La récupération de décapsuleurs de canettes et d’attaches à pain donne du travail à 45 personnes, dont ici Pierre Ferlan, qui vivent avec des lésions cérébrales attribuables à un AVC ou à un traumatisme crânien modéré ou sévère. Il s’agit d’un travail valorisant et intéressant pour ces gens qui y consacrent un avant-midi par semaine ou plus, selon ce que leur état de santé leur permet de faire.

Des attaches à pain pour aider les gens cérébraux-lésés

Et si récupérer des attaches à pain et des décapsuleurs de canettes devenait à la fois un geste écologique et social? C’est ce que propose l’Association des accidentés cérébro-vasculaires et traumatisés crâniens de l’Estrie (ACTE). L’organisme récupère et trie les deux matières, qu’elle revend ensuite pour financer ses activités. Mais derrière ça, il y a surtout une initiative qui donne du travail à 45 personnes souffrant de déficience physique et qui, ailleurs, sont considérées comme inaptes au travail.

Ces personnes retrouvent, au sein de l’organisme, un sentiment de fierté et d’appartenance à la société qu’elles avaient perdu à la suite de leur traumatisme crânien ou de leur accident vasculaire-cérébral. Elles ne travaillent pas pour l’argent; c’est un travail occupationnel.

« Dans notre société, on s’identifie beaucoup à notre travail. Quand elles ne peuvent plus travailler, c’est très difficile pour certaines personnes. Ici, les gens qui travaillent sont fiers de pouvoir le dire : moi je travaille à l’ACTE pour trier des attaches à pain et des décapsuleurs de bouteilles. Les gens sont fiers de travailler ici, d’apporter leur contribution. Certains le font depuis 20 ans », soutient Peter Nieman, directeur général de l’organisme.

Les travailleurs sont référés par le Centre de réadaptation de l’Estrie du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

L’organisme ne s’enrichit pas outre mesure en triant ces petits objets. Le plastique des attaches à pain se revend… 200 $ la tonne. L’aluminium est plus payant : 1000 $ la tonne. Mais il en faut une très grande quantité pour faire une tonne.

« Cette année, nous prévoyons récolter environ 1400 $ », soutient M. Nieman.

Ces 1400 $ seront investis directement dans les services aux 200 membres qui fréquentent l’organisme. « Nos ateliers d’art, par exemple, coûtent 20 $. Pour certaines de nos membres, c’est très difficile de trouver un 20 $. Mais on ne veut laisser personne de côté, alors on les paye à même nos réserves. »

La matière première, qui donne du travail aux gens qui sont cérébraux-lésés en plus de quelques centaines de dollars à l’organisme, est récoltée dans les écoles de quelques commissions scolaires et dans diverses entreprises, paroisses et départements du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Outre à Montréal, il n’y a pas d’autres organismes qui font de telles collectes au Québec. Conséquence : le directeur général reçoit des appels de partout au Québec de gens qui voudraient bien lui fournir de la matière à trier et à revendre.

« Nous pourrions recevoir encore plus de matériel, ça nous ferait plaisir! Ça fait travailler nos gens, ça fait connaître notre association et les gens pour qui on travaille. Le gros problème pour nous, c’est le transport. Idéalement, il faut que la matière nous soit acheminée directement ou proche de chez nous », soutient Peter Nieman.

Dans une paroisse de Beauce, on ramasse les décapsuleurs et les attaches pendant toute l’année. Mais là aussi, le coût du transport cause problème : comment acheminer le tout entre Saint-Martin et Sherbrooke sans que le transport coûte plus cher que la valeur de revente du produit? « On a un parent de l’organisme qui allait en Beauce et il nous a offert de ramener le tout ici. Son camion était plein; toute la boîte à l’arrière, même le siège du passager. Nous étions très contents », assure le directeur général.

Évidemment, il serait ouvert à toutes suggestions pour des points de collectes de matériel et de transport vers l’organisme.

 « Nous sommes situés au 759, rue Woodward, depuis le mois de mai dernier. Les gens peuvent venir nous déposer leurs attaches et leurs décapsuleurs », ajoute M. Nieman.

À Sherbrooke, les attaches à pain ne sont pas recyclables et doivent aller au bac noir directement.

 « Les amener chez nous, c’est un geste écologique, car ça permet que les matières soient recyclées et c’est un geste important. Pour moi, c’est encore plus qu’un geste écologique : c’est un geste social qui fait une différence dans la vie de personnes d’ici, qui ont un travail qui les valorise. Je veux que l’on connaisse les personnes souffrant d’un traumatisme crânien sévère ou modéré et les gens qui ont vécu un AVC », clame Peter Nieman.

Où sont les traumatisés crâniens?

L’Association des accidentés cérébro-vasculaires et traumatisés crâniens de l’Estrie compte environ 200 membres. Les façons de se blesser à la tête et d’en garder des conséquences sont nombreuses : il y a les AVC qui causent des dommages, mais il y a tous les coups portés à la tête dans un accident de la route, à vélo ou à la suite d’une chute entre autres exemples.

« À la Société de l’assurance automobile du Québec, on me dit que j’ai un bassin de 800 membres potentiels en Estrie. Et ça, ce sont seulement pour les accidentés de la route! On ne comprend pas pourquoi nous ne réussissons pas à recruter plus. Nous travaillons sur de nouvelles façons de recruter », explique le directeur général de l’organisme, Peter Nieman.

L’organisme offre des ateliers pour maintenir les acquis que les gens cérébraux-lésés ont retrouvés grâce à leurs efforts au Centre de réadaptation de l’Estrie. Il y a des gens plus âgés, mais il y a aussi des gens dans la trentaine qui viennent recevoir des services.

« Nous offrons plusieurs activités, par exemple des ateliers de relaxation ou une activité café-biscotte, qui consiste à lire les journaux pour discuter de l’actualité. Il y a aussi des activités physiques. Il y a des gens qui ne peuvent plus lire, d’autres qui ont des difficultés à parler. Nos intervenantes s’adaptent aux clientèles », illustre le directeur général.

L’organisme doit aussi faire face à un nouveau défi : l’augmentation de son coût de loyer. « Avant, nous logions dans une bâtisse qui appartenait au CIUSSS de l’Estrie, et que le CIUSSS a vendue. Nous avons donc la même subvention pour offrir nos services, mais avec une augmentation importante de nos coûts de loyer », déplore Peter Nieman.

Bonne nouvelle cependant pour les traumatisés crâniens victimes de la route. L’ACTE étend ses services. « Nous aurons trois nouveaux points de services dans la région, soit Coaticook, Lac-Mégantic et Magog. Des services de suivi individuel psychosocial ainsi que des activités de groupe seront offerts aux victimes de la route atteintes d’un traumatisme crânien modéré ou grave ainsi qu’à leurs proches, et ce, gratuitement pour les nouveaux membres », dit-il.

Ce nouveau service est rendu possible grâce à la contribution d’un Fonds de la sécurité routière du ministère des Transports du Québec. « Cet argent vient du programme des contraventions des photos radars. C’est la façon que le ministère a trouvée pour retourner une partie de l’argent aux victimes de la route. Cependant, le financement couvre environ 80 % du coût de nos nouveaux services. Il nous faut trouver le 20 % supplémentaire; c’est un autre défi financier pour l’organisme », ajoute-t-il.

Pour obtenir de l’information, il est possible de contacter l’ACTE à acte@acteestrie.com ou en composant le 1-888-821-2799.