Selon plusieurs directeurs généraux municipaux contactés par La Tribune, la vétusté des réseaux de distribution est responsable de tout ce gaspillage d’eau potable, un service qui coûte pourtant pas moins de 5 milliards $ par année à l’ensemble des municipalités du Québec.
Selon plusieurs directeurs généraux municipaux contactés par La Tribune, la vétusté des réseaux de distribution est responsable de tout ce gaspillage d’eau potable, un service qui coûte pourtant pas moins de 5 milliards $ par année à l’ensemble des municipalités du Québec.

Des milliers de litres d’eau gaspillés

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
Bien que la moitié des municipalités de l’Estrie n’arrive pas à atteindre l’un des deux objectifs gouvernementaux en matière de gestion de l’eau potable, la région présente un des meilleurs bilans au Québec.

Les objectifs du gouvernement, fixés dans la Stratégie d’économie d’eau potable 2011-2017, sont de limiter la quantité d’eau distribuée par personne par jour à 383 litres et de limiter les pertes d’eau potentielles à un maximum de 20 % du volume total d’eau distribuée.

Dans plusieurs villes estriennes, la consommation d’eau par personne par jour dépasse les 500 litres, selon des données de 2017 du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), rendues publiques en 2019.

Parmi les plus grands consommateurs, on retrouve Waterville avec 608 litres par jour par personne (L/J/P) et Weedon avec 697 L/J/P. À l’inverse, les villes qui présentent les meilleurs résultats sont East Hereford, Stanstead et Stoke dont les citoyens consomment moins de 200 litres d’eau par jour.

À titre comparatif, en France, la consommation moyenne des citoyens est évaluée à un peu moins de 150 L/J/P.

Plus généralement au Québec, 46 % des municipalités n’ont pas atteint l’un ou l’autre des objectifs de la Stratégie 2011-2017. Dans sa nouvelle mouture, la Stratégie d’économie d’eau potable 2019-2025 présente d’ailleurs des objectifs moins ambitieux, soit de réduire de 20 % la quantité d’eau distribuée par personne par rapport à 2015 où elle se chiffrait à 573 L/P/J; d’atteindre un niveau de fuites modéré dans les conduites; d’assurer la pérennité des services d’eau potable en réalisant les investissements nécessaires au maintien des infrastructures et en éliminant graduellement les déficits d’entretien, lorsqu’ils existent.

Le Québec dispose de 3 % des eaux douces renouvelables de la planète. C’est également un des plus grands consommateurs d’eau au monde. En 2015, la quantité d’eau distribuée par personne dans la province était 28 % plus élevée que la moyenne canadienne et 55 % plus élevée que celle de l’Ontario.

Il importe tout de même de noter que la consommation des Québécois a diminué de 32 % par rapport à 2001 où elle grimpait à 777 L/J/P.

Important problème de gaspillage

Les fuites sont également un problème majeur dans les réseaux de distribution qui approvisionnent le Québec. À titre d’exemple, à North Hatley, c’est 58 % de l’eau injectée dans les infrastructures qui est perdue avant de se rendre à destination. À Weedon, c’est 47 % de l’eau potable qui disparait pendant son passage dans le réseau. Asbestos présente également des pertes d’eau potentielles de plus de 40 %.

Au niveau de la province, les pertes d’eau potentielles ont représenté le quart de la quantité d’eau distribuée. Non seulement ces pertes occasionnent un immense gaspillage de l’or bleu, mais elles ont également un coût important. Le gouvernement estimait en 2012 le coût unitaire de la production et de la distribution de l’eau à 1,15 $ du mètre cube.

Suivant ce chiffre, les fuites dans le réseau de North Hatley font perdre plus de 13 000 $ annuellement à la municipalité ou encore 10 000 $ à Asbestos. Et le coût unitaire de 1,15 $ représente seulement une moyenne. Dans certaines municipalités, ce chiffre peut monter jusqu’à 10,50 $, selon des données recueillies par Québec.

5 milliards $ par an

Selon plusieurs directeurs généraux municipaux interrogés par La Tribune, la vétusté des réseaux de distribution est responsable de tout ce gaspillage. Les Villes ne disposent pas des sommes nécessaires pour remettre à niveau leur réseau. Avant même de faire une demande de subvention — qui peut être refusée —, des dizaines de milliers de dollars doivent être investis pour réaliser des plans d’intervention.

Le coût total des services d’eau de toutes les municipalités du Québec a été estimé par le gouvernement à 5 G$ par année pour assurer la pérennité des infrastructures d’eau. Or, les revenus annuels affectés au service de l’eau dans toutes ces municipalités ne représentent qu’environ la moitié du coût total de ces services. Et le Plan québécois des infrastructures (PQI) 2019-2029 prévoit allouer une enveloppe d’aide de 7,2 G$ aux municipalités.

Pourtant, dans un rapport du gouvernement, il est souligné que « la problématique du financement à long terme doit être abordée, sans quoi les déficits d’entretien s’aggraveront, rendant ainsi les municipalités de plus en plus vulnérables au fil des ans, au détriment des générations à venir. »

Interpellé à ce sujet, le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation a refusé toute demande d’entrevue.

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Des compteurs d’eau sur toutes les adresses ICI

Toutes les villes qui n’arrivent pas à atteindre l’un ou l’autre des objectifs établis par Québec en matière de gestion de l’eau potable doivent procéder à l’installation de compteurs d’eau à toutes les adresses industrielles, commerciales et institutionnelles de leur territoire.

Un certain nombre d’adresses résidentielles de chacune de ces villes devront également être équipées d’un compteur d’eau afin de réaliser une estimation de la consommation résidentielle. 

C’est une des mesures mises de l’avant par le gouvernement pour aider les municipalités à faire une meilleure gestion de leur eau potable. Selon le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, les compteurs d’eau permettent de savoir plus précisément où va l’eau, c’est-à-dire de départager le volume d’eau engendré par les consommations de celui occasionné par les pertes d’eau, pour pouvoir ensuite poser les actions appropriées.

Plusieurs Villes telles que North Hatley, Compton, Saint-Denis-de-Brompton ou Melbourne ont donc procédé à l’installation de compteurs d’eau dans les dernières années. D’autres municipalités comme Asbestos, Weedon, Magog ou Cookshire-Eaton ont entamé les procédures. 

Tous les frais reliés à cette mesure doivent être assumés par les municipalités. Et la facture peut grimper rapidement. Par exemple, à Asbestos, l’installation de 200 compteurs est estimée à 450 000 $. 

Si les directeurs généraux et élus interrogés par La Tribune sont tous d’avis que les compteurs d’eau permettront d’avoir une connaissance plus fine de leur réseau de distribution, ils sont nombreux à trouver la mesure très dispendieuse.

« Et c’est bien beau de savoir où sont les fuites, mais si je n’ai pas d’argent pour les réparer, ça ne sert pas à grand-chose... », a fait valoir un DG en entrevue. Chloé Cotnoir

Plusieurs municipalités de la région comme Asbestos, Weedon, Magog ou Cookshire-Eaton ont entamé les procédures pour installer des compteurs d’eau à leurs adresses commerciales, industrielles et institutionnelles, afin de se plier aux exigences du gouvernement.