Eve Langelier, professeure à l’Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie au Québec.

Des étudiantes incitées à ne pas tomber enceintes

Ne pas être enceinte durant ses études supérieures : c’est le genre de demandes auxquelles font face les étudiantes, même en 2017. C’est ce que soutient la professeure Eve Langelier, de l’Université de Sherbrooke, dans une lettre adressée à ses étudiants et étudiantes et qui a été diffusée sur les médias sociaux.

« J’ai récemment appris qu’encore aujourd’hui, on demande à certaines et à certains d’entre vous de vous priver du bonheur de la parentalité. Plus spécifiquement, dans une entente écrite, on demande à des étudiantes de ne pas tomber enceintes durant leurs études de 2e et 3e cycles, et à des étudiants de ne pas profiter de leur congé de paternité. »

Or, une telle façon de faire « est discriminatoire et illégale en vertu de la Charte des droits et libertés de la personne », note celle qui est titulaire de la Chaire pour les femmes en sciences et en génie au Québec.

« Il est vrai que la recherche universitaire n’est pas toujours facile et que des professeures et professeurs peuvent vivre une grande pression, notamment pour la recherche de financement et la publication de résultats. Ce n’est pas une excuse. Ce n’est pas un argument valable pour agir de façon discriminatoire... » écrit Mme Langelier dans sa lettre. Elle rappelle que mener des études aux cycles supérieurs peut être long...

« Ensuite, nouvellement en poste au sein d’un corps professoral vers l’âge de 30 ans, on cherche à faire ses preuves pour avoir la permanence environ cinq ans plus tard. Ça nous mène à 35 ans... Et à ce moment, on pourra encore trouver des excuses pour retarder la parentalité. » Mme Langelier n’était pas disponible pour une entrevue, jeudi.


« L’Université désavoue toute manifestation de discrimination. »
Jean-Pierre Perreault

Dans une entrevue accordée à La Presse en 2015, Mme Langelier racontait justement qu’elle s’était déjà fait dire par un patron que ça ne serait pas un bon moment pour être enceinte. Finalement, les choses se sont bien passées pour elle.

« Je réalise que j’ai été privilégiée. Encore plus quand on me raconte que des étudiantes craignent de perdre leur projet si elles tombent enceintes, et que des professeures craignent la venue d’un enfant nuise à leur demande de permanence. »
L’Université de Sherbrooke n’a pas voulu accorder d’entrevue sur le sujet, mais le vice-recteur à la recherche et aux études supérieures de l’UdeS, Jean-Pierre Perreault, a indiqué par courriel que l’UdeS « n’encourage aucunement de telles pratiques », qui sont « contraires à la Charte des droits et libertés de la personne du Québec (...) »

« L’Université désavoue toute manifestation de discrimination ou d’inégalité à l’égard de ses membres dans le cadre d’une activité universitaire ou à l’égard de toute personne qui utilise ses services. Elle s’engage à prendre les moyens raisonnables pour prévenir la discrimination et l’inégalité, les faire cesser et les sanctionner », fait-il également valoir dans le courriel.