Les fouilles archéologiques sur un terrain appartenant à Kruger, à Brompton, ont permis des découvertes d’exception.

Des découvertes d’exception au site archéologique de Brompton

SHERBROOKE — Le site archéologique Kruger 2, situé le long de la rivière Saint-François dans le district de Brompton, est un site d’exception. C’est la conclusion après trois ans de fouilles qui ont permis, entre autres, de découvrir les plus vieux vestiges de pêche, des vertèbres de poissons, au nord de la Nouvelle-Angleterre. Les résultats présentés en atelier de travail du conseil municipal, mardi, confirment l’urgence de lancer une étude sur les potentiels archéologiques pour le territoire de Sherbrooke.

Parallèlement, les efforts pour mettre le site et ses découvertes en valeur se multiplient.

Éric Graillon, archéologue au Musée de la nature et des sciences, a présenté avec enthousiasme le fruit de trois ans de recherches minutieuses. « C’est un site qui remonte à environ 10 000 ans, à une période qu’on appelle Paléoindienne. Ce sont les premiers occupants du territoire. Cette période est mal connue au sud du Québec. Il s’agit d’un site où les voyageurs nomades se sont probablement arrêtés à plusieurs reprises. Lorsqu’ils s’arrêtaient à Brompton, ils fabriquaient beaucoup d’outils en pierre avec des matériaux locaux, mais aussi certains qui viennent du Maine et du lac Champlain. »

Parmi les trouvailles, notons près de 800 outils et près de 8700 os blanchis, principalement des os de castor, mais aussi de rat musqué et de marmotte notamment. 

« Comme on a trouvé des ossements d’animaux, des restants de repas, on pense qu’ils arrêtaient là pour se nourrir et fabriquer des outils. Il y avait un intérêt qui les faisait s’arrêter là chaque année. Ce n’étaient pas des gros groupes, peut-être deux ou trois familles qui, d’année en année, pendant quelques générations, se sont arrêtées là. On a au moins une structure qui nous confirme une habitation. » 

Pour la mise en valeur

Les artéfacts sont en partie conservés au Musée de la nature et des sciences en attendant de les exposer. « Ce qu’on aimerait pour la suite des choses, c’est la mise en valeur des objets au musée. Le terrain ne nous appartient pas, mais nous regardons la possibilité de faire une halte sur le site, avec des panneaux d’interprétation. Il faudra voir avec Kruger s’ils ont de l’intérêt. Ça permettrait de protéger le site, qui se situe près de la piste cyclable. Nous avons quand même eu deux ou trois épisodes de pillage. Nous avons dû mettre des caméras. »

Les découvertes feront aussi l’objet de publications, certaines destinées au grand public, d’autres s’adressant à la communauté scientifique.

« Il y aura aussi une conférence à Waterton en novembre auprès de l’Association des archéologues de l’est des États-Unis. »

Ces trouvailles laissent croire que le sol sherbrookois pourrait renfermer d’autres trésors. Des fouilles sont d’ailleurs prévues avant la construction du pont des Grandes-Fourches près de la place Nikitotek.

« À Sherbrooke, malheureusement, les sols ont été bouleversés, mais ça devait être un endroit très propice au confluent des rivières. Si ça n’avait pas été autant perturbé, on trouverait probablement des sites importants. Il y en a peut-être encore en place. Si on fait attention, on ne sait jamais sur quoi on peut tomber. Quand on est capable d’avoir des sites non perturbés, c’est important. Sinon, c’est de l’information qui disparaît à tout jamais. »

M. Graillon estime que les municipalités du Québec se dirigent vers une politique qui les forcerait à procéder à des fouilles avant certains travaux. « Le ministère [de la Culture] et les municipalités ont commencé à collaborer. Certaines villes comme Lévis sont sensibilisées depuis plusieurs années. Tranquillement, ça se propage. Les comités d’urbanisme tiennent compte de ces possibilités et éventuellement, selon moi, ce sera une obligation lorsqu’il y aura des travaux à des endroits où il y a des potentiels intéressants. C’est important que ça se fasse. »