Emmanuel Breton est représentant national pour l’APTS-Estrie.

Des craintes pour un « exode » des employés de la DPJ

Les employés qui œuvrent depuis longtemps à la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) auront bientôt la possibilité de postuler dans d’autres départements du CIUSSS de l’Estrie-CHUS et ce, sans perdre leur ancienneté. L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux de l’Estrie (APTS-Estrie), le syndicat qui représente une majorité des travailleurs du centre jeunesse de l’Estrie, craint qu’un véritable « exode » se produise comme on le constate déjà dans d’autres CIUSSS et CISSS de la province depuis quelques semaines.

« L’exode du personnel qui sévit actuellement dans les centres jeunesse à travers le Québec accentue sérieusement la crise que traverse notre système de protection de la jeunesse et ça pourrait arriver ici, en Estrie. Le ministre Lionel Carmant, grand patron des centres jeunesse, doit intervenir de toute urgence pour enrayer l’hémorragie sinon les intervenants vont prendre les moyens nécessaires pour attirer l’attention sur une situation devenue intenable et qui ne peut plus durer », lance Emmanuel Breton, représentant national pour l’APTS-Estrie.

Rappelons que les listes d’ancienneté des différents secteurs d’activités du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ont été fusionnées à la suite des ententes locales survenues entre le CIUSSS et les quatre syndicats qui représentent l’ensemble des 19 000 employés de l’établissement. Avant cette fusion des listes d’ancienneté, un employé de l’ancien Centre jeunesse de l’Estrie, par exemple, ne pouvait pas appliquer sur un poste à l’Hôpital de Magog ou dans un CLSC sans perdre son ancienneté. Or la création du CIUSSS ouvre la porte aux changements de postes dans les différents secteurs d’activité.

« Cette situation offre l’occasion aux intervenants, souvent parmi les plus expérimentés, de quitter les centres jeunesse pour d’autres postes dans le réseau. Après plusieurs années sur la «ligne de front», ils n’en peuvent plus de travailler dans un environnement qui ne cesse de se détériorer et décident de changer de poste », rapporte M. Breton.

« Ça fait des mois que nous dénonçons la situation au centre jeunesse de l’Estrie. Nous avons alerté le ministre Carmant, nous avons interpellé nos élus régionaux et à l’Assemblée nationale, nous avons indiqué maintes fois que les sommes annoncées l’été dernier ne suffisaient pas, nous avons mis en garde tant le ministre Carmant que la ministre (Danielle) McCann de la possibilité d’un exode si on ne donnait pas un coup de barre plus énergique que ce qui a été fait jusqu’à maintenant. Le problème, c’est que tout le monde se retranche derrière la Commission Laurent, devenue un paravent politique pour justifier les atermoiements. Résultat : la situation continue d’empirer », explique Emmanuel Breton.

La direction du CIUSSS a permis la titularisation de 114 postes l’été dernier afin de permettre aux plus jeunes employés d’obtenir un poste à temps plein et une stabilité au centre jeunesse plutôt qu’être sur appel dans d’autres secteurs d’activités.

« Cette titularisation n’a réduit en rien le ‘‘caseload’’ surchargé des intervenants. Il y a un terrible problème de surcharge de travail dans les centres jeunesse. En Estrie, le nombre de signalements traités a augmenté de 18,5 % par rapport à l’an dernier et une augmentation substantielle du pourcentage des signalements retenus. Ces chiffres grimpent en flèche depuis des années. Les listes d’attentes ne sont pas le vrai moyen de constater la surcharge. La situation est toujours potentiellement explosive, les gens pas tous formés adéquatement », ajoute-t-il.

Un leadership attendu du ministre Carmant

Afin de trouver des solutions qui sortent des sentiers battus, le responsable des centres jeunesse, le ministre Carmant, doit faire preuve de leadership, estime l’APTS.

« Certaines directions de la jeunesse s’en tirent mieux que d’autres. Comment se fait-il que ce ne soit pas le cas partout? La bonne volonté du ministre descend-elle vraiment jusqu’aux gestionnaires sur le terrain? L’information remonte-t-elle jusqu’à lui? Y a-t-il des résistances dans l’appareil, des gens qui cherchent à se protéger? Il faut aplanir toutes ces difficultés, rappeler à l’ordre — voire semoncer — les CISSS et les CIUSSS récalcitrants et instaurer plus que jamais la transparence et le dialogue entre toutes les parties », insiste Emmanuel Breton.