Contenu commandité
Des vies sauvées au Pérou
Des vies sauvées au Pérou
Elena Julian Pancrasio attend son sixième enfant. Cette mère de famille de 35 ans, qui réside dans le village de Segakiato dans la jungle du Pérou, se trouve à trois heures de bateau du centre de santé le plus près à Camisea.
Elena Julian Pancrasio attend son sixième enfant. Cette mère de famille de 35 ans, qui réside dans le village de Segakiato dans la jungle du Pérou, se trouve à trois heures de bateau du centre de santé le plus près à Camisea.

Un suivi attentif pour les femmes enceintes

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
SEGAKIATO, Pérou — C’est pour éviter que des femmes comme Elena Julian Pancrasio, dont la grossesse est considérée comme risquée, meurent en donnant naissance à leur enfant, qu’elles sont suivies attentivement puis incitées à accoucher sous supervision médicale.

Attentive depuis le début de la formation sur la « planification familiale » dans la communauté autochtone machiguenga de Segakiato dans l’Amazonie péruvienne, la femme de 35 ans, intervient pendant que le plus jeune de ses cinq enfants dort sur elle.

« Je l’ai essayée cette méthode avec la pilule, mais elle me donnait mal à la tête. J’ai arrêté de la prendre puis je suis de nouveau tombée enceinte. »

Elena Julian Pancrasio donnera naissance à son sixième enfant en septembre prochain.

Jupe noire fleurie, chandail violet, cette femme machiguenga espère avoir les moyens financiers de payer l’essence du « péké-péké », un canot traditionnel à moteur, pour accoucher au centre de santé le plus proche à Camisea situé à environ trois heures de navigation par la rivière du même nom.

Ceux qui s’y rendent doivent d’abord descendre une falaise escarpée pour atteindre l’embarcation rudimentaire dont la stabilité n’est pas assurée. Elles doivent ensuite sillonner la rivière dans la jungle dont les lianes touchent l’eau, où les arbres créent des passages au-dessus des berges et où les falaises verdoyantes se succèdent au rythme des familles établies dans des cabanes à proximité des rives.

Dans la communauté d’environ 200 personnes de Segakiato, près de 90 pour cent des femmes accouchent à la maison.

Les derniers enfants de Elena Julian Pancrasio sont nés au centre de santé de Camisea. À son âge, sa grossesse à risque nécessite un suivi plus attentif.

« J’ai vu une évolution dans l’approche du personnel au fil des ans. Au début, ils criaient après nous, mais maintenant ça va bien. Des infirmières se déplacent même ici pour faire des suivis pendant ma grossesse », indique la mère d’enfants âgés de 2 ans à 18 ans.

Pendant que les enfants jouent sur des balançoires qui grincent et sous le regard attentif d’autres femmes du village, elle explique qu’elle a été mise en confiance par le personnel médical.

« Je vais voir si j’ai besoin d’être aidée d’une sage-femme. Il est certain que je vais accoucher selon ma culture », soutient Elena Julian Pancrasio.

Elle espère que tout se passera bien et qu’elle pourra recevoir l’argent pour nourrir ses enfants si elle se rend à la maison de naissances, appelée casa materna, pour accoucher. Un montant de 10 Soles, soit environ 4 $ canadien par jour par personne, est attribué aux familles.

L’obstétricienne en chef des cinq centres de santé de Megantoni, Angela Chavez Coca, explique qu’idéalement toutes les femmes devraient s’y déplacer pour accoucher.

« Pour certaines familles, le prix du combustible pour se déplacer jusqu’au centre de santé est trop élevé », mentionne l’obstétricienne.

Vaste territoire

Attablé à son bureau de Quillabamba orné des drapeaux du Pérou, de la province et du ministère de la Santé, le directeur du service de santé de la Province de La Convencion, le Dr Carlos Valer Valdivia, décrit la vaste étendue du territoire des communautés machiguengas à partir de la carte fixée derrière lui.

« L’objectif premier demeure de réduire la mortalité infantile en identifiant les problèmes avant, pendant et après l’accouchement. Des agentes de santé font jusqu’à six heures de marche dans la jungle pour aller vacciner et faire les suivis de grossesses de certaines communautés », soulève le Dr Valdivia.

Les agentes de santé et les sages-femmes dans les communautés ont reçu des formations notamment sur la culture machiguenga.

« Le contact n’a pas été facile étant donné la barrière de la langue. Un grand travail a été accompli pour respecter la culture traditionnelle des communautés. Les agentes de santé tentent d’identifier rapidement les femmes enceintes afin d’établir un suivi durant la grossesse. Il faut aller les chercher les unes après les autres et entrer dans les mœurs que le suivi est important », signale le Dr Valdivia.