L’absence d’une vision claire pour le centre-ville et le stationnement payant poussent des commerçants à s’interroger à propos de leur avenir sur la rue Wellington Nord.

Des commerçants songent à quitter le centre-ville

L’absence d’une vision claire pour le centre-ville et le stationnement payant poussent des commerçants à s’interroger à propos de leur avenir sur la rue Wellington Nord. L’ancien président de l’Association des gens d’affaires du centre-ville Jean-François Bédard pourrait entre autres déménager sa boutique Glori.us.

La clinique d’esthétique Dermapure pourrait elle aussi changer d’adresse.

« Il manque une vision de la Ville pour notre centre-ville. Si elle en a une, elle a une mauvaise façon de nous la vendre. La rue Wellington Sud est comme le Vietnam. Le walk in (les clients qui pénètrent dans le magasin au passage) a déjà été meilleur. Les seules choses qui ouvrent sont des restaurants », déplore Jean-François Bédard.

On trouve donc peu de clients, selon lui, qui se rendent au centre-ville spécifiquement pour faire des emplettes. « Le samedi, avant 13 h, il ne se passe pas grand-chose. Les gens s’arrêtent seulement avant d’aller au restaurant. »

M. Bédard, locataire de son local, a malgré tout renouvelé son bail pour un an. « Normalement, je signe pour cinq ans. Mais partout ailleurs, les promoteurs investissent. C’est le cas au Carrefour de l’Estrie et aux Promenades King. Ici, à part des nouveaux bacs à fleurs, il n’y a rien. »

Sans attribuer toute la faute au stationnement payant, Jean-François Bédard y voit encore un problème. « Nous avons l’application mobile, mais l’accès aux stationnements est mal indiqué. Quand quelqu’un arrive de Mégantic ou de Victoriaville, c’est un casse-tête. Les travaux du pont des Grandes-Fourches seront super intéressants et amélioreront le centre-ville... dans trois ans. Trois ans, c’est long pour un commerce. »

Il rapporte aussi qu’il dépense au moins 100 $ par mois pour payer le stationnement de ses clients.

Jean-Francois Bédard

M. Bédard assure qu’il se doit de réfléchir à la possibilité de déménager. « Je suis encore amoureux du centre-ville, mais du point de vue des affaires, mon client vient-il encore au centre-ville? J’ai un service de livraison et les gens préfèrent que j’aille les voir plutôt que de descendre au centre-ville. L’histoire de Well inc., je l’ai encore de travers dans la gorge. Si le projet avait fonctionné, j’aurais probablement acheté une bâtisse. »

Le commerçant assure que sa réflexion est réelle et que sa sortie publique ne vise pas qu’à provoquer. « Tant mieux si ça peut réveiller un peu les gens. Mais mon entreprise a une belle croissance et on n’est qu’à cinq départs de commerces de reculer. Si le milieu de vie ne va pas aussi vite que mon commerce, on a un problème. Partir ne nuirait pas à mon chiffre d’affaires, mais il faut que je me demande si ça l’augmenterait. »

L’homme d’affaires se donne quelques mois pour prendre une décision et pour voir les orientations que se donnera la Ville.

Stationnement gratuit

Pour sa part, Marilyne Gagné, présidente de Dermapure, déménagerait certainement si elle n’avait pas des plans d’expansion ailleurs au pays. Mais il lui faudrait décider de l’avenir de son immeuble sis au 49, rue Wellington Nord.

« Il n’y a pas de stationnement gratuit à proximité. Si j’étais dans un complexe comme celui du Avril, je suis certaine que mon chiffre d’affaires augmenterait d’un demi-million. Je pense qu’il faut ouvrir plus de restaurants au centre-ville. On essaie d’animer la rue, mais on ne donne pas les permis, pour un bar à vin, par exemple », dit-elle.

En citant l’ouverture des Boefish, Westley et Pizzéria 900, Mme Gagné estime que le centre d’activités se déplace vers l’ouest.

« Quand je vais au Westley, le stationnement ne me coûte rien. Ici, quand un client a une contravention parce qu’il a dépassé son temps de stationnement, c’est nous qui payons. Ça arrive environ quatre fois par mois. Si je n’avais que Sherbrooke à gérer, je déménagerais. Pourtant, je reçois une trentaine de patients par jour et j’ai 25 employés qui pourraient consommer au centre-ville. »

Mme Gagné ne se fixe pas d’échéancier avant de prendre une décision.

Marilyne Gagné

Le momentum s’est perdu avec Well inc.

C’est la perte du momentum créé par le projet Well inc. qui pousse les commerçants à réfléchir à leur avenir, croit Alexandre Hurtubise, président de l’Association des gens d’affaires du centre-ville. Un momentum qui reviendra à moyen terme, selon lui.

« Quand un projet d’envergure est soumis, on est peut-être plus prêt à patienter parce qu’on voit la lumière au bout du tunnel. Mais la lumière reviendra et il y aura de nouvelles places de stationnement au centre-ville », résume M. Hurtubise.

Dans le même sens, les acteurs du centre-ville retrouveront une communication privilégiée avec la Ville grâce à la création d’un comité qui doit rencontrer jeudi le comité de revitalisation du centre-ville. Ils espèrent voir un avancement dans le projet de revitalisation du centre-ville au cours des 45 prochains jours.

« Tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a pas assez de stationnement, mais les nouvelles places ne seront pas construites du jour au lendemain. »

Alexandre Hurtubise, directeur général de la Maison du cinéma, avance d’ailleurs que son commerce ne pourra pas se passer des places qui lui seront amputées quand le nouveau pont des Grandes-Fourches sera construit et que la rue du même nom empruntera un nouveau tracé. Des pourparlers sont en cours avec la Ville et l’Association des gens d’affaires veillera à ce que le calendrier des travaux et les mesures de mitigations soient connus de tous les commerçants pour limiter l’impact des travaux, le temps venu.

« Sinon, il y a des petits irritants qui sont faciles à régler. L’application pour payer le stationnement peut être très utile. Elle pourrait être bonifiée pour dire combien de places sont disponibles et où elles se trouvent. Tous les commerces ne peuvent pas avoir leurs propres places, mais on peut améliorer le trajet pour arriver aux stationnements. »

M. Hurtubise déplore toutefois que la technologie permette maintenant de délivrer des constats d’infraction beaucoup plus rapidement qu’avant. « Nous entendons de plus en plus d’histoires où le stationnement n’était échu que depuis quelques minutes et où le client a eu une contravention. C’est certain que ça n’aide pas l’expérience client.

« Évidemment, pour le moment, c’est de la patience qui est demandée, comme dans le passé. Dans ma vision, il faut qu’il y ait une orientation d’ici un an. Je ne veux absolument pas perdre des commerces comme Glori.us ou Dermapure. Il faut retrouver la fibre, l’enthousiasme que nous avions avec Well inc., et je crois que c’est possible à moyen terme. Je vois un avenir très intéressant pour le centre-ville. »