Marie-ève Ross
Marie-ève Ross

Des films et des foules

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
Marie-Ève Ross connaît le Ciné-Parc Orford comme le fond de sa poche, elle qui y a passé tous ses étés pendant 13 ans.

« J’ai d’abord travaillé au Cinéma 9 (maintenant le Cinéma Galaxy), qui était alors aussi la propriété d’André Monette. Il habitait Montréal et cherchait quelqu’un pour assurer la gérance du Ciné-parc. J’ai relevé le défi. »

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Cette première saison a été couronnée de succès pour la jeune femme. André Monette lui a donc rapidement proposé une association d’affaires. 

« J’avais 19 ans, il n’y avait pas d’entrepreneurs dans mon noyau familial et je n’avais pas un sou à investir, mais M. Monette croyait en moi. Ç’a été un ange sur mon parcours. Il m’a parrainée, je me suis retrouvée propriétaire de 50 % de l’entreprise pendant plus d’une décennie et c’est moi qui étais en charge pendant la saison. Je reste profondément attachée à l’endroit. J’y ai passé toute ma vingtaine », dit celle qui est maintenant enseignante à l’école de La Montée. 

À force d’activités de promotion, de soirées thématiques et d’initiatives originales, l’endroit a vu sa cote de popularité augmenter en flèche pendant ces années-là. 

« J’ai connu les heures de gloire du ciné-parc. C’était une belle époque, mais lorsque j’ai eu mon premier enfant, ce n’était plus compatible avec mon rythme de vie », raconte celle qui a d’ailleurs rencontré son amoureux sur le vaste terrain de cinéma en plein air. 

« Je l’ai embauché, un été. Il a travaillé plusieurs années avec nous. Au fil des saisons, notre relation d’amitié a évolué vers un sentiment amoureux. On a aujourd’hui deux enfants et ça fait 18 ans qu’on est ensemble. »

Souvenirs, souvenirs

À l’ombre des deux écrans géants, les étés filaient à vitesse grand V. 

« Lors des grosses soirées, il y avait vraiment beaucoup de monde sur le site. On vivait un rush d’adrénaline assez particulier. L’esprit d’équipe était formidable. » Les péripéties aussi. 

Au fil de la conversation, les souvenirs émergent, nombreux. 

« Il y avait toutes sortes de véhicules, mais le plus gros qui a roulé sur le terrain, c’est un autobus. Avec un prix plancher de 20 $ par auto, disons que ça n’a pas coûté cher aux occupants! Ils ont regardé le film dehors, dans leur chaise pliante, avec une radio. »

Des gens cachés dans le coffre de la voiture, Marie-Ève Ross en a vu beaucoup. 

« Certains sortaient en catimini, une fois l’auto garée, mais d’autres ne se gênaient pas pour débarquer au grand jour. Des fois, il y avait cinq, six personnes entassées dans le coffre! »

Autre cliché qui n’a rien d’une légende urbaine : les amoureux transis qui profitent de la noirceur pour oser des rapprochements sur la banquette. 

Phares qui clignotent, pied enfoncé sur le frein et coups de klaxon impromptus donnaient quelques indices aux employés quant à ce qui se passait dans la voiture. S’ils devaient parfois aller cogner dans la fenêtre d’un véhicule où il y avait un peu trop d’action, les gardiens avaient aussi à intervenir… lorsqu’il n’y en avait pas assez! 

« Comme le deuxième film se termine tard, il n’était pas rare qu’on doive aller réveiller des clients endormis dans leur voiture », se rappelle Marie-Ève Ross. 

Succès d’été

Bon an, mal an, certaines bobines créaient la sensation. 

Toutes catégories confondues, c’est Jurassic Parc qui détient le record des foules monstres. « Quand il faut que tu fermes les guérites parce que la place est pleine, ça veut dire qu’il y a vraiment beaucoup de voitures sur le site! »

Les films de la série Rapides et dangereux avaient aussi la réputation de provoquer un engouement démesuré, jusqu’à créer des embouteillages sur l’autoroute. 

« Une journée, à midi pile, il y avait déjà des voitures installées sur le chemin pour ce film-là, même si on ouvrait seulement à 19 h. Les gens étaient prêts à attendre des heures pour être aux premières loges! »

Apparemment, le long métrage exacerbait aussi le caractère bouillant de certains… 

Un soir, parce qu’il était fâché d’avoir quelques branches dans sa mire, un client n’a fait ni une ni deux et a sorti une scie à chaîne de son camion pour s’attaquer aux arbres qui gênaient son champ de vision. 

L’histoire a fini avec la police... et un passage en cour. 

« Mais cette anecdote, c’est une exception. La plupart du temps, on avait affaire à une clientèle en or. »

Des gens qui mettaient le paquet pour profiter de la sortie et qui arrivaient avec, littéralement, un salon aménagé dans la boîte de leur pick-up. Avec sofa, pouf, couvertures, alouette! 

« J’ai même vu des aménagements de lit complet, avec sommier, couette, oreillers, tout le kit », image Mme Ross. 

Mais le secret le mieux gardé des lieux, peut-être, c’est que le spectacle ne se passe pas toujours à l’écran. 

« C’est là que j’ai vu les plus beaux couchers de soleil. Il descend sur l’écran un, ça donne un ciel rose, mauve, orange ou rouge, ça dépend des soirs. Si les réseaux sociaux avaient existé à l’époque, c’est certain que le Ciné-Parc aurait eu un compte Instagram tapissé de belles photos. »  karine tremblay


Saviez-vous que...

Au départ, le Ciné-Parc Orford s’appelait Ciné-Parc Rock Forest; il a changé de nom au début des années 1990. 

Un article publié en juillet 1970 par le journal The Record et déniché sur le web révèle que les tout premiers films projetés sous les étoiles étaient Oscar (avec Louis de Funès) et Casse-tête chinois pour le judoka. karine tremblay


Un cliché du Ciné-Parc Orford capté en 2014 par La Tribune