La Ville de Sherbrooke a offert aux citoyens de venir chercher des briques de l’Hôtel Wellington, tombé sous le pic des démolisseurs cette semaine.
La Ville de Sherbrooke a offert aux citoyens de venir chercher des briques de l’Hôtel Wellington, tombé sous le pic des démolisseurs cette semaine.

Des morceaux de patrimoine à la maison

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
Une centaine de nostalgiques et des passionnés d’histoire ont fait fi du froid mordant de vendredi pour aller chercher des briques de l’Hôtel Wellington.  

La Ville de Sherbrooke a eu cette idée en lisant La Tribune, mercredi, lorsque Gaétan Labrecque, un citoyen, demandait de garder une brique. Il est allé la chercher vendredi. « Je suis bien heureux de voir le beau choix qu’on a. J’ai l’opportunité de venir la chercher avec d’autres résidants de la ville. Je suis heureux ! Elle va avoir une place dans le salon chez moi pour intriguer ceux qui vont venir à ma rencontre. Je vais pouvoir leur raconter la petite histoire », dit-il, tout sourire. 

L’agente de liaison à la Ville, Bianca de La Fontaine, témoigne que la nostalgie était dans l’air, vendredi après-midi. « C’est intéressant de voir que ça représente de beaux souvenirs pour la population. Les gens se déplacent et ont bravé le froid pour venir chercher leur brique. Il y avait plus de nostalgie que de tristesse. Je crois que les gens étaient contents de l’initiative », affirme-t-elle. 

Mur de Berlin et prison d’Alcatraz

Une enseignante d’univers social à l’école du Phare, Marie-Andrée Berthold, tenait à aller chercher un morceau de l’histoire à Sherbrooke. « J’ai commencé à acheter des artéfacts historiques pour que les élèves puissent les manipuler. Dans un musée, ils peuvent regarder, mais pas toucher. Ça rend l’histoire vraiment concrète. Je me disais que c’était une belle occasion d’avoir un morceau du patrimoine sherbrookois », raconte celle qui posera son nouvel artéfact près d’un morceau du mur de Berlin. 

« Ça va me pousser à faire un peu plus de recherche, car si j’ai l’objet, je dois avoir l’histoire qui va avec, poursuit-elle. Le but est d’intéresser les élèves à l’histoire. Ce n’est pas juste des gens morts qui ont fait des affaires dont on se fout. Ce sont des gens qui font en sorte que nous sommes qui nous sommes. »

Selon Mme Berthold, l’histoire locale est pratiquement absente du programme scolaire. « Il faut que les enseignants le fassent par eux-mêmes. Moi, je le fais lorsqu’on parle du patrimoine. On n’a pas besoin d’être une grande ville pour avoir un patrimoine intéressant. Les jeunes viennent au centre-ville, voient les édifices, mais n’ont pas idée de l’histoire derrière. Ils voient qu’un vieux bâtiment s’est fait démolir, mais l’Hôtel Wellington est un gros monument pour Sherbrooke », considère l’enseignante de première secondaire.

Simon Ayoub est né à Beyrouth au Liban. Il vit maintenant à Québec et n’a pas d’anecdote particulière à l’Hôtel Wellington. « J’aime collectionner des pierres. J’en ai une de la prison d’Alcatraz. Ça va s’ajouter à ma collection. Je suis venu visiter mon frère à Sherbrooke. J’ai entendu à la radio qu’on distribuait les briques. Je ne cherche pas la beauté, mais l’histoire. Il est écrit Lennoxville, Canada sur ma brique », exprime celui qui a vécu à Sherbrooke environ six ans. 

Doux souvenirs

Native de Sherbrooke, Claude Turcotte a passé de belles soirées au bar Le Flamingo. « Surtout le mercredi des dames ! précise-t-elle, le sourire aux lèvres. Je travaillais également sur la rue Wellington lorsque j’étais étudiante. J’allais souvent chercher mon patron au Coude [NDLR Un autre bar]. Il vaquait à ses occupations. Dans ce temps-là, on allait chercher des rendez-vous sur des ‘‘napkins’’. On prenait des noms pour aller chercher nos futurs clients. »

« C’est un morceau de mon cœur, de ma ville, enchaîne-t-elle. C’est un sentiment très fort pour moi. Je vais me servir de cette brique pour y déposer mes crayons. Je vais le léguer à quelqu’un de la famille. »