Le président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, Luc Mathieu, était de passage à Sherbrooke mercredi dans le cadre de sa tournée annuelle des ordres régionaux.

Déploiement des IPS : la commande s’annonce difficile

Il sera difficile d’exaucer les vœux formulés par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dans son plan de déploiement des infirmières praticiennes spécialisées (IPS), selon Luc Mathieu, président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Ce plan prévoit notamment que le CIUSSS de l’Estrie – CHUS puisse compter sur les efforts de123 infirmières praticiennes spécialisées d’ici 2025, alors qu’il en emploie actuellement 45.

« On a la particularité, au Québec, d’avoir deux voies pour accéder à la formation d’infirmière, soit la formation collégiale ou la combinaison de deux ans d’études collégiales et d’un baccalauréat. Sauf que pour être IPS, il faut minimalement avoir un baccalauréat », souligne le président de l’OIIIQ.

Actuellement, seulement 46 % des membres de l’OIIQ sont titulaires d’un baccalauréat, alors que dans les autres provinces, l’entièreté des infirmiers et infirmières en exercice possède une formation universitaire. « Dans ces 46 %, ce n’est pas tout le monde qui a envie de poursuivre ses études supérieures », dit M. Mathieu à propos de la formation de maîtrise nécessaire pour recevoir le titre d’IPS.

À l’échelle de la province, la ministre McCann espère 2000 IPS d’ici 2025. « On a bien espoir que la ministre va comprendre que, si elle veut atteindre sa cible d’IPS et faire en sorte que la formation des infirmières soit en phase avec les nouvelles modalités de soins et la complexité de ceux-ci, le rehaussement de la formation des infirmières devra se faire au niveau universitaire » dit M. Mathieu.

Davantage de diagnostics pour les IPS

De passage dans sa région d’origine mercredi, M. Mathieu est venu tâter le terrain estrien sur différents dossiers, mais il avoue mettre beaucoup d’énergie sur celui des IPS.

En collaboration avec le Collège, l’Office des professions du Québec et le MSSS, l’OIIQ s’affaire actuellement à la production d’un mémoire, qui devrait être déposé à la ministre McCann vers la fin août afin que celle-ci puisse déposer un projet de loi le mois suivant. Celui-ci prévoirait, selon M. Mathieu, que les IPS puissent non seulement réaliser des diagnostics de maladies chroniques, comme l’a annoncé le Collège des médecins du Québec en février dernier, mais aussi des diagnostics dans leurs domaines de spécialités, par exemple la néonatalogie, les soins aux adultes ou la santé mentale.

Autre nouveauté

« Une autre nouveauté, c’est que les IPS n’auront pas systématiquement à se référer à un médecin suite à un diagnostic posé, comme la loi l’exige. C’est une excellente nouvelle. Ça va sauver un rendez-vous au patient. Et comme le médecin n’aura pas à voir systématiquement un patient après un diagnostic fait par une IPS, il pourra libérer une plage horaire pour un nouveau patient. La population y gagne à deux niveaux. »

Le 1er mai 2019, le Collège a recommandé au gouvernement provincial que les IPS soient encadrées par une réglementation de leur ordre professionnel plutôt que par la Loi médicale, laissant ainsi l’OIIQ assumer lui-même l’encadrement des activités médicales de cette catégorie de professionnelles de la santé. Un développement que la ministre McCann a qualifié d’historique.

L’effectif infirmier en Estrie, qui s’élève à 3153 infirmières et infirmiers, a connu un des taux de croissance les plus élevés du Québec, soit 6,6 % en quatre ans. Cette hausse pourrait s’expliquer en partie par un fort taux d’intégration des diplômés dans la région : dans les cinq dernières années, 74 % des infirmières et infirmiers diplômés et formés en Estrie ont obtenu un emploi dans la région, soit 10 % de plus que le taux d’embauche régionale moyen.