En Estrie, en 2015-2016, 25 % des signalements retenus ont été faits pour de la négligence. Le projet sur la table viserait à créer des places spécialisées en CPE pour les enfants pris en charge par la DPJ pour négligence.

Des places en CPE réservées aux enfants de la DPJ

Des centres de la petite enfance (CPE) de la région pourraient créer des places spécialement réservées aux enfants pris en charge par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pour négligence.
C'est du moins le souhait du Centre RBC d'expertise universitaire en santé mentale de l'Université de Sherbrooke, qui mène le projet. L'initiative pourrait aussi être implantée dans la région de Québec.
Il pourrait s'agir d'une première dans la province.
« C'est un gros projet qui serait implanté ici et à Québec qui repose essentiellement sur la création de places spécialisées en CPE pour les enfants pris en charge par la DPJ en négligence. Il y aurait un ratio réduit, il y aurait des éducatrices qui seraient formées au niveau du développement des enfants, car ce sont des enfants qui ont souvent de graves retards de développement. Il y aurait une intégration des services dans les CPE », résume Joëlle Lepage, coordonnatrice du centre, en soulignant que tous ces services seraient intégrés au CPE.
« Les besoins sont très grands, commente Mme Lepage. Il y a eu des recommandations officielles d'augmenter le temps d'intervention direct à l'enfant. Ce qui a été constaté, c'est qu'il y avait beaucoup de temps d'intervention auprès des parents, mais très peu d'intervention directe aux enfants », note Mme Lepage.
« À ça s'ajoute un volet de prévention, qui tourne autour de la détection des enfants : comment faire pour rejoindre les enfants qu'on ne rejoint pas, comment faire pour détecter la négligence avant le signalement? Ça, c'est en développement », renchérit Mme Lepage.
En 2015-2016 dans la région, 25 pour cent des signalements retenus ont été faits pour de la négligence, envers les enfants selon des données de la DPJ en Estrie. Un plus de 19 % l'ont été pour des abus physiques, 16 % en mauvais traitements psychologiques et 2,6 % en abus sexuel.
Le projet a été présenté à la table des gestionnaires du Regroupement des centres de la petite enfance des Cantons-de-l'Est (RCPECE).
Plusieurs établissements ont démontré leur intérêt à accueillir les enfants victimes de négligence ou à risque de négligence, explique Lucie Therriault, directrice générale du Regroupement.
« Ils deviendraient le lieu privilégié d'intervention », souligne Mme Therriault. Les professionnels comme les psychoéducateurs, orthophonistes ou ergothérapeutes pourront se rendre en CPE, ce qui évitera notamment de sortir les enfants de leurs milieux pour aller à la rencontre des professionnels. Du même coup, ces derniers accompagneront les éducateurs et offriront le soutien nécessaire. Mme Therriault avait été approchée par le professeur de l'UdeS et directeur du centre Robert Pauzé l'automne dernier. L'initiative a ensuite été présentée à la table des gestionnaires. « Il y avait un engouement (...) C'est vraiment un beau projet », note Mme Therriault, en soulignant l'expertise du professeur Pauzé.
Trois ou quatre CPE pourraient être désignés pour ouvrir chacun environ 15 places. Ils n'ont pas été encore été ciblés, mais il s'agirait d'établissements situés dans des milieux plus vulnérables.
Selon Mme Lepage, le projet est en attente de financement, et une rencontre est d'ailleurs prévue en juin avec les ministères concernés. Il s'agit des ministères de la Famille, de l'Éducation, de même que du ministère de la Santé et des Services sociaux.
Pour chaque projet, le centre travaille avec une panoplie d'intervenants réunis au sein d'un conseil interdisciplinaire. L'observatoire des tout-petits de la Fondation Lucie et André Chagnon rapportait récemment une hausse de 27 % des cas de maltraitance des enfants de moins de cinq ans au cours des dix dernières années. Selon l'étude, 20 nouvelles situations de maltraitance d'enfants de 0-5 ans ont été rapportées au Québec. En termes de maltraitance, on inclut la négligence, les abus sexuels, les abus physiques et la violence psychologique.
Mieux épauler les enfants avec des troubles d'adaptation
Les enfants présentant des « troubles d'adaptation sévères non spécifiques » pourraient être mieux accompagnés à compter de l'automne.
Parmi les projets qu'il chapeaute, le Centre RBC d'expertise universitaire en santé mentale mettra en place un volet touchant les enfants de 5 à 8 ans présentant des troubles d'adaptation sévères non spécifiques.
Il s'agit d'enfants qui arrivent en milieu scolaire et qui sont « complètement désorganisés » et « non fonctionnels », mais pour lesquels les intervenants n'arrivent pas très bien à cibler ce qu'ils ont comme besoins, explique Joëlle Lepage, coordonnatrice du Centre RBC d'expertise universitaire en santé mentale.
« Certains ont des troubles oppositionnels, des troubles de comportement. Pour certain, ça sort en trouble de comportement, mais en dessous, il y a un volet de trouble d'attachement ou des troubles affectifs », illustre-t-elle. À l'aide de questionnaires, des portraits des enfants seront réalisés et des rapports seront conçus afin de mieux déterminer les services dont les enfants ont besoin.
Le centre mène plusieurs projets de front, dont celui de prévention des troubles alimentaires au Collège du Mont Notre-Dame, dont La Tribune a fait écho plus tôt.
Les projets émanent de comités interdisciplinaires.
« On va rassembler ces gens-là (...) dans le but de développer une vision commune de la problématique, mettre en commun les expertises pour développer des projets qui vont venir s'inscrire dans les zones qui sont non couvertes par la couverture de service actuelle... », explique Mme Lepage.