Le sergent-major de commandement Dean Hudson et le sergent-major de la Force opérationnelle interarmées Ukraine, l’adjudant-chef Daniel Parenteau, discutent pendant une visite de courtoisie lors de l’Opération UNIFIER au Centre international de sécurité et de maintien de la paix, à Starychi, Ukraine.

Des militaires transformés en enseignants

Des soldats canadiens se trouvent depuis deux ans en Ukraine pour offrir du mentorat à des troupes qui ne possédaient pas toutes les ressources ni les formations nécessaires pour répondre à l’attaque de son pays voisin, beaucoup plus fort et puissant — la Russie. Deux Sherbrookois ont fait partie de la mission UNIFIER et racontent leur expérience sur le terrain.

La présence des Forces armées canadiennes (FAC) en Ukraine dans le cadre de la mission UNIFIER représente la réponse du gouvernement canadien à la demande de celui de l’Ukraine de venir le soutenir dans ses efforts du maintien de sa souveraineté, de sa sécurité et de sa stabilité. Là-bas, on ne sort pas les armes ni les véhicules blindés pour affronter les insurgés et les routes parsemées de grenades enfouies sous la terre comme ce fut le cas lors de la longue mission canadienne en Afghanistan. Non, non. En Ukraine, on enseigne.

« De prime abord, les Ukrainiens sont des gens assez froids. Au départ, quand nous sommes arrivés en Ukraine, ils se demandaient ce qu’on pourrait bien leur apporter étant donné qu’ils étaient déjà engagés dans un conflit depuis plusieurs mois et qu’ils avaient donc acquis une expérience au front. Pour leur montrer ce qu’on pouvait leur enseigner, il a fallu qu’on fasse quelques exercices. Par exemple, on a pris des soldats canadiens et ukrainiens et on leur a fait faire des exercices dans un champ de tir. Les résultats des Canadiens étaient supérieurs. C’est à force d’exemples comme ça que les militaires ukrainiens ont compris à quoi on pouvait leur servir », mentionne le capitaine Daniel Parenteau, qui occupe aujourd’hui le poste de capitaine-adjudant aux Fusiliers de Sherbrooke.

Gare aux impairs

Dans un contexte de collaboration internationale, il faut faire attention à toutes sortes d’impairs. Ainsi, dans le cadre de la Fête de la francophonie, plusieurs activités ont été organisées par les membres des FAC dont plusieurs étaient de Valcartier. Même les cuisiniers voulaient faire leur part.

« On voulait servir de la poutine. On était sur le point de faire nos affiches pour inviter les gens à venir goûter la poutine quand on s’est fait dire par un Ukrainien : “Euh! Poutine, c’est l’ennemi de l’autre côté de la frontière (NDLR : Vladimir Poutine, le président de la Russie). Vous ne pouvez pas écrire ça, c’est de la propagande.” Oups! On n’y avait pas pensé. Notre poutine est devenu le french canadian meal », se souvient en riant Daniel Parenteau, qui était là-bas le sergent-major de la Force opérationnelle interarmées en Ukraine.

Les Canadiens ont offert des formations sur de multiples sujets. Parmi les sujets les plus intéressants pour les Ukrainiens, il y avait les soins médicaux avancés.

« Des soldats mourraient sur le champ de batailles de blessures qui auraient pu être traitées. Les militaires qui avaient cette formation voyaient clairement le lien avec des blessures qu’ils avaient vues sur le champ de bataille. Ils appréciaient tellement notre formation sur les soins avancés que quand ils avaient une pause, peu importe la formation, on retrouvait les Ukrainiens en train de se pratiquer », image Daniel Parenteau.

Que retient de cette expérience le militaire qui possède une vaste expérience en opération? En effet, il avait déjà participé à des missions en Afghanistan –deux fois plutôt qu’une–, en Somalie, à Chrypre et aussi en Croatie où il avait été fait prisonnier durant sept jours. « Une mission de mentorat, c’est extrêmement valorisant parce qu’on fait vraiment une différence sur le travail des militaires sur le terrain », assure le capitaine Daniel Parenteau.

