Le clocher de l’église Sainte-Bibiane de Richmond porte des antennes cellulaires.
Le clocher de l’église Sainte-Bibiane de Richmond porte des antennes cellulaires.

Des antennes sur les églises pour financer les paroisses

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
À l’instar de nombreuses paroisses à travers le Québec, certaines fabriques de l’archidiocèse de Sherbrooke permettent à des compagnies de télécommunication d’installer des antennes cellulaires sur les clochers d’églises.

Les églises de Disraeli, East Angus et Valcourt ont conclu des ententes en ce sens au cours des dernières années.

À l’église Sainte-Bibiane de Richmond, c’est même la fabrique qui a sollicité Bell mobilité afin de conclure une entente.

« Nous avions un problème de signal cellulaire dans la ville de Richmond. Les cellulaires ne fonctionnaient pas. Il fallait monter dans le secteur du Tim Hortons près de l’autoroute pour obtenir du réseau », mentionne l’animatrice paroissiale de l’église Sainte-Bibiane, Lucie Bouchard.

Des démarches ont été entreprises avec Bell mobilité pour trouver une solution après avoir été informé que Valcourt avait conclu une entente pour accueillir une antenne cellulaire sur le toit de l’église.

Lucie Bouchard signale que l’entente monétaire avec la compagnie de télécommunication faisait aussi partie des arguments pour justifier la mise en place d’antennes cellulaires sur le clocher de l’église.

« Nous recevons des redevances qui dépassent les 10 000 $ par année. C’est un montant considérable dans un contexte où le montant que nous percevons par la dime les dimanches connait une baisse constante. Le montant que nous percevons de nos paroissiens n’est plus ce qu’il était. Ces nouvelles sommes d’argent deviennent essentielles pour nos paroisses », indique Mme Bouchard.

L’animatrice paroissiale de l’église Sainte-Bibiane de Richmond, Lucie Bouchard, explique que l’entente monétaire avec la compagnie de télécomunication fait partie des arguments pour justifier la mise en place d’antennes cellulaires sur le clocher de l’église.

L’aspect financier a aussi pesé dans la balance pour permettre l’installation d’antennes cellulaires sur l’église patrimoniale Saint-Louis-de-France d’East Angus.

« Notre clocher est le point de plus haut de la municipalité. Lorsque nous avons été approchés avec une entente de 20 ans qui nous rapporte environ 1300 $ par mois, nous avons regardé attentivement la proposition et elle a été acceptée », convient la responsable de la paroisse Saint-Louis-de-France, Claire Godbout.

Comme c’est le cas dans plusieurs paroisses, elle confie que les montants de la campagne volontaire annuelle (CVA) sont en chute libre.

« La clientèle qui fréquente les églises est vieillissante. Le montant de location pour le clocher et du local pour les équipements techniques nous aide grandement à boucler notre budget », signale Mme Godbout.

Cette dernière se rappelle que les croquis des installations cellulaires sur l’église qui est inscrite au patrimoine religieux ont été refaits.

« Il y a eu au moins deux ou trois versions de croquis qui ont été réalisées. Quand on regarde l’église, on sait que les antennes sont là, mais elles sont tout de même discrètes. Nous avons trouvé une solution qui satisfait tout le monde », assure Claire Godbout.

Lucie Bouchard qualifie le travail d’harmonisation au clocher de l’église Sainte-Bibiane de minutieux.

« Les quatre panneaux installés se fondent bien avec le clocher. Il y a un souci d’aller chercher la couleur pour se confondre avec le clocher. Ils ont fait un bon travail en ce sens » soulève Lucie Bouchard.

Avec l’avènement de la technologie 5G, la paroisse Sainte-Bibiane n’exclut pas une nouvelle entente pour la mise en place d’autres antennes.

« Nous ne sommes pas fermés à l’idée. La belle affaire dans tout ça, c’est que nous n’avons rien à faire ou à nous occuper après avoir signé ces ententes », souligné Lucie Bouchard.

L’antenne cellulaire a été harmonisée au clocher de l’église Sainte-Bibiane de Richmond.

Aucune règlementation

La porte-parole de l’archidiocèse de Sherbrooke Éliane Thibault rappelle que chaque paroisse demeure indépendante dans ses choix financiers.

« Nous demandons seulement que les antennes s’harmonisent avec l’aspect de l’église pour ne pas la dénaturer. Les paroisses doivent aussi signer des ententes gagnant-gagnant avec les compagnies de télécommunication », indique la porte-parole de l’archidiocèse de Sherbrooke.

Aucune entente pour l’installation d’antenne cellulaire n’a été signée pour une église de Sherbrooke.

La Ville de Sherbrooke n’interdit pas la mise en place d’un tel équipement étant donné que les antennes de télécommunication relèvent du gouvernement fédéral.

« Avant d’utiliser les clochers d’église, les compagnies de télécommunication pourraient utiliser d’autres options comme les poteaux existants. Il y a d’autres solutions surtout lorsqu’il s’agit d’églises patrimoniales. Je crois que d’autres solutions peuvent être trouvées pour garder les églises en vie », estime le président du comité de la culture à la Ville de Sherbrooke, le conseiller municipal Paul Gingues.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec signale que la loi sur le patrimoine religieux ne peut s’appliquer pour la même raison, soit la juridiction fédérale de ce type de règlementation.

« Toutefois, le ministère de la Culture et des Communications pourrait être impliqué dans le cas d’une église classée ou d’une église située dans un site patrimonial classé ou déclaré ou encore dans une aire de protection. Le ministère pourrait alors émettre des recommandations pour une intégration de l’antenne en respect des valeurs patrimoniales du bien protégé », signale par courriel l’équipe des communications du ministère de la Culture et des Communications du Québec.