Des actions pour faire un autre bout de chemin

Beaucoup de chemin a été parcouru depuis la deuxième enquête de santé rendue publique l'hiver dernier, selon la directrice de santé publique au CIUSSS de l'Estrie-CHUS Dre Mélissa Généreux.
« Cette deuxième enquête était un petit peu plus négative et cela avait secoué la population », rappelle-t-elle, en expliquant qu'une cinquantaine d'intervenants et de citoyens s'étaient aussitôt réunis pour réfléchir à une vision d'avenir pour Lac-Mégantic, pour définir des priorités et pour établir un plan d'action.
Cela a donné lieu à la mise en place de plusieurs initiatives au cours de la dernière année, dont une équipe permanente de proximité constituée de trois professionnels de la santé et des services sociaux qui travailleront sur le terrain afin d'offrir des services en renfort de ceux offerts par le CSSS du Granit.
« Notre équipe de proximité est maintenant installée dans son nouveau local à la gare patrimoniale, juste à côté du Bureau de reconstruction. Les gens sont à l'oeuvre et on en est bien fiers », se réjouit Dre Généreux.
Les chercheurs se lanceront également la semaine prochaine dans une enquête auprès des jeunes de moins de 25 ans, une clientèle qui n'a pas été rejointe dans les enquêtes précédentes.
« À partir de ce qu'ils vont nous dire, on va probablement pouvoir aider les familles à soutenir mieux leur enfant, parce que la détresse des parents déteint visiblement chez les enfants et c'est ce qu'on veut essayer de comprendre », explique la Pre Danielle Maltais.
De l'enquête auprès des adultes financée par le CRSH vont également découler d'autres études plus qualitatives qui vont consister en des entrevues en profondeur auprès d'une centaine de personnes pour mieux comprendre le processus de résilience et les stratégies d'adaptation.
Enfin, la DSP assure que les interventions de la prochaine année seront à nouveau adaptées à la lumière des conclusions de cette troisième enquête populationnelle, qu'on espère ne pas être la dernière.
« Et bien sûr je pense qu'il faut continuer à travailler avec les partenaires, et surtout avec les citoyens, pour les impliquer - qu'ils aillent bien ou moins bien - dans différents projets pour que vraiment on réussisse à contribuer au processus de résilience en leur donnant un sentiment de contribution à leur communauté. »
Le maire de Lac-Mégantic se dit heureux de l'état de santé de ses concitoyens
Sans dire que tout est parfait, le maire de Lac-Mégantic, Jean-Guy Cloutier, s'est dit heureux que l'état de santé de ses concitoyens s'améliore tranquillement.
« On constate que les Méganticois vont chercher de l'aide et que leur santé semble se stabiliser. C'est une bonne nouvelle dans les circonstances. Ça indique qu'on doit continuer à travailler à faire confirmer la voie de contournement, à faire accélérer l'étude de faisabilité et qu'il faut reconstruire notre centre-ville », a indiqué M. Cloutier en entrevue.
« Actuellement, près de 70 pour cent des terrains du centre-ville sont réservés pour construction. C'est déjà positif. Il y a un lien à faire avec la santé des Méganticois qui s'améliore. Cela ne veut pas dire que tous les terrains vont se reconstruire, mais les gens retrouvent graduellement leurs repères... Nous continuons à travailler très fort à la reconstruction... Nous le faisons en toute transparence et en ayant confiance en l'avenir », a-t-il conclu.
La préfète de la MRC du Granit, Marielle Fecteau, pour sa part, croit « que les gens souffrent encore. Un deuil ne s'efface pas instantanément. Les services en place pour l'amélioration de leur santé sont encore utiles. Il faut continuer à donner ces services, à travailler avec ces gens qui sont encore affectés. Ils ont encore besoin qu'on leur ouvre de nouveaux horizons. Comme lorsque la rue Frontenac a été ouverte, qu'on fasse des choses différentes. Il faut enlever un peu de poids sur leurs épaules! »
« Ces services ne doivent pas cesser. Une oreille attentive pour eux peut faire toute une différence. Cela ne règle pas les problèmes, mais c'est important qu'ils puissent dire que quelqu'un s'est occupé d'eux. Il faut prendre le temps de les écouter... Car les causes qu'ils défendent, ça les tient en vie! Il y a des choses positives qui se font, les gens ont des projets, ça avance. Je tiens à remercier les services de santé qui s'occupent de notre population. Ils ont ça à coeur, c'est important, c'est une priorité de garder le cap pour aider nos citoyens », insiste Mme Fecteau.
Enfin, Robert Bellefleur faisait montre d'un certain scepticisme. « Il y a une certaine ambiguïté dans ces résultats. Les gens les plus affectés ne semblent pas se remettre de la tragédie, alors qu'on dit que la population se relève tranquillement. Quatre ans après la tragédie, il est encore préoccupant de constater que 68 pour cent de la population est encore affectée et ne vont pas mieux, consommant plus de médication. Les plus durement éprouvés ne semblent pas s'améliorer. Ils ont atteint un plateau de détresse et de souffrance, même si on comprend qu'ils vont chercher de l'aide », confie M. Bellefleur.
« Mais une certaine partie de la population est encore inquiète et affectée. Ça démontre que la présence d'une voie ferrée, encore au centre-ville, où circulent encore des matières dangereuses, porte à conséquence. Le meilleur remède serait la construction rapide d'une voie de contournement ferroviaire du centre-ville, pour enfin sécuriser cette partie de la population, durement éprouvée. La santé des Méganticois devrait primer sur le respect rigoureux des étapes techniques liées à l'étude de faisabilité. Beaucoup de personnes souffrent encore des suites de la tragédie, des décisions qui ont été prises sans véritable consultation et qui ont encore des conséquences. »