Des familles dénoncent les conditions de vie des aînés des CHSLD

Des patients et leurs familles ont dénoncé les conditions de vie des aînés dans les CHSLD de Sherbrooke, lundi après-midi, dans le cadre d’une manifestation qui s’est tenue au CHSLD Saint-Joseph. Des patients restent dans leur lit plusieurs jours de suite; on force les aînés à manger plus vite, faute de bras pour tous les alimenter; certains ont connu de la déshydratation en pleine canicule cet été, faute de temps pour aider ceux qui n’arrivent pas à boire seuls.

« Je viens pour les déjeuners avec ma mère. Ça prend 15-20 minutes à la faire manger; ça lui prend aussi du temps pour boire de l’eau. Imaginez! Parfois, il n’y a deux que deux préposés aux bénéficiaires (PAB) pour une vingtaine de patients qui ont besoin d’aide pour s’alimenter », déplore Georges Rondeau, dont la mère réside au pavillon Saint-Joseph depuis sept ans.

Karine Morin vient régulièrement voir sa mamie. Elle lui coupe les ongles; elle lui fait de la lecture. Quand elle se promène sur les étages du CHSLD, elle remarque que ça peut prendre du temps, beaucoup de temps, avant que du personnel puisse venir en aide aux gens qui demandent de l’assistance.

« Je suis contente de pouvoir être là pour ma mamie. Le personnel n’a plus le temps qu’il faut pour donner des soins dans la dignité, une dignité à laquelle nos aînés ont bien le droit », soutient Mme Morin.

La mère d’Hélène Quirion habite au CHSLD Saint-Joseph depuis un an. Elle est si inquiète pour sa maman que certaines nuits, elle n’arrive tout simplement pas à trouver le sommeil, craignant que le pire n’arrive.

« Ma mère se lève encore la nuit. Mais parfois, elle peut avoir des étourdissements. S’il fallait qu’elle tombe, ça pourrait prendre combien de temps avant que quelqu’un la voie et puisse lui venir en aide? Et pour les repas, je sais bien combien c’est long la faire manger. Alors je me pose des questions : quand je ne suis pas là, est-ce qu’on prend vraiment le temps de la faire manger jusqu’à ce qu’elle n’ait plus faim? » se demande Mme Quirion.

Andrée Lafrenière est PAB depuis une dizaine d’années. Elle est venue lundi à la manifestation, pendant son jour de congé, en soutien aux proches des patients qui s’étaient regroupés afin d’exiger des meilleurs soins. « Maintenant, c’est tous les jours qu’il manque de personnel. Tous les jours. On devrait prendre notre temps avec nos patients, leur parler, mais on doit tout le temps courir. Parfois, nous ne sommes que deux PAB pour un plancher de 40 personnes. On ne devrait pas faire de levers ou de tourners seuls (NDLR: lever les patients du lit au fauteuil ou bien les tourner dans leur lit). Mais que voulez-vous qu’on fasse quand on est si peu? On le fait seuls. Il y a des PAB qui se blessent, c’est certain, mais quand tu sais que ton patient n’a pas été levé depuis une semaine, c’est notre humanité qui nous pousse à le faire », soutient Andrée Lafrenière.

« Pour l’alimentation, chaque personne a son rythme. Mais il faut qu’on le fasse en vitesse. Parfois les infirmières viennent nous aider, car on n’y arrive tout simplement pas », se désole une autre PAB qui reste passionnée par son métier, Hakima Naffaf.

Georges Rondeau

La chaleur accablante qui a duré presque tout l’été a été extrêmement difficile, tant pour le personnel que pour les résidents qui ne pouvaient avoir que quelques ventilateurs pour les rafraîchir.

« Ma mère marchait au début de l’été. On faisait tous les étages ensemble! Lors de la première canicule, elle a eu un coup de chaleur qui l’a complètement décompensé. Depuis, elle n’est jamais revenue comme elle était et n’a plus jamais marché », déplore Georges Rondeau.

UNE « FORMATION MAISON » POUR LES PAB?

Georges Rondeau a d’ailleurs rencontré la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS tout récemment afin de proposer une solution à la pénurie de PAB. Il propose que la formation ne soit plus obligatoire pour un certain temps, et que les candidats à la profession bénéficient simplement « d’une formation maison » et d’un encadrement en emploi.

La formation de PAB dure actuellement 750 heures sur environ sept mois dans un centre de formation profesionnelle.

« Il manque en ce moment 102 PAB au CIUSSS et il y en a 25 dans les maisons d’enseignement. Une dizaine vont quitter pendant la formation. Et quand les 15 vont entrer sur le marché du travail, combien auront démissionné, pris leur retraite ou seront partis en congés maladie? Si on continue au rythme actuel, il va toujours manquer 102 PAB ou plus! » soutient Georges Rondeau.

Cette solution est appuyée par le SCFP-FTQ, le syndicat qui représente les PAB du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

La direction du CIUSSS lui aurait toutefois opposé un non catégorique.