Le projet d’atelier de robotique à Val-du-Lac a démarré l’an dernier à l’initiative de l’enseignant du Séminaire de Sherbrooke Francys Gauthier, qui a décidé d’offrir gratuitement des ateliers de robotique aux enfants. On le voit ici avec un enfant et une élève du Séminaire, Fanny Duquette.

Des robots pour créer de beaux ancrages

Vendredi matin à Val-du-Lac. L’attention des enfants est captée par des robots en legos. À leur côté, des élèves du Séminaire de Sherbrooke supervisent le montage de ces engins qui ont même la capacité de bouger à l’aide d’une tablette.

Le projet a démarré l’an dernier à l’initiative de l’enseignant Francys Gauthier, qui a décidé d’offrir gratuitement des ateliers de robotique aux enfants de Val-du-Lac. Vendredi dernier, l’activité se tenait pour une quatrième fois depuis le début du projet.

La bande férue de robotique du Séminaire de Sherbrooke a travaillé avec trois groupes de jeunes, âgés de 6 à 17 ans. Le jumelage entre les jeunes du Séminaire et de Val-du-Lac prévoyait principalement la construction de robots avec les plus petits, et la programmation avec les plus grands.

« On a des kits de robotique de legos Star Wars. On s’assoit avec les jeunes et on les dirige un peu avec les applications pour la construction du robot et pour la programmation, on peut leur faire faire des sons. On suit la construction avec eux », explique Francys Gauthier.

Chef de service en réadaptation au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, Patrick Dussault constate les bénéfices d’une telle activité. Il y avait beaucoup de jeunes qui avaient vécu les deux séances l’année dernière, et ils avaient très hâte à la troisième, notamment pour retrouver leurs mentors.

« Ça a vraiment laissé de beaux ancrages », note M. Dussault. « Ça change la routine, ça amène une belle collaboration plus normalisante. Ça peut aussi créer des attraits et des intérêts pour les études. »

Quel est le portrait des jeunes qu’on retrouve au sein des groupes qui participent? Chez les tout-petits, on pense à des situations familiales difficiles, dont des contextes de négligence.

« Il y a des jeunes qui sont foncièrement difficiles, soit par leur vécu ou par ce qu’ils sont physiquement comme individu », note M. Dussault.

« Ce sont des jeunes qui nous arrivent soit en contexte de la Loi sur les services de santé et les services sociaux (LSSSS), en mesure volontaire. C’est difficile à la maison en raison de certains comportements, donc on va donner un coup de main. Il y a aussi le contexte plus légal, correctionnel jeunesse. C’est ça pour la plupart des jeunes qui sont hébergés ici. » Les jeunes présentent souvent des problèmes de comportement ou des troubles de santé mentale.

Plusieurs d’entre eux bénéficient de sorties avec la famille. Une grande partie sur le site sont scolarisés à l’externe, parfois dans leur école de quartier, précise M. Dussault. D’autres fréquentent le Monarque, l’école située sur le site du centre de service Val-du-Lac à Sherbrooke.

Le jumelage entre les jeunes du Séminaire et de Val-du-Lac prévoyait principalement de la construction de robots avec les plus petits, et de la programmation avec les plus grands.

Gagnant-gagnant

Avant de se lancer dans ce projet, Francys Gauthier a été sensibilisé à la réalité des jeunes que l’on retrouve à Val-du-Lac, tout comme aux comportements que ces enfants pourraient avoir.

« C’est un beau reality check pour les jeunes du Séminaire, juste avant les Fêtes, pour ceux qui n’auront pas leur X-Box. Eux ici, ils gagnent beaucoup, mais je trouve que mes jeunes gagnent autant. C’est valorisant pour ceux qui le font, mais aussi pour les mentors. C’est gagnant-gagnant. »

Une dizaine d’élèves du Séminaire, de secondaire 3 à 5, ont participé à l’atelier.

Patrick Dussault abonde dans le même sens : il constate les bénéfices.

« Contrairement à notre petite vie du quotidien, ce n’est pas rare qu’on ait moins de discipline à faire, parce que cet attrait-là, le fait que ce soit un ado qui aide un autre enfant ou un autre ado, c’est plus facile. C’est plus après que c’est difficile, en revenant à la routine », lance M. Dussault en souriant.

Lors du passage de La Tribune, Clara * avait terminé de monter un robot. Elle réussit à le faire marcher à l’aide d’une application sur la tablette. Difficile? « C’est quand même pas si pire! Il y a vraiment beaucoup de pièces », a répondu la fillette de 11 ans, qui était bien concentrée et qui s’amusait visiblement.

Fanny Choquette, une élève de troisième secondaire du Séminaire, en est à sa troisième visite à Val-du-Lac. Elle est elle-même une mordue de robotique et participe aux activités parascolaires. Elle en sera à troisième participation au concours de robotique FIRST en janvier, cette compétition où des équipes d’élèves doivent réussir à construire en quelques semaines un robot capable d’accomplir des tâches précises. « Dans ce projet parascolaire, je m’occupe plus du volet mécanique robot, c’est moi qui machine les pièces et les assemble. »

« Je trouve ça cool de partager ce qu’on fait en robotique et d’intéresser d’autre monde à faire ça aussi. Et le fait que ce soit des enfants qui ne l’ont pas eu facile, c’est l’fun de leur partager ça, de faire en sorte qu’ils vont avoir une bonne journée, parce qu’ils vont avoir réussi à faire un robot. C’est comme une victoire pour eux. »

L’équipe du Séminaire reviendra un peu plus tard au courant de l’année scolaire.

