Les fonds marins de Cuba révèlent des trésors insoupçonnés qui pourraient nous en dire long sur les changements climatiques, comme ces os de paresseux datant de 5000 ans.

Des fonds marins pourraient en dire long sur les changements climatiques

Les fonds marins de Cuba révèlent des trésors insoupçonnés. Ceux-ci pourraient nous en apprendre davantage sur l'extinction des mammifères il y a 5000 ans dans les CaraÏbes, mais aussi sur les changements climatiques passés... et à venir,  selon des travaux du chercheur Matthew Peros de l'Université Bishop's. L'institution sera d'ailleurs l'hôte d'une exposition de matériel paléontologique provenant de Cuba et de photographies sous-marines, qui sera aussi présentée à La Havane.
Dans les continents américains, une importante extinction est survenue il y a 10 000 ou 12 000 ans. « Dans les Caraïbes, la situation était un peu différente. L'extinction est survenue il y a 5000 ans. On ne sait pas pourquoi ça s'est produit il y a 5000 ans », explique M. Peros, professeur à l'Université Bishop's et titulaire de la Chaire de recherche du Canada (CRC) en changements climatiques et environnementaux, qui a été renouvelée tout récemment.
Cuba est la plus grosse île des Caraïbes, et il s'agit d'un site intéressant pour dénicher des échantillons. « C'est une grande richesse », souligne-t-il.
Parmi ceux qui se retrouvent dans son laboratoire, les os d'un paresseux datant de 5000 ans. Là-bas, l'extinction a touché beaucoup de gros mammifères. « Maintenant, dans les Caraïbes en général, il y a juste les petits animaux qui restent. »
Deux hypothèses principales pourraient expliquer cette extinction : les changements climatiques et l'impact des humains.
« Pour la situation aujourd'hui aussi, il y a des leçons. Ça nous aide à mieux comprendre comment les animaux sur les petites îles vont réagir aux changements climatiques aujourd'hui et aux impacts humains. Ce n'est pas seulement intéressant pour le passé, mais pour l'avenir, avec le niveau des mers qui augmente. »
« C'est à nous de décider quelle hypothèse est la plus réaliste », commente le professeur en soulignant qu'il pourrait s'agir d'une combinaison des deux.
M. Peros travaille en collaboration avec son collègue cubain, Joao Gabriel Martinez Lopez, du Musée national d'histoire naturelle.
« On a eu l'idée de faire une exposition de photographies et des choses qu'on a trouvées. » Les photos de la photographe Jill Heinerth (dont les images se sont retrouvées dans National Geographic) montrent notamment les beautés des grottes sous-marines, mais aussi des ossements d'animaux fossilisés qui ont été dénichés par les plongeurs. Cette dernière doit faire une présentation publique.
Les chercheurs planchent du même coup sur l'organisation d'un colloque sur le sujet, de même qu'un projet documentaire pour la télévision.
Matthew Peros estime que l'exposition pourrait être présentée à Bishop's en mars 2018.
« J'ai commencé à travailler à Cuba en 1999. C'était un endroit où, à cause de la situation avec les Américains, il n'y avait pas beaucoup de chercheurs qui étaient là. C'était une ouverture pour moi », raconte M. Peros lorsqu'on lui demande comment sont nées ces collaborations avec les collègues cubains.
Le projet d'exposition de l'Université Bishop's a reçu une aide financière de 6000 $ du gouvernement du Québec, octroyée dans le cadre de la réalisation de projets de coopération Québec-Cuba.
Une recrudescence des ouragans en Nouvelle-Écosse ?
Si la température des océans continue de grimper, la Nouvelle-Écosse pourrait connaître une recrudescence de la période d'hyperactivité des ouragans, comme la province l'a vécu il y a des centaines d'années.
C'est ce que montre une recherche de l'Université Bishop's et de l'Université d'Ottawa, en collaboration avec l'Université McMaster en Ontario.
L'équipe de chercheurs a pu tracer un portrait de l'activité des ouragans en Nouvelle-Écosse il y a des centaines d'années.
« On prend des carottes de sédiments. Chaque fois qu'un ouragan survient, il y a beaucoup de vagues. Elles transportent beaucoup de sédiments dans les lacs. » Ce sont les couches qui se retrouvent dans les carottes de sédiments qui permettent de détecter les ouragans de l'époque, vulgarise le chercheur.
« Les couches de sédiments sont très communes dans cette période-là, pour nous ça représente une période très active des ouragans. »
Des collègues américains ont obtenu des résultats similaires en Nouvelle-Angleterre.
« On pense que c'est arrivé parce que les températures des océans étaient plus élevées dans ces périodes-là. Si ça continue maintenant avec les changements climatiques, il y a des possibilités qu'on puisse revivre une autre période comme ça dans les prochaines décennies (en Nouvelle-Écosse). »
« On a trouvé une période des ouragans hyperactifs entre les années 1500 et 1700. Ils étaient plus actifs que présentement (en Nouvelle-Écosse). C'est similaire à d'autres résultats trouvés en Nouvelle-Angleterre. C'est intéressant, car ça pourrait être analogue à ce qui va se passer dans l'avenir, en Nouvelle-Écosse et en Nouvelle-Angleterre. »
François Oliva, qui était étudiant à Bishop's et qui termine son doctorat, planche sur ce projet de recherche; il est maintenant étudiant à l'Université d'Ottawa. M. Peros est son cosuperviseur aux côtés d'André Viau.
Les chercheurs ont soumis un article à une revue scientifique, mais celui-ci n'a pas encore été approuvé.