Des promoteurs de salons se plaignent des difficultés de faire affaire avec la Ville de Sherbrooke pour la présentation d’événements au Centre de foires.

Des promoteurs mal reçus au Centre de foires

SHERBROOKE — Un litige entre Destination Sherbrooke et les promoteurs du Salon national des animaux de compagnie pourrait se retrouver devant les tribunaux. Les promoteurs, qui songent à ne pas renouveler leur contrat avec Sherbrooke après leur édition 2019, déplorent une comptabilité problématique et un manque d’expertise événementielle. Un autre salon, la Grande Braderie de la mode québécoise, a choisi de ne pas revenir à Sherbrooke en raison de la rigidité des façons de faire sherbrookoises et du manque de clientèle.

Michel Beausoleil est promoteur du Salon national des animaux de compagnie, qui présente des événements à Montréal, Québec et Sherbrooke. « J’ai seulement des compliments pour Destination Sherbrooke et le Centre de foires, sauf pour l’administration et la comptabilité. Depuis 2012, il n’y a pas beaucoup d’années où il n’y a pas eu de problèmes et c’est toujours à cause de la comptabilité », dit-il.

« Une fois, ils nous ont remboursé 1000 $ en trop. Une année, ils ont oublié de facturer les taxes. Nous avons un gros litige depuis deux ans parce qu’ils ont oublié de charger les redevances de billetterie sur nos factures », ajoute M. Beausoleil.

Lors d’un événement, le Centre de foires recueille les revenus de billetterie. « Nous avons des frais à payer, mais ils ne les prélèvent pas de ces revenus avant de nous envoyer un chèque et ils ne produisent pas de règlement financier pour nous dire ce qu’il reste à payer », raconte-t-il.

« En 2017, nous avons reçu notre chèque. En fin d’année, nous avons fermé notre année financière, mais nous avons finalement reçu une facture en décembre, alors que notre événement est en avril, parce qu’ils avaient oublié de nous l’envoyer. Si ma comptable doit refaire mes impôts, j’ai des frais. Ils ne considèrent pas les inconvénients pour nous alors que notre contrat stipule qu’ils ont 10 jours, après la fin du salon, pour nous facturer. On aimerait s’asseoir tout le monde ensemble pour trouver une façon élégante de s’en sortir, mais ils nous menacent de poursuites. Qu’ils fassent comme partout ailleurs et qu’ils se payent à même le règlement financier. Eux disent que le délais de prescription est de trois ans »

Sherbrooke retiendrait un paiement d’environ 8600 $ lié à l’événement 2018 en attendant le paiement des frais de 2017.

Michel Beausoleil fait valoir que son salon génère au moins 300 nuitées à Sherbrooke, notamment en raison de la présence de 70 éleveurs de chats. « Nous avons envie de magasiner ailleurs. Drummondville a un beau centre de foires aussi. »

Avocat de formation, M. Beausoleil affirme avoir « rarement vu des gens ne pas se parler comme ça. On a accumulé le double d’erreurs d’administration à Sherbrooke que dans toutes nos autres affaires combinées. Je ne chiale pas pour ne pas payer. C’est juste qu’ils ne tiennent pas compte des inconvénients. Nous, nous aimons aller à Sherbrooke, mais du point de vue événementiel, il y a une expertise qui n’est pas là ».

Anne de Shalla, présidente de la Grande Braderie de la mode québécoise, acquiesce à cette dernière affirmation. Elle a annoncé à la fin d’octobre qu’elle ne présenterait plus son événement à Sherbrooke, notamment en raison du faible achalandage. « Le Centre de foires ne coûte pas cher, la comptabilité a toujours été bien faite, mais on ne sait pas trop par qui les événements sont administrés. C’est tellement ardu de travailler avec Sherbrooke... »

Mme de Shalla cite la structure logistique, notamment la largeur des allées exigée par le Service de protection contre les incendies. « Il faut garder cinq pieds. À Montréal, on reçoit 30 000 personnes et les pompiers ne sont jamais aussi exigeants. On dirait que Sherbrooke ne veut pas recevoir d’événements. Il y a des contraintes antiévénements. Mes exposants ont eux aussi senti cette résistance. »

