Des Sherbrookois dénoncent l’intervention de la GRC en Colombie-Britannique

Une vingtaine de personnes ont marché mardi à Sherbrooke pour dénoncer l’intervention de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), lundi, sur des barricades érigées par des membres de la Première nation Wet’suwet’en dans le nord de la Colombie-Britannique. La police a affirmé lundi qu’elle avait arrêté 14 personnes qui bloquaient un chemin forestier pour s’opposer à la construction d’un pipeline.

« C’est un sujet qui vient me chercher très profondément, explique Lily Banks, l’une des organisatrices de la marche. J’ai beaucoup de problèmes envers notre état policier qui rentre sur des territoires qui ne leur appartiennent pas pour que notre gouvernement puisse faire de l’argent avec l’huile. Ça me fâche tellement! On est en 2019, on a la technologie pour avoir de l’énergie verte, mais on met encore notre argent dans les pipelines. Il n’y a pas de raison pour ça. »

La manifestation a commencé à l’hôtel de ville en milieu d’après-midi avant de se diriger vers le lac des Nations.

« Si le Canada veut poursuivre la réconciliation, c’est important d’avoir une relation de nation à nation avec les peuples autochtones, souligne pour sa part un participant qui souhaite rester anonyme. Une invasion d’un territoire par la GRC, ce n’est pas la réconciliation. Pas du tout. C’est une habitude pour le Canada de faire ça et il faut qu’on change ça et je pense que le temps est arrivé de changer.»

Des marches similaires ont eu lieu dans plus de 40 villes à travers l’Amérique et l’Europe mardi.

« Tant qu’il y a de la visibilité, c’est parfait, soutient Lily Banks. On peut être une personne ou 100 personnes. J’ai une amie en Colombie-Britannique qui s’est assise toute seule sur le bord d’une route avec une pancarte pour faire passer le message. Je trouve ça fantastique. Il y avait une marche à Montréal, mais c’est contre-productif selon moi de payer pour du gaz pour faire une manifestation contre le gaz.»

Appliquer l’injonction

La GRC soutient qu’elle n’a fait qu’appliquer l’injonction de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, qui interdisait toute interférence avec la construction du gazoduc Coastal GasLink autour du pont de la rivière Morice. La police fédérale a assuré qu’elle ne tentait pas de favoriser une partie ou une autre dans ce conflit.

Le porte-parole néo-démocrate en matière de réconciliation, Romeo Saganash, a estimé mardi que les motifs invoqués par la GRC pour justifier son intervention étaient «plutôt boiteux» en cette ère de réconciliation. M. Saganash a participé mardi à la manifestation sur la colline du Parlement, avant qu’elle ne s’ébranle dans les rues d’Ottawa jusqu’au Forum du Canada et des Premières Nations.

Le gazoduc de 6,2 milliards $ de Coastal GasLink Pipeline, filiale de TransCanada, doit transporter, sur une distance de 670 kilomètres, du gaz naturel liquéfié de la région de Dawson Creek, près de la frontière albertaine, jusqu’au port en eaux profondes de Kitimat, près du Pacifique. Des membres de la Première Nation Wet’suwet’en ont établi un campement de fortune et un poste de contrôle au sud-ouest de Houston, sur un chemin forestier menant à un site de construction du pipeline, un projet évalué à 40 milliards $.

Coastal GasLink déclare avoir conclu des accords avec toutes les Premières Nations le long du tracé du gazoduc, mais les manifestants ont indiqué que les chefs de Wet’suwet’en, héréditaires plutôt qu’élus, n’avaient pas donné leur consentement au projet.

Le député Saganash soutient qu’avant les arrestations de lundi, il avait demandé aux ministres des Affaires autochtones provincial et fédéral d’intervenir pour atténuer les tensions, mais qu’il n’avait pas obtenu de réponse de leur part.

Dans un message publié sur les médias sociaux mardi matin, sur un site soutenant les Gidimt’en, on pouvait lire: «Nous nous préparons maintenant à une longue lutte.» 

- Avec la presse canadienne