Si les coulées d’eau d’érable au mois de février ont toujours été plutôt rares, elles deviendront bientôt la norme en raison des changements climatiques.

Des saisons des sucres devancées

Si les coulées d’eau d’érable au mois de février ont toujours été plutôt rares, elles deviendront bientôt la norme en raison des changements climatiques. C’est ce que prévoit le professeur de l’Université de Sherbrooke Dominique Gravel, qui se spécialise dans l’érable à sucre.

Historiquement, les premières coulées en Estrie sont autour du 9 mars, mais on a déjà eu quelques coulées en février cette année.

À LIRE AUSSI: Ça bout à plein dans les cabanes

« Ce qui est prévu, c’est un devancement de la saison de production, explique le professeur Gravel, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie intégrative. La saison va commencer de plus en plus tôt. On parle d’un devancement d’environ trois semaines de la période de production. »

Prévoir la production

Plus les connaissances et les études s’empilent concernant la production de sirop d’érable, plus on est en mesure de prévoir l’allure d’une saison des sucres. À titre d’exemple, on sait maintenant que le taux de sucre dans la sève dépend des conditions climatiques de l’été qui précède la récolte.

« C’est l’alternance entre les journées froides et chaudes qui sont importantes pour la production, explique Pr Gravel. Le rendement total, donc la quantité de sirop produite, dépend aussi évidemment du taux de sucre. Ce n’est donc pas les conditions du printemps qui déterminent si la sève est sucrée ou non. »

Des températures élevées durant l’été sont favorables à la photosynthèse et ainsi à la production de sucre, mais il faut qu’il y ait une disponibilité en eau, avertit M. Gravel.

Les années semencières, où l’érable produit énormément de graine, ont aussi une incidence sur la production. 

« Les années qui suivent, il y a moins de production, explique Pr Gravel. C’est un coût élevé pour l’arbre et il doit puiser dans ses réserves de sucre. On pourrait donc déterminer le rendement de certaines années à l’avance avec la quantité de graine qui a été produite l’année précédente. »

Limite nord

On retrouve l’érable à sucre très loin au sud jusque dans le Tennessee et même dans le nord de la Géorgie. Ce sont ces érables qui risquent de souffrir le plus d’un éventuel réchauffement climatique, prévient Pr Gravel.

« On est dans la limite nord de la répartition des érables à sucre, mentionne-t-il. C’est une espèce capable d’endurer des conditions plus chaudes. » 

Dominique Gravel tient toutefois à préciser que contrairement à plusieurs autres espèces, il n’est pas minuit moins une pour l’érable à sucre.

« On n’est absolument pas en crise, admet-il. Pour une fois qu’il n’y a pas de message d’alarme. On va même être avantagé d’une certaine façon. On pourrait même avoir des coulées d’érable à sucre dans des endroits dans le nord où il n’y a pas d’érable en ce moment. On retrouve l’alternance entre des journées chaudes et froides en forêt boréale aussi. »

+

À la découverte de la coulée... d'automne!

Même si on ne la voit pratiquement pas ou presque, il est possible d’avoir de la production de sirop d’érable à l’automne. Le professeur de l’Université de Sherbrooke Dominique Gravel et son équipe sont justement en train de mener une expérience à ce sujet.

« On connaît peu la coulée d’automne, souligne-t-il. On a installé des senseurs pour mesurer les flux de sèves pour savoir ce qui pourrait être récolté à l’automne. »

Le professeur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie intégrative met toutefois en garde contre le surentaillage.

« C’est facile de surentailler un arbre, c’est-à-dire de percer trop de trous, mentionne-t-il. Un moment donné avec le développement de bactérie, une entaille n’est pas efficace sur une période très longue. Il faudrait probablement entailler deux fois si on veut une production d’automne et de printemps et ça ne serait pas très long avant qu’on ait trop entaillé et endommagé l’arbre. Chaque fois qu’on fait une entaille, c’est une blessure et ça bloque une partie de tronc pour la circulation de sève. »

Le danger n’est pas nécessairement pour la survie de l’arbre, mais plutôt pour l’acériculteur qui verrait sa production décroître selon M. Gravel.