Des Sherbrookoises engagées ont organisé une vigile jeudi soir devant le palais de justice pour dénoncer les féminicides.

Des Sherbrookoises tiennent une vigile contre les féminicides

Au cours des cinq dernières semaines, quatre femmes ont été assassinées au Québec : Astrid Declerck à Montréal; Jaël Cantin à Mascouche; Annie Koneak à Kujjuaq, et Marylène Lévesque, à Québec.

Quelques semaines plus tôt, Dahia Khellaf, 42 ans, et ses deux fils ont été tués dans leur résidence de Montréal.

Le 6 décembre dernier, un regroupement de femmes a mentionné que 1128 femmes et enfants avaient été assassinés par un conjoint ou un ex-conjoint au Québec depuis l’attentat antiféministe perpétré 30 ans plus tôt à l’École polytechnique de Montréal.

« C’est assez », clament des Sherbrookoises engagées qui ont organisé une vigile à Sherbrooke jeudi soir devant le palais de justice afin que leur message résonne.

« Le but est de commémorer la mémoire des femmes assassinées dans les derniers mois au Québec, mais aussi au Canada et ailleurs dans le monde. [...] Nous voulions démontrer notre solidarité et dire aux femmes qui sont victimes de violence de dénoncer », explique Marie-Danielle Larocque, porte-parole de la Collective Sherbrooke Féministe, groupe responsable de l’événement qui rassemblait des citoyens, mais également les organismes La Méridienne, IRIS Estrie, le Collectif pour le libre choix  et la Fédération des communautés culturelles de l’Estrie. 

Selon des données de l’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation, une femme est assassinée tous les 2,5 jours au Canada.

« C’est révélateur de la violence qu’il y a toujours dans notre société », souligne Mme Larocque.

« Les féminicides touchent généralement des femmes qui sont à la croisée des oppressions, donc on peut penser aux femmes trans, aux travailleuses du sexe, aux femmes immigrantes... Le meurtre de la femme ou de la fille parce qu’elles sont femme et fille, c’est l’ultime contrôle dans un continuum de violence envers les femmes, souvent de la violence conjugale », poursuit celle qui œuvre au sein de l’organisme ConcertAction Femmes Estrie.

Québec passe en mode action 

Dans une entrevue publiée jeudi par La Presse, la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, assure vouloir resserrer la sécurité autour des victimes de violence conjugale afin de prévenir des crimes violents. L’entrevue qu’elle a accordée évoque notamment une hausse du financement des maisons d’hébergement, l’imposition de bracelets électroniques et la possibilité de rendre obligatoire le signalement de cas présumés de violence conjugale par les médecins lorsqu’une patiente se présente aux urgences avec des lésions, par exemple. 

Cette annonce survient après le décès de Marylène Lévesque, tué par un homme qui avait été reconnu coupable du meurtre de sa conjointe en 2006 et qui était en semi-liberté depuis le mois de mars 2019.

Bien que Mme Larocque accueille favorablement cette nouvelle, elle juge que le gouvernement et la société devront faire plus pour enrayer les violences faites aux femmes.

« Au-delà de l’argent, il faut travailler en amont sur l’éducation. On a encore une société patriarcale où les inégalités homme femme subsistent. Il faut regarder des mesures au niveau structurelle. Il faut de la prévention, de la sensibilisation pour être capable de reconnaitre la violence autour de soi qu’elle soit conjugale, sexuelle, économique ou systémique », résume Mme Larocque.

Des vigiles semblables à celles de Sherbrooke avaient lieu dans d’autres villes jeudi soir, dont une devant l’Assemblée nationale. Elles visaient toutes à donner l’occasion aux participants de s’exprimer, notamment en livrant des témoignages et en émettant des revendications. 

+ CRIANT MANQUE DE PLACES DANS LES MAISONS D'HÉBERGEMENT

Les maisons d’hébergement estriennes débordent. « Tant mieux si le gouvernement annonce une hausse du financement des maisons d’hébergement, mais en ce moment il y a un criant manque de places », soutient Marie-Danielle Larocque de ConcertAction Femmes Estrie.

Déjà en début d’année 2019, l’organisme dénonçait la situation dans plusieurs médias. C’est que le taux moyen d’occupation des maisons d’hébergement en Estrie varie entre 87 à 143 %.

« Rien n’a changé depuis », déplore Mme Larocque. 

Selon ConcertAction Femmes Estrie, la vague de dénonciations provoquées par le mouvement #Metoo et #agressionnondénoncée expliquerait la hausse de demandes dans ces établissements. 

« Les maisons débordent et il y a des demandes de plus en plus spécifiques particulièrement au niveau des femmes immigrantes. Pour être en mesure de les aider, on a besoin de quelqu’un pour nous aider avec la traduction pour faire l’intervention, mais aussi pour accompagner ces femmes-là dans leur processus de reconstruction quand elles vont chercher un emploi ou un logement par exemple. La traduction dans tout ce processus demande du financement », donne en exemple l’intervenante. 

À certaines occasions, les centres d’hébergement doivent carrément refuser d’offrir de l’aide à certaines femmes. Malgré cela, elles sont cependant toujours référées et jamais laissées à elles-mêmes, précise Mme Larocque. 

« Et la problématique ne se résume pas seulement qu’au nombre de places disponibles. En région, si tu n’as pas de transport, c’est difficile de sortir d’une situation de violence conjugale. Tu peux même te retrouver en situation d’itinérance si tu n’as pas les moyens d’avoir un transport », poursuit-elle.

« La gestion de tout ça, c’est complexe [...]. Il faut prendre ça au sérieux. Il va falloir que le gouvernement mette la question de la violence faite aux femmes au centre de ses préoccupations et qu’il traite ça comme un problème de santé publique », insiste-t-elle.