La Sherbrookoise Marie-Filip Roussel, qui est rentrée d’Ukraine à la mi-septembre, a aussi apprécié son expérience pour ce premier long déploiement de sa jeune carrière dans les FAC. « Travailler avec des gens de plusieurs pays a été une expérience vraiment enrichissante », explique celle qui a joint les FAC en 2012 et qui travaille à la base d’Edmonton depuis trois ans.

La caporale Marie-Filip Roussel, originaire de Sherbrooke, a travaillé à la clinique médicale du Centre international de sécurité et de maintien de la paix à Starychi.

Manger, dormir et se soigner

Jusqu’à 200 militaires canadiens se trouvent en même temps en Ukraine depuis le début de la mission Unifier en 2015. En plus de travailler sur place, les militaires canadiens doivent aussi subvenir à leurs besoins de base : manger, dormir, soigner leur rhume, leurs allergies ou leur foulure.

Manger. Voilà un besoin de base, un des plaisirs de la vie également. Lorsqu’une nation se trouve en temps de paix et qu’elle doit faire face à des difficultés économiques, elle fait parfois certains choix qui auront des répercussions plus
tard – des répercussions inattendues parfois.

« Avant le début du conflit, l’armée de l’Ukraine avait décidé de confier ses cuisines à des sous-traitants. Or quand on s’en va en zone de conflit, les sous-traitants ne veulent pas nécessairement suivre! Les cuisiniers de l’armée ukrainienne avaient donc peu d’expérience pour nourrir des grands groupes, et pourtant, c’est important de nourrir les troupes. Les rations peuvent faire un temps, mais pas tout le temps! » souligne le capitaine Daniel Parenteau.

« Les cuisiniers servaient donc du porc. Tout le temps du porc. Et s’il y avait des tomates, ils posaient une tomate telle quelle dans l’assiette. Même chose pour une orange. Il y avait beaucoup de pertes. Est-ce qu’on a vraiment besoin de manger une tomate ou une orange au complet? Quand les cuisiniers de l’armée canadienne sont arrivés, ils ont pu leur enseigner que couper les fruits et les légumes donnait de meilleurs résultats. Par exemple, les tomates, on peut les servir dans une salade. C’est meilleur, il y a moins de gaspillage. Les oranges, on peut les servir en quartiers, ça donne davantage envie de la manger », illustre en exemple le capitaine Parenteau.

Et aussi bien sûr, il faut aussi soigner les militaires. Quand plusieurs centaines de personnes vivent dans un camp, les rhumes courent nécessairement. Dans un contexte où l’entraînement physique est important, les blessures aussi.

Et c’est là que le rôle de la Sherbrookoise Marie-Filip Roussel prend toute son importance. Comme technicienne médicale dans la force régulière à la 1re Ambulance de campagne d’Edmonton, elle a servi pendant plusieurs mois en Ukraine où elle travaillait à la clinique de la base.

« Tous les matins, je voyais des patients qui ne se sentaient pas bien. Après, quand les Canadiens étaient au champ de tir, on allait les soutenir avec une de nos ambulances », explique-t-elle.

Pendant ses dix mois de mission, elle n’a pas été confrontée à de graves blessures. « Il y avait beaucoup de rhumes, d’allergies », explique-t-elle.

Et enfin, il faut bien dormir si on veut pouvoir récupérer.

« Au début, nous étions dans un vieux bâtiment de l’ère soviétique. Du côté des filles, nous étions 10 par chambre sur des lits à deux étages... Au début, ç’a été très difficile de s’adapter. Mais on s’y habitue. Dans nos exercices, on est souvent plusieurs à dormir sous la même tente, alors j’avais déjà de l’expérience. Mais au milieu du tour, nous avons déménagé et ça s’est beaucoup amélioré », souligne la caporale Roussel.