Le professeur de la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke et biochimiste Éric Massé a reçu le prix institutionnel de la recherche et de la création de l'Université de Sherbrooke mercredi soir.

Des «déchets» à la rescousse des antibiotiques?

En fouillant dans les déchets cellulaires, un professeur de l'Université de Sherbrooke pourrait bien avoir trouvé un moyen de lutter contre les bactéries ultrarésistantes.
Depuis cinq ans, le biochimiste Éric Massé se concentre sur les molécules d'acide ribonucléique (ARN), qui ont pour rôle vital de transférer le code génétique nécessaire afin de créer des protéines dans un organisme. En s'attardant à l'activité d'un fragment dérivé d'ARN de bactéries E. Coli, considéré au préalable comme un déchet cellulaire par la communauté scientifique, M. Massé et son équipe ont cependant permis d'établir qu'il s'agissait plutôt d'un régulateur qui a une incidence sur la sensibilité d'une bactérie à des antibiotiques.
« En fonction de la présence ou de l'absence de cette petite molécule, on se rend compte que la bactérie peut réagir très bien à un antibiotique et en mourir, ou ne pas réagir du tout et continuer à croître dans son environnement. On a trouvé le commutateur qui nous permettra peut-être, un jour, de mieux faire fonctionner les antibiotiques dans le cas d'un traitement clinique », explique le professeur Éric Massé, qui a reçu le prix institutionnel de la recherche et de la création de l'Université de Sherbrooke mercredi soir.
L'accroissement du nombre d'impasses thérapeutiques résultant de l'utilisation massive d'antibiotiques qui a conduit à la forte propagation de bactéries ultrarésistantes laisse supposer qu'il est préférable d'emprunter un chemin différent pour favoriser le traitement clinique de patients.
« Je ne pense pas que de trouver de nouveaux antibiotiques va régler le problème qu'on a avec les antibiotiques. On les utilise trop et les bactéries s'adaptent beaucoup trop rapidement. C'est de l'évolution en temps réel; en une nuit, tu peux devenir totalement résistant à un antibiotique. [...]Mais on n'a peut-être pas la bonne condition dans laquelle les utiliser. Si on change un peu l'environnement de la cellule, peut-être que le traitement va mieux fonctionner à ce moment. »
En plus de caractériser le premier fragment d'ARN fonctionnel issu d'un ARN de transfert chez les bactéries, l'équipe du professeur Massé a développé un puissant outil d'analyse des interactions entre les molécules d'ARN tout en permettant la mise au point d'un outil d'analyse des interactions entre les molécules d'ARN. Le prix institutionnel de l'UdeS visait donc à souligner les avancées remarquables rendues ainsi possibles par sa recherche. Des avancées qui dépassent même les espérances du principal intéressé. Des scientifiques des États-Unis, du Portugal et de la France utilisent actuellement les outils d'analyse déployés à Sherbrooke pour étudier des fragments d'ARN de différentes bactéries pathogènes.
Plus qu'un titre purement honorifique, le prix remis des mains de la rectrice Luce Samoisette et du vice-recteur à la recherche, à l'innovation et à l'entrepreneuriat, Jacques Beauvais, s'avèrera un levier important au moment d'obtenir les fonds névralgiques à la poursuite des travaux.
« Ça signifie qu'on a une reconnaissance du travail qu'on a fait durant les quatre ou cinq dernières années sur un sujet qui est quand même assez ardu. Il a fallu qu'on travaille très fort pour prouver que le système qu'on a publié était réel. Et maintenant qu'on a le prix, on peut aussi s'assurer d'avoir plus de financement dans les prochaines années. C'est peut-être quatre ans plus faciles qui vont suivre dans le futur. Quand je demande 1 M$ au gouvernement canadien pour faire de la recherche pendant cinq ans, si j'ai eu des prix et des reconnaissances, ça m'aide à confirmer ma pertinence, à valider ce que je fais », résume le professeur de la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke.
La cérémonie tenue au Centre culturel a également été l'occasion de souligner le travail de 24 professeurs issus des différentes facultés dont les recherches leur ont permis d'obtenir des prix prestigieux au cours de la dernière année.