Claude Denis

Des mesures budgétaires bien accueillies

Le budget fédéral déposé, mardi, par le ministre des Finances Bill Morneau est avantageux surtout pour les individus, ce qui n’est pas surprenant compte tenu des élections qui se tiendront cet automne. Plusieurs mesures intéressantes et créatives ont été présentées. Quelques-unes seront moins bénéfiques pour le Québec que pour le reste du Canada. Et bien que le déficit s’accroisse, inutile de s’alarmer.

C’est ce que pensent, en résumé, les représentants socioéconomiques interviewés, mardi, par à La Tribune.

« Avec ce budget, le gouvernement va davantage jouer dans les plates-bandes néo-démocrates que celles des conservateurs. Notamment parce qu’il n’y a pas énormément d’effort pour réduire le déficit. Le gouvernement poursuit sa stratégie des trois dernières années, c’est-à-dire investir dans différents programmes. Une stratégie qui a donné de bons résultats en terme d’activités économiques et d’emplois », explique Luc Savard, professeur à l’école de gestion de l’Université de Sherbrooke.

Dans un contexte où les taux d’intérêt sont extrêmement bas et le ratio dette sur PIB continue de décroître, la stratégie est bonne, croit la majorité des intervenants.

« Aller vers le déficit zéro, dans ce contexte, ne ferait pas gagner grand-chose à l’économie canadienne. Et si on compare le Canada aux autres pays de l’OCDE, on demeure en bonne position. À peu près tous les pays européens ont de la difficulté à respecter le critère de 3 pour cent en ce qui a trait au ratio déficit sur PIB. Les États-Unis ont un ratio autour de 4 pour cent. Et le Canada est en dessous de 1 pour cent. Alors oui, le Canada aurait pu faire davantage pour réduire le déficit, mais ça ne causera pas nécessairement de problèmes dans les prochaines années », ajoute M. Savard.

En vue des prochaines élections, le gouvernement Trudeau s’attaque à certains problèmes. L’accessibilité à la propriété figure parmi les préoccupations des Canadiens et c’est pourquoi le budget prévoit que les particuliers pourront retirer jusqu’à 35 000 $ de leur REER, par rapport à 25 000 $ actuellement, dans le cadre du Régime d’accession à la propriété (RAP). Aussi, la Société canadienne d’hypothèques et de logement contribuera à réduire les paiements hypothécaires des Canadiens admissibles.

Luc Savard

« Bon pour les jeunes familles »

« On a besoin de ces mesures. Ce sera bon pour les jeunes familles de Sherbrooke », se réjouit le maire Steve Lussier.

« Ce sera aussi bon pour l’industrie de la construction. Même si augmenter le RAP à 35 000 $, c’est spécial, puisque les jeunes n’ont pas 35 000 $ dans leur REER, la deuxième mesure est intéressante et créative », mentionne le président de la Chambre de commerce de Sherbrooke, Claude Denis.

« Cette mesure profitera davantage aux milléniaux qui n’arrivent pas à acheter une première maison dans de grandes villes comme Vancouver et Toronto, car à Sherbrooke, on retrouve des maisons abordables pour la classe moyenne », nuance M. Savard, qui ajoute que la mise sur pied d’un régime national d’assurance-médicaments est un autre exemple de mesure qui réjouira davantage les citoyens du reste du Canada puisque le Québec a déjà son régime.

Les intervenants saluent également l’annonce du programme de formation des employés, dont le coût est de 1,7 milliard sur cinq ans, et qui comprend notamment un crédit d’impôt permettant aux Canadiens d’accumuler 250 $ par année, jusqu’à un maximum de 5000 $, pour se former.

« La formation des travailleurs est absolument fondamentale pour l’avenir puisqu’on sait que les métiers et professions seront en mouvement au cours des prochaines années et que les expertises nécessaires évolueront », souligne M. Denis.

« Cette mesure a été adoptée en France en 2015 et ça fonctionne bien. Environ 6000 demandes de formation par semaine sont déposées. Au prorata, on peut imaginer qu’environ 3000 demandes seraient faites hebdomadairement au Canada », explique M. Savard, soulignant l’importance de l’adéquation entre les compétences et l’emploi surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre.

Steve Lussier

« 2030, c’est loin »

La subvention de 5000 $ à l’achat d’un véhicule « vert » est aussi bien vue. Tout comme l’investissement de 2,2 milliards dans les infrastructures. « Ces investissements sont pour les villes avec un déficit en infrastructure, c’est notre cas. En plus, ces sommes pourront servir pour les routes et les ponts. Nous avons un pont à construire ici », souligne le maire Lussier.

Le gouvernement Trudeau espère que 100 pour cent des Canadiens auront accès à internet haute vitesse d’ici 2030. « Me semble que c’est possible de faire plus rapidement. 2030, c’est loin. Et le problème d’accessibilité à internet haute vitesse cause des problèmes aux gens et aux entreprises de la région », déplore M. Denis, qui aurait aussi aimé que le budget encourage les investissements dans les technologies et équipements qui haussent la productivité des entreprises.

Sinon, M. Savard estime qu’il est trop tôt pour savoir l’impact, dans la vie de tous les jours des producteurs agricoles concernés, l’aide annoncée de 3,65 milliards.

Pour leur part, les producteurs de lait accueillent favorablement l’annonce du gouvernement fédéral. « Nous accueillons favorablement l’annonce du gouvernement fédéral qui va dans le sens de son engagement à indemniser le secteur laitier pour les impacts négatifs des deux accords », a déclaré Bruno Letendre, président des Producteurs de lait du Québec. « Par ailleurs, nous comprenons très bien que l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) n’a pas encore été ratifié, mais nous nous attendons à ce que le gouvernement soit aussi au rendez-vous lorsque cela sera fait », a-t-il ajouté.

Rappelons que depuis l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Union européenne, conclu en octobre 2013, les producteurs laitiers estiment avoir servi de monnaie d’échange dans deux autres accords commerciaux, soit le Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) en janvier 2018 et l’ACEUM en octobre dernier.