Véronique Vigneault a abordé le thème de la défaite électorale lors d’une conférence des Creative mornings de Sherbrooke.

Des défaites électorales profitables

« Je n’ai pas gagné dans le vote, mais maintenant les gens ont l’image que je veux qu’ils aient de moi. »

C’est sur le thème de la défaite que Véronique Vigneault a donné une conférence, vendredi, au Creative mornings de Sherbrooke.

Candidate du Parti québécois dans la circonscription de Richmond, Véronique Vigneault a terminé quatrième à l’élection du 1er octobre 2018, loin derrière André Bachand de la CAQ. De son propre aveu, elle savait qu’il était peu probable qu’elle réussisse à représenter cette circonscription à l’Assemblée nationale.

« Pourquoi se bat-on quand on sait que c’est perdu d’avance? Je voulais aller chercher une expérience qui allait me permettre de réaliser mon rêve de faire de la politique active. Je me disais que si je ne gagnais pas, j’allais au moins me positionner sur le genre de politicienne que je serais en fonction du type de femme que je suis. Mais à un moment donné, tu finis par penser que tu peux influencer le cours des choses et que ça peut faire une différence. J’y ai cru de pouvoir gagner au cours de la campagne », témoigne Véronique Vigneault.

Cependant, après le débat des chefs, Véronique Vigneault a senti le vent tourner dans une direction opposée des couleurs qu’elle défendait.

« C’est devenu clair que je ne gagnerais pas. La défaite est arrivée avant le 1er octobre même si je sentais qu’il y avait une belle réponse sur le terrain. Perdre demeure quand même difficile. Ce n’est pas la réalité en politique que même si tu mets tous les efforts, tu réussis. Je n’étais pas habituée de perdre le contrôle sur ce qui arrivait, sur le résultat », indique Mme Vigneault.

Ministre dans le gouvernement de Philippe Couillard au déclenchement des élections en 2018, Luc Fortin a senti que la victoire échappait au Parti libéral du Québec au cours de la campagne, mais il n’avait pas anticipé l’ampleur de la défaite.

« Tu connais le moment où tu te lances en politique, mais tu ne sais jamais quand et comment tu vas en sortir. Je suis toujours demeuré lucide par rapport au fait qu’en politique québécoise ou canadienne, il fallait dépersonnaliser le débat. L’opinion des électeurs se fait principalement en fonction du parti. Il est très rare qu’un indépendant se fasse élire, alors il faut faire preuve d’humilité dans la victoire et ne pas prendre la défaite de façon personnelle », rappelle celui qui a été battu par Christine Labrie de Québec solidaire.

Maintenant président de la firme de sondages Mainstreet pour le Québec et chroniqueur radio au FM 107,7 du réseau Cogeco, Luc Fortin avait reçu plusieurs offres à la suite de sa défaite du 1er octobre 2018.

« Je suis la preuve qu’il y a une vie après la politique. J’ai été chanceux parce que j’ai pu faire des choix. Je reste tout de même près de la politique, mais sans être soumis à ligne de parti et à la solidarité ministérielle. Ce n’est pas vrai que tu es d’accord avec tout dans le parti, mais tu acceptes les règles et tu travailles à chercher les compromis qui te satisfont. Maintenant, je peux continuer à vivre de ma passion, mais en rentrant à la maison tous les soirs », signale l’ancien ministre de la Culture et des Communications puis de la Famille.

Le temps en famille demeure d’ailleurs l’une des choses que Luc Fortin a gagnées à travers la défaite électorale. Lorsqu’il a été élu député de Sherbrooke en 2014, il avait deux enfants, alors qu’à sa défaite quatre ans plus tard, deux autres enfants s’étaient ajoutés.

« Étant donné que ma fille est née lorsque j’étais ministre, elle ne m’avait jamais vu conduire. Mon épouse et mes enfants ont beaucoup donné au cours de mon mandat », mentionne Luc Fortin.

À 37 ans, il ne met pas une croix sur la politique active, mais il exclut un retour à court terme.

« Je garde la politique dans le sang, mais mon retour se fera lorsque mes enfants seront plus grands », signale Luc Fortin sans identifier de palier politique.

Véronique Vigneault confirme aussi qu’elle va briguer à nouveau les suffrages même si elle a refusé les offres de se présenter candidate pour le Bloc québécois et le Parti conservateur à l’approche de la dernière campagne électorale fédérale. 

« J’ai gagné beaucoup de respect pour la fonction politique. Je peux critiquer les idées, mais pas les personnes. J’ai perdu ma naïveté. Mais j’ai gagné beaucoup plus que j’ai perdu. J’ai gagné une confiance. Je suis capable de relever les défis. Je suis capable d’apporter quelque chose dans ce monde-là. Je peux changer les choses. Il y a moyen de faire de la politique autrement », estime Véronique Vigneault qui est maintenant directrice du BEAM, le bureau estrien de l’audiovisuel et du multimédia.