* Prénom fictif

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Réussir à reprendre le contrôle sur sa vie, partir en appartement avant même l’âge de 18 ans, réparer des meubles jetés par d’autres à la rue pour pouvoir se loger confortablement et occuper un emploi à temps plein en relation d’aide : la jeune Michelle réussit avec succès à surmonter les épreuves survenues dans sa jeune vie.

Un envol réussi grâce à la Fondation du Centre jeunesse

La Fondation du Centre jeunesse de l’Estrie a pour mission d’aider les enfants qui ont souvent été victime de négligence, d’abus, de violence physique et psychologique. L’an passé, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS, mission protection de la jeunesse, est venu en aide à 7784 jeunes. Et la Fondation est là pour les aider à retrouver un équilibre de vie. C’est avec l’objectif de permettre à encore plus d’enfants de bénéficier de son aide en 2020 que la Fondation invite la population à son 8e Coquetel dînatoire de Noël qui se tiendra mercredi.

« La Fondation finance notamment des activités estivales, sportives et culturelles, elle offre une aide financière pour permettre aux jeunes de poursuivre des études postsecondaires, d’être mieux outillés pour entreprendre leur vie autonome, et bien plus encore », explique Karine Godbout, administratrice au conseil d’administration de la Fondation.

Michelle est une jeune femme qui a bénéficié de l’aide de la Fondation du Centre jeunesse de l’Estrie pour l’aider à cheminer vers sa vie d’adulte. À 17 ans, celle dont on cachera la véritable identité étant donné qu’elle est mineure, a accepté de raconter son histoire pour le bien de la cause.

Ses meilleurs souvenirs à Val-du-lac

Michelle aura bientôt 18 ans. Toute sa vie, elle a été déménagée d’une famille d’accueil à une autre. Sauf une fois où elle a fait un arrêt de quelques années dans une famille stable et aimante où elle s’est sentie bien. « C’est mon plus beau souvenir d’enfance. Aujourd’hui encore, je vais les voir souvent et ils sont toujours contents de me voir », relate la jeune femme.

Mais elle a dû quitter cette famille aimante pour tenter un retour auprès de sa mère. Qui n’était pas prête. Qui a rechuté.

« Moi dans mon souvenir, j’étais bien. Mais en réalité, ce n’était pas bien... » se souvient Michelle.

La valse des familles d’accueil a donc repris. La petite fille, dès l’enfance, a commencé à faire des crises de colère qui se sont accentuées avec l’âge. Elle pouvait être violente.

Ainsi, l’hébergement à Val-du-Lac est devenu la meilleure solution pour elle vers l’âge de 15 ans. Le centre de réadaptation et d’hébergement pour les jeunes est devenu le milieu de vie le plus stable qu’elle ait jamais connu.

« J’avais une bonne relation avec les éducateurs. Ils m’ont aidée à développer mon autonomie », explique-t-elle.

Là-bas elle s’est calmée et apaisée.

La jeune Michelle a eu très tôt envie de voler de ses propres ailes. Peu après son 17e anniversaire, le juge lui a permis de prendre son envol vers un appartement, accompagnée par les intervenants du Centre jeunesse et aidée par la Fondation du Centre jeunesse de l’Estrie.

« Je vis seule en appartement maintenant, même si mon chum est souvent là. Je cuisine. Au début, c’était beaucoup des pizzas pochettes, mais ça s’est amélioré. Le premier mois, la Fondation a payé mon appartement. Ça m’a aidée pour mon budget », mentionne-t-elle.

Michelle s’est prise en main pour pouvoir réaliser son rêve de partir en appartement. La Fondation du centre jeunesse lui a offert 1000 $ pour l’aider à se meubler. Pas question d’utiliser le moindre dollar de la mauvaise façon!

« J’ai magasiné partout. J’ai acheté plein de choses usagées. Quand il y a eu la collecte des gros rebuts, j’ai pu ramasser des meubles que les gens jetaient à la rue et qui étaient encore bons. Il y avait un petit meuble que j’aimais beaucoup. Je l’ai ramené à Val-du-Lac. Je l’ai réparé. Le concierge m’a donné de la peinture. Je l’aime vraiment aujourd’hui » s’exclame-t-elle.

Elle est reconnaissante pour tous ces gens qui l’ont aidée dans son parcours, particulièrement ces dernières années à Val-du-Lac. Mais pas seulement.

« Après un de mes gestes de violence, j’ai dû faire des travaux communautaires dans un organisme. Quand j’ai eu terminé, le directeur m’a rappelée pour m’offrir un emploi », relate Michelle avec des étoiles dans les yeux.

Aujourd’hui, elle travaille à temps complet. Que fait-elle? Elle prend soin de bénéficiaires dans un organisme œuvrant auprès d’une clientèle vulnérable.

Elle qui a si peu reçu dans son enfance est maintenant capable de redonner à son tour.

« Je suis heureuse dans ce travail. Dans les prochaines années, je rêve d’avoir une maison à moi, une auto et un chat », dit-elle.

Ensuite on verra. Cette jeune femme, modèle de résilience, n’a aujourd’hui que 17 ans. Et une longue vie devant elle.

Financement pour la Fondation

Le 8e Coquetel dînatoire de Noël de la Fondation se déroulera mercredi de 17 h à 19 h sous la présidence d’honneur de Denis Bourque, propriétaire de Tim Horton, et de Éric Chênevert, président et directeur général de Verbom. Les billets sont en vente au coût de 125 $ sur le site de la Fondation au www.fondationcje.com

Par ailleurs, la Fondation vend également des cartes de Noël qui ont été conçues par les jeunes résidents de Val-du-Lac. Les paquets de 12 cartes, incluant trois modèles, sont en vente au coût de 20 $. Il est possible de les commander par courriel à : fondation.cje@ssss.gouv.qc.ca. Marie-Christine Bouchard