Pharmacien-propriétaire des Familiprix de Lennoxville et Waterville, Pierre-Olivier Fortier offre à ses patients depuis une semaine des fioles en verre réutilisables pour leurs médicaments d’ordonnance.
Pharmacien-propriétaire des Familiprix de Lennoxville et Waterville, Pierre-Olivier Fortier offre à ses patients depuis une semaine des fioles en verre réutilisables pour leurs médicaments d’ordonnance.

Des prescriptions dans des pots de verre

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Les clients des pharmacies Familiprix de Lennoxville et de Waterville peuvent désormais choisir des contenants en verre réutilisables pour leurs médicaments d’ordonnance.

En moins d’une semaine, une poignée de clients étaient déjà convertis, confirme le pharmacien-propriétaire Pierre-Olivier Fortier.

Ces deux pharmacies deviennent les premières en Estrie à joindre le mouvement Fiole verte, un mouvement initié en octobre dernier par une pharmacienne montréalaise. Sarah Fizazi voulait ainsi poser un geste contre la pollution que génère l’industrie pharmaceutique en envoyant chaque année aux poubelles, au Canada seulement, des centaines de millions de contenants de pilules en plastique à usage unique.

« Au total, au Québec [NDLR et au Nouveau-Brunswick], on est rendu une quinzaine de pharmacies à avoir adhéré à ce programme-là et graduellement depuis qu’on a partagé ça sur les réseaux sociaux, je constate que d’autres pharmacies ici à Sherbrooke se sentent interpellées. Je trouve ça très bien », relate M. Fortier.

L’option Fiole verte impose tout de même aux patients d’acheter les contenants de verre, de grade pharmaceutique, précisons-le, à 3 $ l’unité et de s’astreindre à une procédure de nettoyage stricte avant chaque renouvellement.

« C’est plus d’ouvrage pour le patient et il n’y a plus possibilité pour lui d’appeler à l’avance pour faire préparer sa commande puisqu’il doit venir porter son pot à la pharmacie pour qu’on puisse le remplir, admet M. Fortier. Ce ne sera pas l’ensemble de nos patients qui vont utiliser ces fioles-là, mais pour ceux qui pensent un peu plus à l’environnement et qui veulent se donner cette petite tâche de plus, c’est à eux que c’est destiné. »

Le nettoyage et la stérilisation des fioles en verre doivent être effectués par les patients à la maison.

Pour le personnel de laboratoire, c’est aussi un peu plus de travail puisqu’il doit gérer cet inventaire de fioles, ajoute-t-il, « mais tout le monde est bien content de cette initiative ».

« On commence à se faire poser des questions, renchérit Myriam Clark, une technicienne en laboratoire qui voit d’un bon œil cette option. « J’en ai moi-même acheté pour mon conjoint et c’est sûr que je prends ce virage-là », confie-t-elle.

Pierre-Olivier Fortier ne peut pas quantifier le nombre de fioles en plastique qui sont utilisées chaque année dans ses deux pharmacies. Depuis quelque temps déjà, il avait néanmoins pris un virage un peu plus écologique en optant pour des contenants de plastique recyclable, même s’ils sont un peu plus dispendieux pour le commerçant.

« Tous les choix qu’on fait dans nos commerces, on essaie de les faire plus écologiques », assure-t-il, en énumérant par exemple la conversion de l’éclairage aux DEL, les produits en vrac et les sacs réutilisables pour remplacer les sacs de plastique à usage unique.

« La petite fibre écologique, c’est sûr qu’on l’a ici. »

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L’engagement du patient

Les pharmacies qui adhèrent au mouvement Fiole verte recommandent d’avoir deux fioles par médicament par patient, une pour l’ordonnance et une pour le renouvellement. Le protocole établi par l’Ordre des pharmaciens du Québec demande que le contenant soit nettoyé à la main avec du détergent à vaisselle, stérilisé dans l’eau bouillante pendant quelques minutes puis nettoyé à l’alcool isopropylique. 

C’est la responsabilité du patient que le contenant soit stérilisé et il ne peut pas être utilisé par un autre patient, pas même dans la famille, pour éviter les risques d’allergies croisées s’il restait des traces de contamination à l’intérieur, explique Pierre-Olivier Fortier. 

Quant à la réutilisation des fioles en plastique, le mouvement Fiole verte précise sur son blogue qu’on ne connaît pas la stabilité chimique de cette matière. De façon générale, écrit la pharmacienne Sarah Fizazi, « j’ai décidé d’éviter quand c’est possible les contenants en plastique qui sont en contact direct avec des produits à ingérer à cause du risque de libération de composés ayant une activité œstrogénique. (...) Éviter l’usage du plastique me semble important dans le contexte où l’OMS qualifie de ‘‘menace mondiale à laquelle il faut apporter une solution’’ les perturbateurs endocriniens contenus dans les plastiques ».