Les élections à l’école LaRocque ont suscité beaucoup d’engouement. Parmi les candidats, Anaia Gabrielle Ayimdji Tchoumkeu, Kyla Chartier Duval, Nourane Metiche et Hector Chabot Bernard. Derrière, le directeur Jean-Francois Gagné et la directrice adjointe Mélanie Bernard.
Les élections à l’école LaRocque ont suscité beaucoup d’engouement. Parmi les candidats, Anaia Gabrielle Ayimdji Tchoumkeu, Kyla Chartier Duval, Nourane Metiche et Hector Chabot Bernard. Derrière, le directeur Jean-Francois Gagné et la directrice adjointe Mélanie Bernard.

Des ministres au primaire

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Lundi matin à l’école primaire LaRocque: c’est jour d’élections. Les corridors de l’établissement sont placardés d’affiches électorales, avec des slogans tels que « Petit homme, grandes idées », et « Je t’aime tous les amis ». Les affiches colorées reflètent les vœux des enfants, qui vont de l’allongement de la récréation à un plus grand respect entre tous.

Les élections scolaires n’en sont qu’à leur deuxième édition, mais l’engouement est palpable. Le directeur de l’école, Jean-François Gagné, dénombre 34 candidatures, alors que six postes sont en jeu. Les élèves aspirent à devenir ministre et premier ou première ministre. Ce titre est toutefois réservé aux élèves de sixième année. 

« C’est un petit cadeau que je me fais », note le directeur, un ancien enseignant d’univers social. Ce dernier se réjouit de l’intérêt des enfants. « Je m’attendais à ce que ça fonctionne, mais je suis un peu surpris (du nombre de candidatures) », dit celui qui a tout prévu avec son équipe, des feuilles de mise en candidature aux boîtes de scrutin. « On a bloqué notre journée pour faire la tournée des classes », souligne la directrice adjointe, Mélanie Bernard, au sujet de ce jour de vote. 

Jean-François Gagné se dit préoccupé par le taux de participation aux dernières élections provinciales de 2018, qui oscille à 66 %. Il s’agit du second taux le plus bas après 2008, où seulement 57 % des électeurs inscrits avaient exercé leur droit de vote.

Marie-Immaculee Assiobo, une élève de sixième année, s’est présentée comme première ministre.

L’intention, avec une telle initiative, est de renforcer le sentiment d’appartenance des élèves, qui proviennent d’une quarantaine de pays. « Ça me permet de voir dans la tête des enfants quelles sont leurs préoccupations. » 

L’an dernier, une proposition a été soumise au tout premier conseil des élèves de l’histoire de l’école: renommer les classes « DIM » et « RDG ». Des acronymes pour « déficience intellectuelle moyenne » et « retard de développement global ». Des mots remplacés par arc-en-ciel. 

Les aspirants premiers ministres ont dû s’adresser par l’interphone à l’ensemble de leurs camarades et au personnel, soit un peu plus de 300 personnes.

Aux yeux de Kassandra Mercier, enseignante en deuxième année qui s’est investie avec le conseil des élèves l’an dernier, l’initiative est un premier pas dans l’apprentissage de la démocratie. Les enfants se rencontraient une fois par mois pour différents projets, certains mis sur pause (comme un local consacré à la vie des élèves) en raison de la pandémie. « Ils ont de grandes idées! Je leur disais: ça c’est faisable, ça, ça ne l’est pas. » 

Au primaire, l’éducation à la citoyenneté passe notamment par des réflexions au sujet de comportements ou de manières de réagir que les enfants ont eus.  

Candidate en sixième année, Marie-Immaculée Assiobo souhaite rendre son milieu plus respectueux. « Je pense que si je suis élue, je suis assez responsable pour prendre de bonnes décisions », lance d’entrée de jeu la fillette de 12 ans.  

Les élections ont suscité beaucoup d’engouement chez les élèves de l’école LaRocque: 34 enfants ont soumis leur candidature pour représenter leurs camarades.

« Il y a beaucoup de personnes qui se plaignent que le respect ne se fait pas dans l’école, en particulier des élèves envers les enseignants. Je voudrais changer ça. Il y a aussi l’intimidation. Quand on est arrivé l’année passée, il y avait des élèves de la classe de mon frère qui voulaient un peu l’intimider. Je voudrais changer ça aussi », dit celle qui provient du Togo et qui est arrivée à l’école au début de l’année 2020. 

« Au début, j’étais un peu stressée parce que je ne savais pas ce que les élèves voulaient réellement. J’ai fait un petit sondage pour savoir ce qu’ils voulaient. La plupart voulait que le temps de récréation dure plus. Mais j’en ai parlé avec Mme Dominique et elle m’a dit que c’était le ministre de l’Éducation qui avait choisi ça et qu’on n’avait pas le choix. D’autres voulaient des clubs d’art, de danse, et le respect envers les enseignants aussi. »

L’une des candidates aux élections, Samira Sibindi, s’est adressée à ses électeurs à l’interphone.

L’entrevue a été faite tout juste avant l’élection et la fillette est arrivée deuxième au poste de premier ministre, devancée par Henri-Chabot Bernard.