Parmi ses autres doléances, notons l’absence d’autres événements au Centre de foires en même temps que son salon. « Nous n’avons attiré plus que 3000 visiteurs une seule fois, et c’est quand il y avait un autre salon en même temps que nous. Peut-être que le Centre de foires devrait être régi par un privé. Il y a un rendez-vous qui n’est pas là. Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi rigide. Pour développer, il faut être ouvert à la nouveauté. Ils ont des structures en béton comme leur centre de foires. »

Anne de Shalla note aussi la clause de non-compétition qui aurait pu la forcer à refuser des exposants vendant des bijoux en raison de la tenue du Salon des métiers d’art quelques semaines plus tard. « Nous avons finalement réussi à nous entendre avec eux. »

Pour Mme de Shalla, la rigidité doit changer. « C’est 60 % de la raison pour laquelle je ne reviens pas. Ils sont extrêmement gentils, mais ils n’ont pas le sens de l’événement. Je leur souhaite ce qu’il y a de meilleur. »

Destination Sherbrooke se défend d'être trop rigide

Destination Sherbrooke se fait avare de commentaires concernant le litige qui l’oppose aux promoteurs du Salon national des animaux de compagnie. L’organisme paramunicipal se défend par ailleurs d’être trop rigide en rappelant que certaines réglementations relèvent de la Ville de Sherbrooke et non de Destination Sherbrooke.

Amélie Boissonneau, coordonnatrice aux communications à Destination Sherbrooke, explique qu’une facture est toujours envoyée aux promoteurs après la conclusion d’un événement pour des services rendus au courant des jours précédents. « Oui, la facture en question est arrivée tardivement, mais nous avions joint une explication. Lors d’une vérification de fin d’année, nous nous sommes rendu compte que des services n’avaient pas été facturés. M. Beausoleil savait que ça arriverait. »

Dans le même sens, il existe bien un article à la convention de location qui stipule que les frais seront chargés dans les dix jours suivant un événement. « Mais du côté de la Ville de Sherbrooke, tout service rendu peut être facturé à un fournisseur dans les trois ans. Nous avons proposé trois solutions au client, mais nous n’avons jamais eu de réponse, et il a envoyé une mise en demeure à la Ville. À partir de ce moment-là, les discussions sont devenues de nature légale. »

La mise en demeure, dont La Tribune a obtenu copie, est effectivement adressée à la Ville de Sherbrooke pour l’inviter à dénouer l’impasse.

« Nous ne pouvons pas nous asseoir avec les promoteurs parce que le dossier est entre les mains des avocats. Il faut dire que nous, notre année financière prend fin le 31 décembre », ajoute Amélie Boissonneau.

Elle confirme du même coup que la suggestion de Michel Beausoleil a été retenue et que Destination Sherbrooke retient maintenant les montants qui lui sont dus sur les revenus de la billetterie.

Normes de sécurité

En ce qui concerne les reproches adressés par Anne de Shalla, Mme Boissonneau précise que le Centre de foires est un bâtiment de la Ville soumis au protocole de sécurité du Service de protection contre les incendies (SPCIS). Les normes du SPCIS ne relèvent pas de Destination Sherbrooke. « Tous les événements reçoivent la visite des pompiers et doivent respecter les normes établies. »

Autrement dit, la largeur des allées ne relève pas de Destination Sherbrooke.

Quant à l’exclusivité temporaire des salons, qui ne peuvent présenter des exposants de même nature pendant trois mois, elle est la même dans tous les centres d’exposition du Québec, selon Amélie Boissonneau.

Si la tenue de deux événements en même temps importune certains promoteurs, elle est souhaitée par d’autres. « Chacun a sa préférence et il est possible de choisir des dates en conséquence. Ce n’est pas un manque d’efforts de notre part. Nous sommes très satisfaits de notre rendement. »

Enfin, en réponse aux critiques concernant l’expertise événementielle, Amélie Boissonneau rapporte que le rôle de Destination Sherbrooke est de louer des espaces pour répondre aux besoins des promoteurs. « Le personnel en place fait tout pour répondre à ces besoins. Il est là notre mandat. » Les promoteurs interrogés n’avaient que de bons mots pour le personnel du Centre de foires.