« Ce sont des employés consciencieux qui se disent : ça ne se peut pas que je marche et que ça soit facturé », estime le porte-parole régional de l’APTS, Emmanuel Breton (à gauche). « Je suis conscient des problématiques de stationnement, mais de dire qu’il y a des pertes de 2,5 M$, je crois que c’est exagéré », réplique Jean Ferland, directeur des services techniques au CIUSSS de l’Estrie–CHUS (à droite).

Des employés du CIUSSS payés à marcher

Des employés du CIUSSS de l’Estrie–CHUS qui dispensent des soins à domicile passent des heures à marcher de leur voiture à leur bureau chaque semaine, ce qui entraîne des coûts importants pour le système de santé.

C’est du moins ce qui ressort d’un sondage mené par l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) de l’Estrie.

La problématique survient chez les employés qui se déplacent chez des patients pour leur donner des soins, tout particulièrement des ergothérapeutes, des physiothérapeutes ou encore des travailleurs sociaux. Ceux-ci peuvent faire plusieurs sorties par jour, et lorsqu’ils reviennent au bureau, ils ont de la difficulté à trouver un stationnement à proximité de celui-ci. Au fil du temps, les minutes de marche s’accumulent.

« Ce sont des employés consciencieux qui se disent : ça ne se peut pas que je marche et que ça soit facturé », rapporte le porte-parole régional de l’APTS, Emmanuel Breton. « Pour nous [le syndicat] ça ne change pas grand-chose parce que le personnel est payé, mais en même temps on sait qu’il y a des listes d’attente partout en réadaptation », poursuit-il.

Selon les résultats du sondage, qui a été rempli par 1200 répondants, 67 employés estriens perdraient en moyenne une heure par jour dans les stationnements et les rues à l’aller et au retour des rendez-vous.

La SAAQ et la CNESST épongent 

Lorsqu’un de ces professionnels donne un service à domicile à un client dont les frais de traitement sont assumés par la SAAQ ou la CNESST, une facture de 144,50 $ par heure est acheminée à ces organismes par le CIUSSS. Le reste du temps, le taux horaire du personnel concerné est de 40 $ de l’heure en moyenne.

« Peu importe qui ramasse le bill, c’est la société québécoise qui paye pour des gens qui se font de beaux mollets, mais qui ne donnent pas de services pendant ce temps-là », résume M. Breton.

Des dépenses de 2,5 M$?

À partir des données collectées dans le sondage, l’APTS estime que jusqu’à 50 000 $ pourraient être facturés chaque semaine à la SAAQ et la CNESST par le CIUSSS de l’Estrie, ce qui équivaudrait à 2,5 M$ par année.

Jean Ferland, directeur des services techniques au CIUSSS de l’Estrie–CHUS, estime que ces résultats sont questionnables.

« C’est difficile pour moi de commenter précisément ces données-là puisque je n’ai pas vu le sondage et que je ne connais pas la méthodologie employée », affirme-t-il d’emblée. « Par contre, le syndicat laisse croire que 67 professionnels cliniciens sont en soutien à domicile tous les jours et perdent tous une heure par jour à chercher du stationnement. [...] Ils sont une soixantaine à être affectés au soutien à domicile, mais ils ne sortent pas tous en même temps, sinon on aurait potentiellement assez d’espace de libre dans les stationnements des employés parce que des gens seraient toujours partis. »

Il rappelle également que des places de stationnement valides pour 120 minutes à l’usage exclusif des personnes en soutien à domicile ont été installées près de l’entrée des édifices. Du côté du syndicat, on estime que ces places sont pratiques, mais surtout pour venir chercher du matériel avant une visite; si les rendez-vous sont espacés de plus de deux heures, les stationnements de 120 minutes ne peuvent pas être utilisés par le personnel.

D’autres solutions ont été tentées, souligne toutefois M. Ferland. « Du côté du 300 rue King [NDLR : le Centre de réadaptation de l’Estrie], on avait loué un stationnement à l’ancienne caisse populaire au bas de la côte. Notre entente avec eux vient de se terminer : le stationnement était toujours vide. Il y avait environ 25 places, et toujours juste quelques voitures de stationnées. Les gens disent que c’est loin, mais si on regarde la distance de parcours et qu’on la compare avec celle du stationnement à Fleurimont, ce n’est pas plus loin », donne-t-il en exemple. « Je suis conscient des problématiques de stationnement, mais de dire qu’il y a des pertes de 2,5 M$, je crois que c’est exagéré », dit-il.

Il souligne également que de laisser les employés se stationner dans les espaces pour visiteurs n’est pas une option, puisque les patients ont besoin de pouvoir se stationner près des établissements.

M. Ferland assure toutefois qu’un plan global de solutions pour le stationnement sera présenté à l’automne prochain par le CIUSSS.