Alain Trudel, directeur de la Protection de la jeunesse en Estrie, comprend que plusieurs parents peuvent être en désaccord avec les décisions de la DPJ pour différentes raisons.

Des parents manifesteront contre la DPJ

Des parents qui se disent victimes d'injustice et d'abus de pouvoir de la part de la Direction de la protection de la jeunesse manifesteront la semaine prochaine devant les palais de justice de Sherbrooke et de plusieurs autres villes du Québec afin de sensibiliser la population aux problèmes qu'ils vivent face à l'organisme gouvernemental. Ils réclament une enquête publique sur les agissements des récentes années de la DPJ et demandent une éventuelle réforme de l'organisme.
« Nous dénonçons certaines pratiques abusives de la DPJ dans le traitement des signalements et le suivi des dossiers. Des cas de manipulation, de menaces et de décisions arbitraires sont signalés. Dans certains cas, des retraits d'enfants temporaires justifiés se transforment en retraits permanents malgré l'amélioration des conditions de vie au sein du milieu familial », explique Nancy Bernier, coordonnatrice de la manifestation à Sherbrooke.
Les parents espèrent partager leurs histoires avec la population afin de lever le voile sur « cette réalité méconnue des enfants placés sans raison ou dans des mauvaises familles », ajoute-t-elle.
« La DPJ, c'est bien qu'elle soit là. Mais parfois, c'est trop, c'est vraiment trop », insiste Mme Bernier.
La manifestation se déroulera jeudi et vendredi de 9 h à 17h devant le palais de justice de Sherbrooke.
Loin des jugements
Alain Trudel, directeur de la Protection de la jeunesse en Estrie, ne se surprend pas qu'une telle manifestation puisse se présenter. Mais comment réagit-il en entendant des expressions comme « injustice » et « abus de pouvoir »?
« La Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ) est bien définie. C'est une des lois les plus cliniques du Québec, qui explique très bien ce qu'on peut faire », explique celui qui travaille à la protection de la jeunesse depuis près de 30 ans.
« Nous avons aussi trois organismes de surveillance au Québec : l'aide juridique fournit un avocat sans frais aux gens qui ne peuvent pas s'en payer un, il y a la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse et finalement, il y a le Commissaire aux plaintes du CIUSSS de l'Estrie-CHUS. Toutes ces instances sont là pour nous surveiller et permettre aux usagers de porter plainte quand ils se sentent lésés », explique Alain Trudel.
Il arrive parfois que certains professionnels de la DPJ aient moins de tact que d'autres, concède-t-il : « On a beau superviser notre personnel, il peut arriver que certaines interventions soient moins efficaces que d'autres. »
Mais il arrive aussi que le ton de certains parents finisse aussi par user leur patience. « Nos intervenants sont là pour aider les parents et les enfants, mais ils n'ont pas besoin d'entendre des menaces ou qu'on fasse des grafignes sur leurs voitures. Ce sont des choses qui arrivent », illustre-t-il.
« Vous savez, aussitôt qu'un intervenant frappe à la porte et qu'il se nomme, c'est comme si automatiquement il disait au parent qu'il est incompétent. C'est comme ça que les gens reçoivent nos intervenants. Mais nous, on ne fait pas ça pour juger le parent. On fait ça dans le but d'assurer la santé et la sécurité des enfants », insiste-t-il.
Dans certains cas, les parents ne sont tout simplement pas prêts à reconnaître les faits qui leur sont reprochés. « Dans ces cas-là, c'est certain que le parent va sortir du Tribunal de la jeunesse en disant qu'il n'a pas été entendu », soutient M. Trudel.
Le directeur de la DPJ encourage tous les parents qui se sentent lésés à porter plainte ou à faire des démarches auprès des organismes qui peuvent leur venir en aide. « Quand on fait une démarche avec des parents, on leur donne une pochette qui contient des dépliants de ces organismes, justement parce qu'on croit que c'est important que les parents puissent se faire entendre », explique-t-il.