Le temps d’attente est si long pour voir un médecin spécialiste ORL au CHUS que de nombreux patients sont référés vers le CSSS d’Arthabaska à Victoriaville.

Des patients ORL envoyés à Victoriaville

EXCLUSIF / Plusieurs patients sherbrookois devront faire plus de deux heures de route afin de consulter un ORL (otorhinolaryngologiste), un médecin spécialiste traitant les maladies de la tête et du cou et spécialement celles de l’oreille, du nez et de la gorge. En effet, le temps d’attente est si long pour consulter un ORL au CHUS Fleurimont que l’établissement de santé vient de référer un certain nombre des patients de sa liste d’attente vers le CSSS d’Arthabaska à Victoriaville.

« Nous avons 13 ORL pour l’ensemble du CIUSSS de l’Estrie–CHUS en ce moment, plus trois qui travaillent hors établissement (dans des cliniques médicales, avec leur propre clientèle). Nous en avons perdu trois au cours des derniers mois pour différentes raisons. Nous n’avons pas de recrutement prévu à court terme. Nous avons des embauches prévues en juillet 2018, et les autres en 2020 et 2021 », explique André Lortie, directeur adjoint à la direction des services professionnels au CIUSSS de l’Estrie–CHUS.

Résultat, les patients se sont entassés sur la liste d’attente. « Nous avons en ce moment 5020 patients sur la liste d’attente, mais 4800 d’entre eux sont codés D et E, c’est-à-dire qu’ils sont des cas électifs, non urgents et non chirurgicaux pour la plupart », ajoute André Lortie.

Les patients qui sont codés A et B (les plus urgents) sont vus dans les délais prescrits par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Pour les 390 patients codés C actuellement (qui doivent être vus à l’intérieur d’un mois), quelques-uns sont hors délai actuellement, mais de peu.

« Quand nous sommes dans cette situation, nous essayons d’offrir une deuxième offre aux patients. Dans ce cas-ci, nous offrons un transfert du dossier au CSSS d’Arthabaska. Jusqu’ici, 45 patients sur les 332 à qui nous l’avons offert ont accepté un transfert. Les autres ont préféré rester sur notre liste d’attente », souligne-t-il.

Plusieurs patients devront donc faire de la route, au grand dam de certains d’entre eux.

« Nous sommes en attente pour voir un ORL à Sherbrooke depuis plus d’un an maintenant. Avec la saison des rhumes qui recommence, mon fils de trois ans est constamment congestionné. Il ne dort pas bien tellement sa respiration est difficile. Malgré tous les efforts que nous avons fait en première ligne, la situation ne s’améliore pas. Certes, mon fils n’est pas dans un état critique. Mais il a besoin de soins plus avancés pour pouvoir aller mieux et passer un hiver confortable », explique une maman découragée, qui ne souhaite pas être identifiée.

« Quand on m’a téléphoné pour me dire que je pouvais aller à Victoriaville, j’ai bien constaté que je ferais 3 h de route dans ma journée pour aller au rendez-vous, et qu’il faudra recommencer si mon fils a une chirurgie ou des suivis, au lieu des 30 minutes pour un aller-retour au CHUS Fleurimont. Mais entre ça et attendre encore tout l’hiver pour voir un spécialiste, aussi bien prendre les moyens pour faire soigner mon fils », dit la maman.

D’autres spécialités surchargées

« Évidemment, nous préconisons que nos usagers soient pris en charge par les médecins de notre territoire. Toutefois, lorsque cela est impossible, des ententes sont possibles avec d’autres établissements, et ce, au bénéfice de la population. Personne n’est obligé d’accepter. D’ailleurs, environ 15 % des patients à qui nous offrons un transfert l’acceptent. Les autres restent sur notre liste d’attente », souligne M. Lortie.

La pratique, sans être courante, est quand même utilisée à l’occasion. Par exemple, au cours du mois de décembre, une cinquantaine de patients seront dirigés vers un hôpital de la Montégérie pour obtenir un rendez-vous en urologie.
Au contraire, l’Hôpital de Granby (qui fait maintenant partie du CIUSSS de l’Estrie–CHUS) reçoit actuellement des patients de la Montérégie pour des rendez-vous en orthopédie.

Une liste d’attente centralisée

La pratique d’envoyer des patients dans un hôpital à l’extérieur de sa région ne date pas d’hier. Avec l’entrée en vigueur du projet de loi 20 il y a plus de deux ans, les pratiques se sont cependant raffinées afin d’être plus équitables et de manière à ce que les listes d’attente dans chaque spécialité soient plus représentatives de la réalité à l’échelle du Québec.

« En toute bonne foi, avant, les médecins envoyaient parfois deux ou trois requêtes dans différents hôpitaux, pour que leurs patients soient vus plus vite, si bien que les patients se retrouvaient sur plusieurs listes d’attente. On avait donc des listes d’attente gonflées, qui n’étaient pas représentatives de la réalité », soutient André Lortie, directeur adjoint à la direction des services professionnels au CIUSSS de l’Estrie–CHUS.

Afin d’améliorer l’accès à la médecine spécialisée, 14 centres de répartition des demandes de services (CRDS) ont été implantés pour couvrir l’ensemble du Québec. Le CRDS est le seul point de chute pour toute nouvelle demande de service pour une consultation en médecine spécialisée.

« Les CRDS permettent de traiter les demandes de manière équitable en se basant sur la condition clinique de l’usager. Les rendez-vous sont offerts aux usagers en considérant trois critères, soit la priorité médicale, la proximité du domicile et la référence nominative », explique Geneviève Lemay, porte-parole du CIUSSS de l’Estrie–CHUS.