Le cycle de la violence se poursuit dans les résidences en assistances continue du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Des employés épuisés dans des milieux violents

Les employés des résidences en assistance continue (RAC) du CIUSSS de l’Estrie-CHUS travaillent dans des milieux complexes et violents. « Se faire pincer, se faire étouffer, se faire tirer les cheveux, se faire pousser, être menacé de mort ou de voies de fait, ça fait partie de leur quotidien », dit Laure Letarte-Lavoie, vice-présidente de l’APTS-Estrie. À cela s’est ajoutée récemment une nouvelle mesure qui vient compliquer les choses pour des employés déjà fatigués : le temps supplémentaire obligatoire (TSO) est devenu monnaie courante.

« Le travail dans une RAC est difficile. Les employés doivent constamment être aux aguets. Il y a des gestes de violence contre eux tous les jours. Physiquement et mentalement, c’est un travail difficile. Et quand on rajoute à ça qu’ils se font imposer à 15 h 45 pour rester un quatre heures de plus, ça n’a juste pas de sens », soutient Mme Letarte-Lavoie.

Les RAC sont considérés comme les « soins intensifs » pour les gens souffrant de déficience intellectuelle (DI), de troubles du spectre de l’autisme (TSA), ou les deux, et qui ont des problèmes sévères de comportement. Les RAC sont nées à la suite de la désinstitutionnalisation des malades dans les années 1970 alors que le gouvernement a choisi de sortir les gens souffrant de troubles mentaux des hôpitaux pour les amener vivre dans des milieux plus « normalisant », comme des familles d’accueil. Quand les gens se désorganisent en familles d’accueil, le RAC devient alors une solution pour une période de temps de transition. Le RAC n’est pas considéré comme un milieu de vie, comme l’hôpital n’en est pas un non plus.

Même si le travail dans les RAC est difficile, « il y a des employés de cœur qui travaillent dans les RAC, des gens passionnés, des gens qui aiment profondément leur clientèle et qui ne voudraient pas aller ailleurs », nomme la vice-présidente de l’APTS.

« Mais ces gens très qualifiés, il faut les garder au travail. Et là, l’employeur est en train de les épuiser », ajoute-t-elle.

Les RAC sont des maisons adaptées et sécurisées à différents niveaux pour recevoir des résidents de façon sécurisée. Sur le territoire du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, il y en a six qui peuvent recevoir de quatre à six clients chacune, soit quatre à Sherbrooke et deux à Dixville dans la MRC de Coaticook.

Or selon les employés, plusieurs de ces six résidences ne sont pas adaptées correctement à la dangerosité de la clientèle.

« Il y a une des RAC qui est d’une dangerosité extrême », clame Steve Brochu, premier vice-président du SCPF.

Une porte a été carrément arrachée par un résident qui a réussi à se faire une arme avec une barre pleine de clous.

Front commun

Dans ce dossier, l’APTS fait front commun avec l’un des trois autres syndicats qui représentent les 18 000 employés du CIUSSS, soit le SCPF, le syndicat qui représente les agents d’intervention, les auxiliaires de santé et de services sociaux ainsi que les gens de l’entretien ménager qui travaillent dans les RAC.

Et pour appuyer ses dires, l’APTS a publié sur Facebook plusieurs photos des résidences prises dans le cadre d’une tournée syndicale dans les différentes RAC.

« Dans cette tournée, nous avons vu une porte qui a été carrément arrachée. Le résident avait réussi à se faire une arme avec une barre pleine de clous! Sur une autre photo, on voit des portes d’armoires qui ont été aussi arrachées », montre-t-elle.

Comme outil de travail, les éducateurs spécialisés disposent de gros ballons qu’ils doivent pousser devant eux dans les couloirs afin de laisser une distance sécuritaire entre eux et les résidents qui ne peuvent pas les atteindre à cause de la taille du ballon.

« Mais dans une des RAC, le corridor est tellement petit qu’il a fallu dégonfler en partie le ballon. Ça ne sert plus à rien comme outil si le ballon est assez petit pour que les résidents puissent quand même atteindre les employés », donne en exemple Mme Letarte-Lavoie.

Les accidents de travail sont nombreux dans les RAC.

Des trous dans les murs ont été réparés avec des planches vissées au mur.

« Ils le seraient moins si l’employeur posait certains gestes pour mieux aménager ses RAC. Certaines des RAC devraient tout simplement être déménagées ailleurs », clame Laure Letarte-Lavoie.

Les deux syndicats demandent à l’employeur de trouver sans attendre des solutions pour que cessent les heures supplémentaires obligatoires afin de préserver la santé des employés des RAC. Ils veulent aussi que plusieurs actions soient posées rapidement à l’intérieur des RAC pour sécuriser au maximum les employés qui y travaillent et les résidents qui y sont hébergés.

« Une chaise ou une table qui n’est pas vissée au plancher peut devenir un projectile ou une arme. Il y a des petits gestes à faire pour sécuriser un peu plus certaines des RAC, et on ne sait pas ce que l’employeur attend pour les poser », dit Laure Letarte-Lavoie.