. On ne compte même plus les heures. Mon projet n’était pas nécessairement quelque chose de traditionnel, mais on avait la passion et on voulait vraiment faire quelque chose de bon et que ça marche. »

« Ce n’est peut-être pas toujours valorisé dans notre système d’éducation, mais il faut essayer d’être le plus curieux possible, insiste Julien-Pierre. Dès qu’il y a un petit quelque chose qui t’intrigue, il faut aller poser des questions, qui ont peut-être été résolues... ou non. Tu fais ta recherche toi-même et c’est comme ça que, de fil en aiguille, tu réalises des projets d’expo-sciences et que tu accomplis des choses que tu n’aurais peut-être pas faites sans cette curiosité-là. »

« Je pense que les écoles secondaires valorisent vraiment la science dans la région, confie-t-il cependant. Quand on pense à l’expo-sciences régionale, on se rend compte qu’il y a de très bons projets. Ça prouve qu’il y a beaucoup de professeurs qui sont impliqués et qui veulent vraiment donner cette fibre de curiosité aux élèves ».

Chacun d’eux a dû débourser 2300 $ pour le voyage. L’école du Triolet a offert 1400 $ à chacun des garçons, tandis que Juliette a pu amasser le montant nécessaire en sollicitant l’aide des députés Pierre-Luc Dusseault et Geneviève Hébert, de la mairie de Sherbrooke en plus de la Fondation du Collège Mont Notre-Dame et de l’Agence continuum inc.